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l'emplacement de l'académie

L'emplacement choisi par Platon répondait admirablement

1. Bien, pas môme les plus brillants pastiches de Cicéron, ne justifie ce vers de Glaudien :

In Latium spretis Academia migrât Âthenis.

PLATON A L'ACADÉMIE i99

^i desseins du grand philosophe. On sait avec quel soin jaux les Grecs se préoccupaient de l'éducation physique et du éveloppement de la vigueur corporelle : la seule ville d'Athées possédait, et depuis longtemps \ trois gymnases au moins estinés aux exercices variés de la la jeunesse : TAcadémie, le ycée, le Cynosarge. Qu*on se figure des constructions assez étendues, élevées avec un certain luxe : salles couvertes, édicules, portiques et colonnades où se poursuivaient les doctes entretiens, stades pour les[divers jeux gymnastiques, promenades ombragées avec des espaces découverts disposés de distance en distance, rien n'avait été négligé de ce qui pouvait servir ou plaire. C'étaient autant de lieux de rendez-vous pour les gens de loisir, autant d'auditoires à la libre disposition des maîtres de tout genre capables d'avoir Toreille de la jeunesse. L'Athénien, ne l'oublions pas, connaissait peu les douceurs du foyer : sa vie se passaiten plein air, au Puyx à débattre les intérêts delà république, sur Tagoraà être à Taffùt des nouvelles, sous les portiques à commenter la chronique de la veille ou les prévisions du lendemain.

A la fin du v« siècle, le voyageur qui sortait d'Athènes par 1* porte Dipyle ^ s'engageait sur la route d'Eleusis, sans contre- <litlaplu8 fréquentée de TAttique, car d'un côté elle conduisait ^sle Péloponnèse, de l'autre dans la partie occidentale de la fiéotie. On cheminait à travers le Céramique extérieur, entre des temples et des tombeaux, l'usage ayant prévalu d'y ensevelir des citoyens de distinction ^ C'est qu'en effet dans les sociétés antiques les morts, ceux du moins qui laissaient après

i. ff Saculis multis ante gymnasia inventa sunt, quam in his philosophi garrire cœperunt. » (Grassus dans le De oratore, II, 5).

2. OnlitdansTite-Live(XXXI, 24; : « Porta ea velutinore urbis posita, major aliqnanto patentiorque quam ceterae est et intra eam extraque lats sont Tiœ, et extra limes mille ferme passas longus in Academiœ gymnasium farens. i — L^emplacement ancien de cette porte est universellement fixé à 150 mètres environ de l'église actuelle d'Hagia Trias. S. Aristophane, Oiseaux, v. 393 :

*0 Kepa(i,etxbc SéUxai vu, r

eut quelque trace glorieuse, tenaient une grande place parmi les vivants. Pour être écartés le plus souvent de Venceinte des villes, les tombeaux du moins n'étaient pas relégués dans des lieux déserts et presque oubliés. Le long du Céramique à Athènes ou de la Voie Âppienne à Rome la vue de ces monuments, plus sûrement encore que celle des statues prodiguées aujourd'hui de toutes parts sur nos places, devait exciter dans l'àme de de la jeunesse de patriotiques ambitions ^

A six ou huit stades de la porte Dipyle (1100 à 1500 mètres) non loin du monticule de Colone, chanté par Sophocle et fameux par le bois sacré des Euménides, s^étendait une plaine d où Ton apercevait au premier plan la cité avec ses monuments, plus loin le golfe qui s'arrondit entre le Pirée et le cap Colias, et au milieu duquel Egine et Salamine sortent gracieusement du sein des eaux : enfin comme fond de tableau, très au loin vers le sud, émergent dans la lumineuse atmosphère de l'Attique les montagnes du Péloponnèse et le large sommet en plate forme de TAcrocorinthe.

Cette plaine, c*était TAcadémie. D'où lui venait ce nom?

