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tiques, les noms de quatre professeurs, Lacroix pour le Caleul différentiel et intégral, Poisson pour la Mécanique, Biot pour l’Astronomie, et Francœur pour l’Algèbre supérieure; Gay-Lussac enseignait la physique. De 1816 à 1826 Biot quitta temporairement la chaire d'astronomie, dont il restait titulaire, pour professer la partie de la physique relative à l’acoustique, à l’électrieité et à l’optique. Il venait de publier un Traité de Physique expérimentale et mathématique en quatre volumes, œuvre considérable d’un physicien également habile à la discussion des expériences et au maniement du caleul. On y retrouve le contemporain de Laplace, de Coulomb, de Poisson, cherchant à ramener l'explication de tous les phénomènes aux attractions et répulsions moléculaires. Quelques années plus tard, en 1824, Biot donnait, sous le titre de Précis élémentaire de Physique, une réduction de son grand Traité, reproduisant sans doute son enseignement public, où les développements mathématiques étaient considérablement réduits. |
On a dit que Biot, obstinément attaché à la théorie de l'émission, était resté systématiquement étranger à celle des ondulations. Son Précis de Physique prouve le contraire; plusieurs leçons sont consacrées à cette théorie. Biot discute et compare les deux doctrines; la théorie des ondes ne lui paraît pas propre à expliquer la dispersion, nous sommes en 182/; tandis qu'au contraire le phénomène de la diffraction lui semble favorable au système ondulatoire. Biot a rendu hommage dans son Précis au génie de Fresnel, et il a écrit un peu plus tard : « Excités et guidés par les travaux de Fresnel, de profonds géomètres, Poisson et Cauchy surtout, se sont efforcés de donner à ses conceptions une rigueur tout à fait mathématique, et ils ont réussi à lever une grande partie des difficultés qu’elles renfermaient, s'ils ne les ont fait toutes disparaitre. » Un témoignage intéressant de lopinion de Biot est encore fourni par une conversation de celui-ci avec Léonor Fresnel en 1846 : « De quelle merveilleuse intuition fit preuve votre frère, lui dit Biot, quand il posa le concept si fécond des vibrations transversales. » C’est bien là en effet un trait de génie du grand
physicien, à une époque où la théorie de l’élasticité n’était pas fondée,
É & D CPE SM
Biot consacre un des chapitres de son Précis à ses travaux sur l’électromagnétisme faits en 1820 en collaboration avec Savart. Les actions électromagnétiques découvertes par OErstedt appelaient l’attention sur des forces de nature entièrement nouvelle. L'action électromagnétique excercée par un courant rectiligne indéfini sur un pôle magnétique est perpendiculaire au plan passant par le pôle et par le courant, et inversement proportionnelle à la distance qui les sépare : telle est la loi remarquable que Biot et Savart ont déduite de l’expérience. De cette loi intégrale, les deux physiciens ont passé à une loi différentielle relative à l’action d’un élément de courant sur un pôle magnétique; ils y ont été conduits en étudiant très ingénieusement l'action d’un courant anguleux sur une aiguille magnétique très courte qui était placée sur la bissectrice de l'angle. Il est juste de reconnaitre que Biot et Savart, en introduisant des actions élémentaires dont la direction n'était pas celle de la droite joignant les éléments, se montraient plus audacieux que ne l'était à la même époque Ampère dans ses célèbres études sur les actions mutuelles de deux éléments de courants ; on se rappelle aussi les discussions dans lesquelles certains voyaient des contradictions entre le principe de l'égalité de l’action et de la réaction et la loi électromagnétique de Biot et Savart,
Outre son Traité de Physique, Biot, revenu quelques années après à l’enseignement de l’Astronomie, a publié un Traité d’'Astronomie en cinq volumes, qui reste aujourd’hui encore digne d'intérêt : « On y présente, dit-il, l’Astronomie dans ses phases successives, recueillant d’abord les apparences offertes par le simple aspect du ciel, puis les fixant par des observations exactes, les composant en lois, et s’élevant enfin aux forces physiques qui les enchaînent. » La lecture de ces volumes montre bien comment l'étude de l’Astronomie con-
duisit Biot à celle de la Physique (*).
