A. COMTE MÉCONNU
Extrait des Mémoires de M. Guizot
a J'eus à la même époque (1833) quelques rapports avec un homme qui a fait, je ne dirai pas quelque bruit, car rien n'a été moins bruyant, mais quelque effet, même hors de France, parmi les esprits méditatifs, et dont les idées sont devenues le credo d*une petite secte philosophique. Les chaires nouvelles, créées soit au Collège de France, soit dans les Facultés, mettaient en mouvement toutes les ambitions savantes. M. A. Comte, l'auteur de ce qu'on a appelé et de ce qu'il a appelé lui-même la Philosophie positive, me demanda à me voir.y<; ne h connaissais pas du tout, et n'avais wéme jamais entendu parler de lui (1). Je le reçus et nous causâmes quelque temps. Il désirait que je fisse créer pour lui, au Collège de France, une chaire d'Histoire générale des sciences physiques et mathématiques ; et pour m'en démontrer la nécessité, il m'exposa lourdement et confusément ses vues sur l'homme,
la société, la civilisation, la religion, la philosophie, l'histoire Il
m'écrivit peu de temps après une longue lettre pour me renouveler sa demande de la chaire dont la création lui semblait indispensable pour la science et pour la société. Quand j'aurais jugé à propos de la faire créer, je n'aurais certes pas songé un moment à la lui donner. »
(i) Voir page 30.
Comité International de la Statue d^Aug. Comte