Selon les uns, de son dernier possesseur, riche citoyen qui l'avait léguée à la cité à condition d'y établir un gymnase : selon d'autres, et ils citent à ce propos un vers d'Eupolis dans les Soldais en révolte ^, du héros auquel elle était consacrée. M. Burnouf fait remarquer quelque part qu'il est arrivé à la Grèce ancienne de forger ainsi des héros jusque dans les siècles historiques. Ainsi, dit ce savant, pour la fête des Céramiques les

1. « On élevait ainsi la jeunesse en la présence des ancêtres dont les monuments promettaient, comme tous ceux que la Grèce en son meilleur temps consacrait aux morts, le bonheur dans Timmortalité... Ce qu'on appelait les Jardins à Athènes, c'était une région couverte d'oliviers, de lauriers, d'orangers, de myrtes et toute embaumée de fleurs, arrosée qu'elle était par les eaux intarissables du Géphise : et cette région n'était autre que celle qu'occupait le Céramique. Les tombes y étaient semées sous des ombrages qui devaient figurer aux imaginations les jardins enchantés de TËlysée. » (M. Kavaisson)

2. Diogène Laêrce, III, 7 : *Ev eOtnct'oi; 8p6tio'.<yiv *Axa8inpiou 6eoO. — On lit dans les Anecdota grmca de Bachmann (I, 52) : 'ExXtjOt} Bï (tô Y'^P^vâertov) ành ToO xaOtef(&9avTOc aOtb 'Axa8i^|iou.

Athéniens inventèrent un héros Cérames, comme si pour festoyer dans le jardin des Tuileries, les Parisiens avaient besoin d'une sainte Tuile K

Hipparque, fils de Pisistrate avait entouré à grands frais l'Académie d'un rempart. Au rapport de Plutarque -, Cimon le ^\rainqueur de TEurymédon, habile à soutenir sa popularité par cS'inteiligentes largesses, fut le premier qui transforma l'Aca- <3émie, emplacement jusque-là sec et aride, en un bois arrosé de fontaines, orné d^allées nombreuses, rafraîchi pendant les ardeurs de l'été par des eaux courantes. Il n'en fallait pas tant pour en faire le rendez-vous préféré de la génération qui succède aux combattants de Marathon et de Salamine.

Les Nuées d'Aristophane nous en apportent une preuve inattendue. Dans ce mémorable plaidoyer où le grand comique athénien métaux prises le Juste et l'Injuste se disputant l'éducation de Phidippide, quel langage tient le premier au fils de Strepsiade : « Si tu veux imiter tes pères, race vaillante, au lieu de te corrompre dans les bains publics et de perdre ton temps en disputes stériles, tu iras te promener à l'Académie sous l'ombrage

des oliviers sacrés, la tète ceinte de joncs en fleur, avec un sage ami de ton âge; au sein d'un heureux loisir tu respireras le parfum des ifs et des pousses nouvelles du peuplier, goûtant les douceurs du printemps, alors que le platane et l'ormeau confondent leurs murmures ^. » La peinture est séduisante : fût-elle même un peu flattée, quel cadre charmant pour des discussions philosophiques ou même pour de simples rêveries! A coup sûr, en composant ces vers, Aristophane était

1. Un oracle de la Pythie de Delphes mentionne trois Ménades recrutées à Thèbes par les envoyés de Magnésie. L'une fut enterrée au Koskobounos : il est bien possible, fait remarquer à ce propos M. S. Reinach, que ce nom, dont rétymologie était obscure, ait fait imaginer la Ménadc Kosko, de môme qu'au dire des Athéniens (Pausanias, I, 25) Musaios était enseveli dans la colline du Musée.

2. Cimon, 13 : TV 8' 'Axafiripiiav il àvûfipou xcd aO*/|iT|pà; xaTcippuTov àiroôtt^aç ô(X(roc» Tio'xrjiAEvov uir'aÛToO 6p6(i.O'.; xaOapot; xal <t'J(7xîoic TcepiTiàTotç. Ailleurs {Sylla, 12) Plutarque appelle l'Académie SEvâpo^opcoTatr) TcpoaarEtcov, et Biogéne Laêrce (III, 7), upoàorEiov àXaûSs;.

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