(:) Dans ma notice sur Fizeau lue dans la séance du 17 décembre 1923, j'ai noté que dans une communication de 1839 intitulée : Remarques sur quelques points de la théorie des radiations et. insérée au Tome IX des Comptes reñdus de l'Académie des Sciences, Biot paraît avoir fait au sujet de la lumière un raisonnement analogue à celui de Doppler,
qu'il aurait ainsi devancé (voir page 725, de la ligne 9 à la ligne 15).
ss 24 —
Dans les pages qui précèdent les noms de Biot et d’Arago ont été mélés à propos de diverses recherches scientifiques, et nous avons vu les rapports parfois tendus entre les deux savants. Diverses compétitions contribuèrent encore à les séparer; c’est ce qui arriva quand Biot obtint la place convoitée par Arago d’examinateur des élèves aux Écoles militaires de Saint-Cyr et de la Flèche. À côté de quelques similitudes d'esprit indiquées plus haut, que de différences entre leurs caractères. Arago, désireux de briller, recherchait la popularité et les applaudissements d’un publie étendu. Biot, soucieux seulement de l'approbation d’un cercle choisi, voyait dans la science uniquement un but et jamais un moyen. Son esprit, naturellement inquiet, s’exagérait certaines antipathies, et il se trouvait enclin à apercevoir partout la main d’Arago cherchant à lui nuire.
En 1822, un échec lui fut particulièrement sensible. Delambre venait de mourir; Biot sollicita sa succession comme Secrétaire perpétuel, mais Fourier fat élu. On pouvait se résigner à être battu par l’illustre auteur de la théorie analytique de la chaleur. Biot en conçut cependant un vif dépit, et il quitta Paris pendant quelques années, se retirant dans son domaine de Nointel, où il se livra à des expériences agricoles et à des travaux littéraires, sans abandonner cependant ses recherches d’Optique. Sortant de son habituelle réserve, il eut l’imprudence de se laisser nommer maire de Nointel. Ce fut au détriment de son repos, car, comme il l’a dit lui-même, il n'était pas fait pour gouverner les hommes. En 1830, il dut donner sa démission; on l’aceusait d’avoir dans son cabinet. un portrait de Charles X, lequel était en réalité un buste du marquis de Laplace en costume de pair de France.
Non seulement les travaux se rapportant aux diverses sections de notre Académie $ollieitaient l'attention de Biot, mais il s’intéressait à
tout ce qui paraissait d’important en littérature, en histoire et géogra-
phie, en économie sociale, comme en témoignent ses très nombreux articles dans le Mercure de France et le Journal des Savants.
Jeune encore, il avait obtenu une mention dans un concours de l’Académie française, dont le sujet était l'Éloge de Montaigne. Commençant par tracer un tableau très sévère mais bien superficiel de la philosophie scolastique, il la qualifie de vide de sens et de prodigue de mots. Trois hommes lui paraissent avoir surtout concouru au xvi® siècle à renverser les barrières de cette philosophie, Erasme, Rabelais et Montaigne. Le rapprochement qu'il fait de Rabelais et Montaigne ne manque pas de justesse : « Plus retenu dans son style, dit-il de ce dernier, mais non moins libre dans ses pensées, également éloigné de la grossièreté monacale et de la morgue pédantesque, il eut l’âme d’un philosophe avec le ton d’un homme du monde. » Voulant étudier l'influence exercée sur Montaigne par les événements qui se déroulent autour de lui, Biot rappelle la dureté des temps troublés où il véeut. Si Montaigne ne fut pas atteint par la corruption de son siècle, les tristes spectacles dont il était le témoin finirent par l’endureir lui-même, d'ou un égoïsme dont Biot fait une peinture quelque peu exagérée. On trouve sans doute dans Montaigne des phrases comme celles-ci : «Faisons que notre contentement despende de nous; desprenons-nous de toutes les liaisons qui nous attachent à austruy », ou encore : « Il faut aimer ceci ou cela, mais n’épouser rien que soi ». Cependant la philosophie de Montaigne balancée entre des influences diverses à parfois un autre aspect, comme dans le fameux chapitre sur l’Æmuitié, mais Biot trouve plutôt là une circonstance aggravante; c’est l'isolement, auquel son égoïsme avait conduit Montaigne, qui lui fait regretter La Boëtie. Tout en se montrant sévère pour la philosophie égoïste de l’auteur des Essais, Biot reconnait qu'il a rassemblé dans son ouvrage tout ce qui peut servir à donner une connaissance exacte et complète du cœur humain, et, conclut-il : « Voilà ce qui fait aimer Montaigne, voilà pourquoi, n'ayant eu de modèle dans aucune langue, il n'aura jamais d’imitateurs. »
Biot a consacré de nombreuses pages à Newton, dont on peut dire
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qu'il fut en France l'historien de seconde main. Ses articles très documentés nous font bien connaître l’auteur des Principes mathématiques de la Philosophie naturelle. Nous voyons Newton longtemps très réservé à l'égard des hypothèses, protestant même qu'il n’en sent pas le besoin et que, les propriétés qu’il a découvertes étant des faits physiques, il n'importe nullement à leur certitude qu’elles soient ou ne soient pas explicables par tel ou tel système. Plus tard cependant il écrit : « Mais comme j'ai cru voir que les têtes de beaucoup de grands savants courent fort après les-hypothèses, je dirais celle que je serais porté à regarder comme la plus vraisemblable, si j'étais obligé d’en adopter une. » C’est ainsi qu'il fut conduit à l'analyse des modifications résultant de l’action des ondulations de l’éther sur le mouvement des particules lumineuses, et même, dans une note annexée à son Optique, ouvragé purement expérimental, il se demande si l’éther ne suffit pas pour produire la gravitation universelle. Tant il est vrai que l'esprit humain éprouve le besoin d’hypothèses explicatives, nécessaires pour un classement au moins provisoire des phénomènes.
