‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 108 sur 239 · Arch. roun. de Rouen · texte numérisé non relu

Arch. roun. de Rouen

é. Sallier. Annales françaises (1813, p. 234).

le tiers étal contre les ordres privilégiés *.' Fondée ou non, cette hypothèse est, en ce qui concerne Rouen, difficile à vérifier. Nousne savons siM. de Maussion fut d'intelligence avec Thouret, mais ce qu'on ne peut nier, c'est la démarche initiale faite par la ville de Nantes et l'effet qui en résulta. Rouen avait imité avec plus d'ampleur les procédés de sa devancière ; délibérations des corporations, VOBU de la municipalité, adresse au Roi. Elle allait encore la dépasser dans l'ardeur de sa propagande.

La municipalité avait décidé l'envoi du mémoire aux principales villes du royaume. Deux cent quatre-vingt-dixhuit le reçurent : beaucoup envoyèrent leurs réponses. C'était le moment où les délibérations des villes, les pétitions des corps s'entre-croîsaient de toutes parts ; on eût dit un immense plébiscite en faveur des droits du tiers état. Quelques villes avaient déjà pris des arrêtés analogues quand elles reçurent le mémoire adressé par la commune de Rouen. Il n'en eut pas moins un très vif succès dans la province et même au dehors.

En Normandie, Argentan, Bayeux, Beaumont-le-Roger, Bolbec, Dieppe, Elbeuf, Eu, Gisors, Goumay, Granville, Harfleur, Honfleur, Le Havre, Lisieux, Montivilliers, Neufchâtel-en-Bray , Pont-Audemer, Pont-de-F Arche, Saint- Valery-en-Caux, Saint-Lô, Sées, Valognes, Vemon, Vire, Yvetot envoient leur adhésion *. Lamarche suivieestpresque partout la môme: la municipalité convoque les corporations lorsqu'elles existent ; celles-ci déclarent adhérer aux trois points de la pétition de Rouen et la municipalité rend un arrêté conforme. Jusqu'où s'étendit Tintluence de ce

1. Il cite tout particulièreineat rintendant de Bourgogne {ibid., 294). Kn ce qui concerne la Bretagne, c'était l'intendant lui-même, Bertrand de Moleville, qui avait présenté à, Neçker les députés de la commune de N&ntes. venus pour soUiciUBr la double représentation du Tiers, tl setait même chargé de l'impression de leur mémoire (lettre de M. Giraud, préfet, dans la Décade philosophique, 30 pluviôse, an X) .

2. Les délibérations des villes normandes se retrouvent en partie aux Archives nationales, 8*76.

mémoire? Il est impossible d'en mesurer avec précision le rayonnement ; du moins se fit-il sentir fort loin de son foyer initial. Dans beaucoup de villes, les autorités municipales en donnèrent lecture et l'Assemblée prononça son adhésion. Citons entre autres Étampes, où l'adresse fut lue publiquement avec celles de Nantes et de Chartres. En Cham-* pagne, Épernay, Dormans, Vertus, Courtenay \ Bar-sur- Aube*. Dans le Nivernais, Cosne, Clamecy. En Auvergne, Ambert, Gannat. En Poitou, Châtellerault, Montmorillon. En Berry, Bourges, La Châtre*.

Voici, par ex:emple, comment les choses se passèrent à Vesoul à TAssemblée des notables bourgeois et habitants (16 décembre): « Le deuxième échevin a fait donner lecture d'un mémoire de tous les corps, communautés et corporations formant le tiers état de la ville de Rouen, suivi de la délibération du corps municipal... ainsi quedela lettre en date du 4 décembre courant. Sur quoi, lesdits sieurs notables ont arrêté d'une voix unamine qu'ils adhéraient sans restriction et en tous points au vœu de tous les citoyens de ladite ville de Rouen, dicté parle zèle éclairé du patriotisme le plus pur. Ils demandent donc à son imitation », etc\

Enfin, dans la capitale même, la « Pétition des citoyens domiciliés à Paris », rédigée par le médecin Guillotin (8 décembre) et adoptée (10 décembre) par les six corps, s'exprimait ainsi : « Les trois ordres du Dauphiné ont donné l'exemple. Le tiers état de la Bretagne et de la Normandie l'a suivi'... »

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