‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 20 sur 203 · ÉDUCATION DE PLATON · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE PLATON

Quels furent les premiers maîtres de Platon? La tradition cite Denis S qui lui enseigna la lecture et récriture, Dracon, élève du célèbre Damon, la musique, et Ariston d'Argos, la gymnastique. S'il s'agissait d'un* moderne, on ne manquerait pas de nommer le collège où il agrandi: chose surprenante, l'Athènes de Périclès ne paraît pas avoir possédé d'institution officielle ou privée qui répondît à notre enseignement secondaire. On ne soupçonnait pas alors Timportance décisive que nos mœurs et les habitudes de la vie moderne ont donnée à cette période de l'éducation. L'éphébie, à supposer qu'elle existât dans cette époque telle que nous la voyons fleurir plus tard, oavrait ses rangs à des jeunes hommes, non à des enfants: au reste cette sorte do noviciat politique, militaire et religieux visait beaucoup moins à la culture de Tin telligence qu'à la formation du soldat et du citoyen : si l'antiquité hellénique a eu ses Rousseau et ses Emile^ elle n'a pas eu de RoUin. Une fois en possession des premiers éléments, l'enfant se développait librement dans la société de ses égaux et dans Je commerce du monde: loin d'éveiller en lui des ambitions prématurées, les anciens, même pour le choix d'une carrière, s'en remettaient volontiers à l'initiative individuelle ou à un heureux concours de circonstances : la vocation de Thucydide fut décidée par le succès d'une lecture d'Hérodote, celle de Démosthène

1. V Doctorem habuit in prima literatura Dionysium » (Apulée). Peutêtre cette assertion n'a-t-eUe d'autre origine que le rôle honorable assigné à UD grammairien de ce nom dans le dialogue apocryphe les Antérasles» rôle que le biographe anonyme interprète comme un témoignage de reconnaissance.

Platon, t. I. 3

par un triomphe oratoire de Callistrate. Or il arrive d'ordinaire que plus une résolution est spontanée, plus elle est personnelle et plus on met de courage à y persévérer.

Le biographe anonyme* veut que Platon ait remporté aux jeux publics une double couronne, à Olympie et à Némée. On peut admettre que le philosophe n^apas partagé Tamer dédain d'Euripide pour les athlètes^; mais ses goûts naturels devaient le porter de préférence vers un autre théâtre. Je ne parle ni de la peinture, à laquelle il semble néanmoins avoir consacré une certaine étude ^, ni de la géométrie ou des autres sciences exactes dans lesquelles il se plongea^ dit-on^, avec passion, au point de ne le céder plus tard à aucun des savants les plus renommés de son temps.

Faut-il rappeler ici que les trente dernières années du v* siècle avant notre ère ont vu la poésie, comme tous les beauxarts, atteindre à Athènes son plus haut degré de popularité et de perfection? La passion des vers était générale, et si j'en crois Aristophane ^ la capitale de TAttique devait offrir une singulière ressemblance avec la Rome d'Auguste :

1. Ch. 10. — Cf. Servius ad jEneid. VI, G08, — Olympiodore, ch. 2, — Cyrille, adv. Jul., VI, 208. Avant d'avoir connu Socrate, Platon était bien jeune pour descendre dans la lice : plus tard il apporta à la philosophie une âme trop enthousiaste pour se livrer aux exercices corporels avec l'ardeur d'un athlète.

2. Certaines phrases de la République (III, 404 A) traliissent cependant pour les gens de ce métier moins d*estime que de répulsion.

3. C'est ce qu'on peut inférer avec Olympiodore de certains développements du Timée, « In tractanda philosophia ea studia recolit Plato quibus fuerat juveuis deditus. Ita enim memoria3 traditum est, ut Socratem sculpturam, sic picturam Platonem in adolescentia attigisse. » (M. Bertrand, De pictura et sculptura apud veteres rhelores, 1881). On pourrait ajouter avec M. P. Girard {Uéducalion athénienne, p. 223) que la vive imagination du philosophe, la poésie de sa pensée et de son style sont comme un reQct de cette passion lointaine qui l'avait attiré vers lo dessin et les couleurs.

4. « Plato in geometria, musica, astris et numeris se contrivit. > (Cicéron, de Finibus, I).

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