On lit avec le plus grand intérêt, sous la plume de Biot, l’histoire des principales découvertes de Newton. Celui-ci rencontra à la Société Royale de Londres un contradicteur acharné en la personne de Robert Hooke, qui joignait à des connaissances étendues une grande activité d'esprit et un vif désir de renommée. Dès qu’un résultat était annoncé, Hooke prétendait l’avoir déjà obtenu; il était d’ailleurs incapable de concevoir la différence entre un apercu vague et une idée précise. Hooke ne manqua pas de soutenir qu'il avait le premier parlé de l'attraction. Mais, bien avant lui, Borelli avait dit que « les planètes meuvent suivant des ellipses en vertu d’une tendance vers le soleil, tendance analogue au magnétisme et à la gravité ». Et Bouillau avait écrit que « ces forces centrales dirigées vers le soleil et dépendant d'une propriété de la matière devaient suivre la raison réciproque du carré de la distance ». De son côté Halley, un des plus grands astronomes de l'Angleterre avait, en 1684, utilisé les théo-
rèmes d'Huyghens sur la force centrifuge pour déterminerles tendances
que les planètes ont à s'éloigner du soleil, et il avait établi, en : S’appuyant sur les lois de Kepler, que ces tendances sont en raison inverse du carré des distances. Mais il ne put traiter le problème inverse, et, ayant fait part de ses résultats à Newton, celui-ei lui montra une rédaction très ancienne portant ce titre « Traité du Mouvement », où toutes ces questions étaient approfondies. Halley demanda alors à Newton de lui confier une partie de son manuscrit, pour être insérée dans les registres de la Société Royale. Newton n’acquiesça pas sans peine à cette demände, car il tenait avant tout à sa tranquillité, et il avait prévu toutes les réclamations dont ses travaux seraient l’objet. Il avait d’abord répondu à Halley : « La Physique est devenue aujourd’hui une princesse si impertinemment litigieuse, qu'il vaudrait autant ètre engagé dans des poursuites judiciaires que d’avoir affaire avec elle. » Les savants d'aujourd'hui sont assurément plus pressés que Newton de publier leurs travaux.
