LES ORIGINES. ANNÉES DE JEUNESSE ET D'ÉTUDES
Jacques-Guillaume Thouret était Normand; il appartenait à une province réputée jadis « pays de sapience » et à une race de tout temps fertile en hommes de loi. Pontl'Évoque, où il naquit le 30 avril 1746 \ était situé sur les confins de la haute et de la basse Normandie*. C'était une petite ville, sans murs et sans histoire, ou plutôt une longue rue, coupée de ponts, qui barrait de la double rangée de ses maisons basses les molles prairies de la Touques. Celle-ci, tout d'abord assez large, disperse ses eaux claires entre cours et jardins et recueille au passage la Calonne, qui vient de baigner comme elle des moulins et des tanneries. Faiblement peuplé', à peu près dépourvu
! . C*est «. tort que Monard et le fils de Thouret lui-même le font naître au mois d*aoùt.
2. d Quant à la basse Normandie, elle commence, à proprement parier, à la ville de Pont-rÉvôque » (Fr. Oursel : Abrégé de l'histoire de la ville de Rouen, 1778, p. 477) Expilly place également le pays d'Auge cubasse Normandie Les géographes modernes, se fondant sur la nature du sol, sont d'un avis contraire : a Le pays d'Auge va de la vallée de la Touques aux approches de la hives où le plateau descend sur la plaine dite campagne de Cacn. Là, se termine la haute Normandie par des pentes assez raides » (Vidal de la Blache etCamena d'Almcida : La France, p. 148^ Cf. de Félice : La Basse No? mandie, p. 6. Au surplus, il n'y a rien déplus flottant que ces limites de pays, (|ui ne correspondaient à aucune réalité administrative. (Voir sur cette question A. Brette : Les limites et les divisions territoriales de la France en 17«9.)
3. Sur Pont-l'Évêque au xvui* siècle, voir les Dictionnaires de la Martinière (1741) qui reproduit celui de Corneille (1708) et surtout celui d'Expilly (1768) qui a puisé aux sources officielles, il attribue à la ville vingt-trois ,
Ledâgite. 1
(l'industrie et de commerce \ Pont-FÉveque tirait toute son importance 4e la'çontrée qui l'entoure : c'était le prin- '•:{c5pal iwa^c^'itdU pays d'Auge, où les coteaux chargés de . . • i^Q^î^JuiôBS alte/*nëut avec les plantureux herbages. On :••.: r*'vrftftsttt K •l«mté**3e ses fromages et ses cidres étaient renommés. C'était aussi la petite capitale administrative du domaine d'Auge qui appartenait à la maison d'Orléans % chef-lieu d'une vicomte ^ qui ne tarda pas à dis]uiraître, et d'un bailliage démembré du bailliage principal de Rouen ^, siège d'élection de la môme généralité* ; elle faisait bonne figure avec son lieutenant-général civil, criminel et de police, son vicomte % ses receveurs des tailles et des aides, son maître des eaux et forêts, son maire, et tout ce cortège d' « officiers » dont la présence donnait du lustre aux plus modestes cités'. Elle possédait deux notaires
feux priviK^giés «t ([ualre cent soixanlo taillables. Ce chiffre s'accorde à peu prés avec celui donné par M"« Bichorel : quatre cent cinquante-neuf feux, dont vingt-neuf privilégiés. [Nobles ou vivant noblement à Pont-l'Evéque dans t espace de quinze à vingt ans depuis i742, manuscrit édité et annoté parU. Le Court. Gaen 1888, Lm'-283.)
1. « La malheureuse ville de Pont-rÉvéquef que la diflicullé des communications a laissée sans commerce, et où le germe de l'industrie est resté languissant. » (Lettre écrite à la Commission intermédiaire, Archives Seine-Inférieuro, C 21150.)
2. François I»"" l'avait cédée en 1520 à la maison de Montpensicr. à condition que la justice ordinaire, les sceaux, le tabellionnageetle greffe seraient exercés sous le nom du Roi et demeureraient de qualité royale, et que l»'s profits en appartiendraient au vicomte d'Auge. En 1693, à la mort de la Grande Mademoiselle, ce domaine était passé par héritage à la maison d'Orléans, qui le garda jusqu'à, la Révolution.
' 3. Les vicomtes étaient, en Normandie, des juridictions inférieures correspondant à. ce qu'on appelait ailleuis prévôtés ou vigueries. iiilles furent supprimées pour la plupart en 1749 fédit d'avril) ; celles qui se trouvaient dans les terres du duc d'Orléans le furent quelques mois plus tard. A celte occasion le bailliage d'Auge fut démembré en deux sièges : Pont-Plivèque et Uonlleur. (Kdit du Roi... donné à Versailles au mois de juin 1749, enregistré au Parlement 29 juillet. Archives nationales, AD* 896.)
4. Cf. Armand Brcttc : Atlas des bailliarjes en ^789. (Golle<*tion des Documents inédits, 1904, in-f'.)
5. L'élection comprenait onze sergenteries, cent trente-trois paroisses ou communautés, huit mille six cent quatre-vingt-onze feux.
6. Il fut remplacé en 1749 par un lieutenant particulier civil et criminel.