‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 4 sur 203 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

dans la Grôco du iv*" sirclo, au milieu dos ovénomcnls et des luttes intellectuelles qui entourèrent son berceau. On connaissait ses (emprunts aux théories antérieures : on ignorait quand et comment elle en avait subi rinfluence. On la cherchait indifféremment dans tous les écrits qui portent le nom du fcrand philosophe : on ne prenait qu'un médiocre souci de s'assurer au préalable de leur authenticité. D'un mot, on ap- [)liquait à la doctrine de Platon les ressources les plus ingénieuses, les plus pénétrantes de la critique philosophique; on ne songeait pas ou Ton songeait à peine à appliquer à ses dialogues les règles sévères de la critique historique.

De là une lacune évidente qu'à l'occasion d'un concours ouvert en 1884 par cette même Académie des sciences morales nous avons essayé de combler.

La matière était si vaste qu'il était difficile, presque impossible de Tépuiser du premier coup. Tout en couronnant notre mémoire nos juges y signalaient des omissions et des imperfections que nous avons eu à cœur d'en faire disparaître. Ainsi s'explique le retard involontaire qu'a subicetle publication, retard qui d'ailleurs a été mis à profit pour instruire nos lecteurs de certaines œuvres récentes. Divers chapitres ont reiju des additions plus ou moins étendues.

Quelques mots maintenant sur le plan adopté, tel qu'il résulte du titre même de cet ouvrage.

AVANT-FROPOS VU

Notre première préoccupation a été de reconstituer dans tous ses détails (autant du moins que la tradition le permet) la biographie de Platon, en insistant parti-^ culièrement sur ses voyages, sur la fondation et la constitution de son école, sur ses rapports personnels avec ses amis, disciples, émules ou contradicteurs*. On ne saurait vraiment comprendre, dès qu'on l'isole de son milieu, un philosophe qui a vécu assez complètement de la vie de ses contemporains pour nous donner de la civilisation grecque, telle qu'elle s'offrait h ses regards, une peinture plus fidèle qu'aucun historien.

Puis après la mort du philosophe nous suivons le sort de ses écrits et de ses enseignements dans son école d'abord et plus lard jusque dans le monde grécoromain. De quelle manière, par quelle voie, à quelle date ses dialogues sont-ils entrés dans la publicité et quel accueil y ont-ils reçu? Quels sont ceux dont l'authenticité est garantie dès l'antiquité par des témoignages indiscutables? Voilà ce que l'on s'est efforcé d'établir. Il était inutile d'ailleurs de prolonger cette enquête au delà de l'ère païenne, car à partir de cette époque et durant de longs siècles les arrêts des

1. CeUc Vie de Platon n'appartenait pas au mémoire couronné par Hnslilut en 1887; mais elle en est la préface naturelle, et les cliapitrcs ïes plus importants ont eu les honneurs d'une lecture devant TAcadédémie des sciences morales.

VIII AVANT-FROPOS

bibliographes alc^xandrins auront forco de loi jusqu'à ce que la <( question platonicienne)) se pose devant la science moderne presque en même temps que la « question hoinéri(iue. »

Un second volume est consacré à exposer et à juger les efforts tenlés dans notre siècle avec autant d'ingéniosité ({ue de persévérance pour donner de ce problème si complexe une solution satisfaisante. Examinant ensuite successivement tous les écrits platoniciens (ou réputés tels) contenus dans le catalogue de Thrasylle, après avoir fait la part certaine de l'authentique, la part au moins très probable de l'apocryphe, nous avons tenu, partout où le débat engagé ne nous a pas paru susceptible d'une solution définitive, à soumettre du moins au lecteur les arguments les plus probants invoqués pour ou contre l'authenticité.

Cette première recherche terminée, une seconde s'impose : dans ([uel ordre Platon a-t-il composé ses dialogues? Est-il possible de fixer cet ordre avec quelque assurance? Plusieurs en désespèrent. Résoudre un problème historique (et ici c'est bien d'un problème de ce genre (ju'il s'agit) en l'absence de tout document historique leur paraît une prétention éminemment téméraire. Néanmoins, malgré ce qui subsiste de fiottant dans les résultats, il y a un intérêt véritable à passer en revue les diverses méthodes, les unes anciennes, les autres toutes récentes, proposées et employées

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