Biot a parlé longuement dans le Journal ne Savants de la correspondance entre Vewton et Cotes. La première édition du Livre des Principes de la Philosophie naturelle avait paru en 1687; Newton, ayant décidé en 1709 de faire paraître une seconde édition, transmit successivement les parties de son manuscrit à un jeune maître de Cambridge Cotes, qui devait ensuite corriger les épreuves. Or celuici relut avec un grand soin le manuscrit, et fit à Newton de nombreuses observations, d'où une correspondance qui dura plus de quatre années et fut publiée en 1850. Ces lettres présentent un réel intérêt scientifique. Cotes refait tous les calculs et corrige d’assez nombreuses erreurs. Les points les plus délicats de la théorie sont l’objet de discussions entre le maître et le disciple, et plus d’une fois Newton doit reconnaître la justesse des observations présentées; peu à peu la conversation s'établit sur le pied d’une égalité parfaite entre le savant dans tout l'éclat de sa renommée et le jeune professeur. En fait Newton fut très heureux de cette collaboration; il importait que rien ne restât dans cette édition, qui püt donner prise à la critique. Il y avait dans le Livre des Principes une philosophie scientifique nouvelle,
no
violemment attaquée sur le continent. Ainsi Huyghens trouvait absurde le principe d'attraction, et Leibnitz s’efforçait de tirer les lois de: Kepler du mouvement circulatoire qu'il attribuait à un éther idéal. Cotes a pris une grande part aux améliorations introduites dans la nouvelle édition; il scrute le fond comme la forme d’un regard pénétrant. « Je ne crois pas qu'il y ait dans les sciences, écrit Biot, un second exemple d’un homme ayant mis si complètement et avec tant d’abnégation sa pensée au service d’un autre. » Cotes mourait prématurément peu après, n'ayant publié que quelques théorèmes sur les polygones réguliers; mais, après avoir lu la Correspondance, on est moins étonné de cette phrase de Newton : « Si Cotes avait vécu, nous saurions quelque chose. »
La Correspondance précédente a encore permis à Biot de rechercher quelles méthodes d'investigation avait dû suivre Newton pour arriver aux résultats contenus dans le Ziwre des Principes. La lecture de cet ouvrage célèbre est très laborieuse, et il semble que l’auteur ait voulu envelopper de mystères les voies qu’il a suivies. Dans maints passages, de longs développements géométriques pénibles à suivre peuvent se déduire d’un calcul très simple. Biot, comme Laplace, ne doute pas que Newton ait trouvé la plupart de ses théorèmes, non par voie synthétique mais avec le secours de l’Analyse, et la partie de la Correspondance entre Newton et Cotes concernant la Lune apporte à cette vue une confirmation décisive.
Les lettres échangées entre Newton et l’Astronome royal Flamsteed ont aussi fait l’objet d’une étude remarquable de Biot. On savait que Newton s'était occupé d’une des plus difficiles et des plus importantes questions de l’astronomie physique, celle des réfractions atmosphériques, et Halley en 1721 avait publié une table numérique de ces réfractions, comme venant de Newton. Quant à la théorie qui y avait conduit celui-ci, elle n’est indiquée que d’une manière extrêmement vague dans les lettres à Klamsteed. Biot a réussi, non sans peine, à la restituer, mettant en évidence les diverses hypothèses sur la constitution de l’atmosphère qu'avait dù faire Newton, et il conclut
« Newton est le créateur de la théorie des réfractions astronomiques, comme il l’est de la théorie de la gravitation. »
Divers ouvrages parus en Angleterre sur Newton donnèrent à Biot l'occasion de parler de l’homme en même temps que du savant. Il faut avouer que le caractère chez Newton ne fut pas toujours à la hauteur du génie mathématique. L'histoire des procédés employés pour enlever à Leibnitz sa part dans l'invention du caleul infinitésimal laisse une impression pénible; d’ailleurs, une fois les hostilités commencées, Leibnitz se montra tout aussi violent et injuste. Dans sa vie de Newton, un éminent physicien Sir David Brewster avait cherché en toute circonstance à défendre Newton. Quelques pages de Biot relatives à l'éloge que fait Sir David de la chronologie de Newton et de son commentaire sur l’Apocalypse sont d’une ironie délicieuse, qui blessa plus tard d’ailleurs vivement le physicien anglais, et celui-ci saisit l’occasion du travail de Biot sur le procès de Galilée pour
dire toute son horreur des superstitions romaines (*).
Tout en se livrant à ces travaux d’érudition, Biot poursuivait ses recherches sur le pouvoir rotatoire moléculaire. Dans les expériences qu'il avait faites pendant de nombreuses années, soit sur des substances actives dissoutes dans des liquides inactifs, tel le sucre dans l’eau, soit sur des systèmes composés de liquides actifs, il n'avait rencontré aucun cas où les substances mises en présence ne parussent associées autrement que par un simple mélange. Mais en 1836 1l rencontra un cas pour lequel le phénomène était plus complexe; c’est celui de la dissolution aqueuse d'acide tartrique. Il se formait une véritable combinaison de l'acide tartrique avec son dissolvant inactif.
