‹ La vie et l'œuvre d'un constituantChapitre 6 sur 234 · INTRODUCTION À · texte numérisé non relu

INTRODUCTION À

lèmes, on aurait pu suivre une autre marche : exposer par exemple, ses idées sur le pouvoir exécutif ou sur le pouvoir législatif et comparer ses projets de loi avec ses théories. Or ce qui distingue Thouret de Sieyès, c’est qu'il réunit à une grande hardiesse de vues le souci des solutions pratiques. La leçon des événements n'a jamais été perdue pour lui. Sur plus d'un point ses opinions se sont modifiées au cours de la session. Le Thouret de la salle du Manège n’est plus tout à fait le même que le Thouret des Menus-Plaisirs. Homme politique, il à pu varier, ou, si on veut, évoluer, surtout après Varennes: mais son évolution n'est-elle pas celle de l’Assemblée elle-même ? »

Il est cependant des cas ou nous avons dû nous départir de cette méthode : c’est quand elle risquait de nuire à la clarté du récit. Un exemple: suffira : le 29 septembre 1789 Thouret lit un rapport au nom du comité de jurisprudence criminelle ; le même jour il dépose au nom du Comité de Constitution un rapport sur la nouvelle division administrative de la France, - qu’il défendra seulement en novembre. Dans l'intervalle il soutient sa fameuse motion sur les biens du clergé et se prononce sur la mise en vacances des Parlements. À suivre pas à pas le travail législatif de l’Assemblée, on aboutirait à une véritable confusion. Nous avons donc été amené à introduire des divisions logiques, quand elles ne contredisaient pas l'ordre naturel des faits.

Les documents que nous avons utilisés sont de provenance très variée ; on en lira le détail dans la biblio-

VA INTRODUCTION graphie. Nous citerons en première ligne les discours de Thouret, tels qu'ils les a prononcés, à de rares exceptions près, la plupart ayant été imprimés par les soins de l’Assemblée. Nous les avons analysés de façon à ne rien omettre d’essentiel, en conservant autant que possible, Le style de Thouret lui-même. Nous nous sommes abstenu à dessein des longues citations, car le. genre de son éloquence ne comporte pas de morceaux à effet. Il est difficile de découper la moindre pièce dans la trame serrée de son raisonnement. Dans ses écrits, dont le texte ne donne lieu à aucune discussion critique nous nous sommes efforcé de même de bien marquer l'enchainement des idées. Quant aux documents officlels, procès-verbaux d'assemblées ou d'élections, registres de correspondance, rapports etc., nous en avons fait un large usage. Nous avons eu aussi recours aux moyens d'information que nous oflraient les journaux du temps, les livres imprimés, les brochures el les pamphlets même, plus rarement les mémoires. Des instruments de travail tels que le Æecueil de documents. pour servir à la convocation des États généraux, de M. Brette, la Bibliographie de l'histoire de Paris, de M. Tourneux, nous ont rendu de signalés services. Les correspondances des constituants, malheureusement trop rares, nous ontdonné quelques renseignements utiles. Nous aurions été heureux d’y joindre des lettres de Thouret lui-même, car nous ne connaissons jamais que l'expression officielle de sa pensée. Mais celles qui existent sont d’un faible intérêt. Il faut, pensonsnous, renoncer à l'espoir d'en découvrir d’autres, aw

INTRODUCTION VIT moins pour la période qui va de 1789 à 1791. La raison en est facile à trouver: personne n'était plus occupé que. lui dans cette Assemblée, la plus laborieuse qui ait jamais été. Seuls, les constituants plus effacés trouvaient assez de loisirs pour écrire à leurs municipalités les comptes rendus de débats où ils ne jouaient que le rôle de spectateurs, Quant aux papiers du Comité de Constitution, siriches d’ailleurs, ilne contiennent pas ce qu'on serait en droit d'y chercher : Les procès-verbaux de ses réunions, et c’est là une lacune infiniment regrettable.

Pour être restées parfois infructueuses, nos investigaions n’en ont pas moins été longues et étendues. Cest pour moi un devoir agréable que de nommer ceux quiont bien voulu les seconder : MM. les archivistes Schmidt à Paris ; feu Ch. de Beaurepaire, Chevreux, Vernier, Poullain à Rouen; Benet, Besnier à Caen; Loriquet, directeur des bibliothèques de la ville de Rouen, mes collègues Blossier, Canonville-Deslys, Le Parquier, ainsi que MM. Hie, Robillard à Rouen; Domin et Braconnier à Pont-L'Évêque : À, Brette, Gazier, Hustin, S. Lacroix, M. Sibert, Welschinger à Paris.

Qu'il me soit permis de mentionner tout particulièrement M. Lefort, mon prédécesseur aulycée de Rouen, aujourd'hui député de Rouen, qui m'a donné de précieux encouragements et a guidé mes premières recherches sur ce sujet.

Que tous veuillent bien accepter l'expression de mes

sincères remerciements.

Ernest LeBGuE.

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