‹ La vie et l'œuvre d'un constituantChapitre 4 sur 234 · IT INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IT INTRODUCTION

la réforme judiciaire. Il fut l'âme du Comité de Constitution. D’autres sans doute ont servi davantage la cause de la Révolution par leurs écrits ou par leurs actes; aucun n'a plus que lui contribué à en faire passer l'esprit dans la législation. Michelet l'a appelé «un Sievès pratique » et le motest très juste. Ce n’est pas tout. Provincial, bourgeois, avocat, homme d'étude, ouvert aux idées nouvelles, passionné pour ce qu'on appelait alors le « bien publie », il représente d’une facon éminente cette élite du tiers état que les baïlliages avaient envoyée à Versailles avec là mission de régénérer la France. Ce n’est pas tant un politique qu'un législateur; logicien et dialecticien sans rival, la foi qu'il professe dans l’efficacité des principes de Ja raison appliqués au gouvernement, est fempérée malgré tout par sa prudence native. Il est par excellence un constituant, mieux encore : un constitutionnel.

Toutefois, ce ne sera pas assez de retracer son rôle à l'Assemblée nationale. Thouret en 1789 n’est pas un débutant, comme Barnave, par exemple. Agé de quarante-trois ans, il est en pleine possession de son talent : il apparaît armé de toutes pièces. Il s'impose aussitôt à l'estime de PAssemblée. Quels étaient ses antécédents et ses titres? C’esten Normandie, à Pont-l'Évèque puis à Rouen qu'il s'était formé à l’art de la parole ; c'est là qu'il avait conquis très vite la réputation d’un grand avocat; c’est à Rouen qu'il avait fait un apprentissage instructif de l'administration locale, en sa qualité de procureur-syndic de l'assemblée provinciale de la haute Normandie; c’est à Rouen encore que Thouret,

INTRODUCTION ITT

devenu publiciste, avait plaidé la cause du tiers état dans deux brochures très populaires, inspiré plusieurs cabiers dans la province entière et agi puissamment sur l'esprit public à la veille des élections. De là la nécessité de mettre en lumière la période provinciale de la vie de Thouret.

La seconde partie de sa carrière politique commence à l'ouverture des États généraux; c'est de beaucoup là mieux connue. Indécis d'abord et soupéonné d° « aris= tocratie », ilse rallie à la majorité, et l'Assemblée le désigne pour entrer dans son Comité de Constitution, le plus important de tous. C’est là, et non seulement à la tribune qu’il dépense une grande puissance de travail et de rares facultés d'organisation. Son œuvre est considérable ; il nous suffira, pour rendre compte de son activité, d'analyser ses discours en les replaçant dans leur cadre. Mais il ne saurait être question, à propos d'un discours de Thouret, de reprendre 44 ovo la question des biens du clergé, ni d'exposer en détail l'état de la justice ou de l'administration française en 1789. Nous rappellerons les principaux arguments des ses adversaires à la tribune ; mais nous ne nous arrêterons pas à discuter les cent soixante-seize articles du projet d'organisation judiciaire de Sieyès, encore moins le plan de Duport qui tient tout un volume. Si grande qu’ait été la part prise par Thouret à la confeétion de la Constitution de 1791. il y aurait abus à personnifier en lui, par exemple, la réforme judiciaire ou la réforme admiristéative. L'idée première de la division de la France en départements appartient à Sieyès : et nous

ca

Page 1