C'était sur l’acide tartrique droit qu’opérait Biot; Pasteur ne devait
(1) Dans son Commentaire sur Newton, inséré dans la Biographie universelle, Biot avait déjà témoigné de quelques doutes sur cette conclusion de Newton, que la onzième corne de Daniel désigne la cour de Rome. Brewster l'avait pris violemment à partie : « Cette interprétation, dit-il, peut être développée jusqu'à la plénitude d’une démons-
tration ».
découvrir que plus tard l'acide tartrique gauche, qui offre d’ailleurs la même particularité. Les travaux de Biot sur ces questions sont des modèles d'étude expérimentale patiente, sans grande vue théorique, mais conduite avec un soin extrême. Il donne une formule empirique exprimant, en fonction des éléments en présence, le pouvoir rotatoire spécifique de la dissolution. Le’ cas de l’acide tartrique n’est pas isolé; il apparut bientôt à Biot que c'était même le cas général, quand il reprit avec une technique plus soignée ses anciennes recherches. I] examina ensuite le cas, où « dans un milieu liquide composé d’une substance active et d’une substance inactive sur la lumière polarisée, on introduit une troisième substance également inactive, qui puisse entrer en solution avec les deux autres, sans les décomposer chimiquement ni en être décomposée ». L'acide tartriqué, l’eau et l'acide borique en donnent un exemple curieux. En introduisant dans une solution aqueuse d’acide tartrique une quantité extrêmement petite d’acide borique, on voit apparaître des propriétés moléculaires nouvelles; la loi même de dispersion des plans de polarisation particulière à l'acide tartrique est complètement modifiée. Biot vit de suite le secours 1mprévu que ses recherches apportaient à la chimie, particulièrement à la chimie organique. De nouveaux procédés d'analyse chimique en découlaient; on pouvait étudier la constitution intime des corps sans les endommager. Biot fit en collaboration avec Persoz une première application de l'appareil qu'il avait construit sous le nom de polarimètre; elle concernait l'étude des modifications que la fécule et la gomme arabique éprouvent sous l'influence des acides étendus. On en üra ensuite, pour la fabrication et le raffinage des sucres des méthodes d'observation optique d’un emploi sûr et facile. La médecine trouva là aussi pour l'exploration du diabète un diagnostic certain permettant de suivre toutes les phases de la maladie.
Dans un article écrit en 1860, qu'il appelait son testament scientilique, Biot a résumé les principales découvertes, dont les pouvoirs rotatoires moléculaires avaient été jusque-là l'instrument. Il y rappelle avec quelque mélancolie que ses méthodes d'analyse eurent bien du
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mal à s’acclimater dans le royaume des chimistes, ce qui lui avait fait dire jadis d’une manière un peu vive : « Les chimistes ne sont que des cuisiniers, ils ne savent pas tirer parti de l’admirable instrument que je leür ai mis entre les mains. » Mais peu à peu la chimie s'était rapprochée de la physique, et Biot est heureux de citer les travaux de deux jeunes novateurs comme il les appelle, Pasteur et Berthelot, qui n’ont pas craint, écrit-il, de compromettre leur réputation de spécialité chimique en utilisant des méthodes physiques. Berthelot avait suivi optiquement et chimiquement trois corps isomères, l'essence de citron et deux variétés d'essence de térébenthine depuis leur extraction jusqu’à leur décomposition finale sous diverses influences. Quant à Pasteur, on sait avec quel intérêt Biot au soir de sa vie a suivi ses recherches cristallographiques ; la séparation de l’acide paratartrique en acide tartrique droit et acide tartrique gauche excita au plus haut point l’intérèt de l’illustre vieillard, qui, après avoir vérifié lui-même au polarimètre les résultats annoncés par Pasteur, lui dit cette phrase souvent rappelée : « Mon cher enfant, j'ai tant aimé les sciences pendant ma vie que cela me fait battre le cœur. » L'ensemble des recherches de Biot sur le pouvoir rotatoire des dissolutions lui assure
une place dans l’histoire de la chimie physique.
* CRT
Nombre de notices écrites par Biot contiennent des renseignements intéressants. Que de souvenirs il évoque de ses conversations avec Laplace pour qui il garda toujours une profonde vénération, et auquel il avait dédié un de ses ouvrages avec la dédicace suivante : « J’offre cet ouvrage. à cet amour ardent des sciences qui vous fait regarder leur étude comme le plus grand plaisir, et leur progrès comme le plus grand bien de l'humanité. » Il nous apprend de Lagrange qu'une de ses expressions favorites était « je ne sais pas », et qu'il se plaisait dans la société des femmes à cause de l'avantage qu'elles ont en général d’être étrangères aux discussions scientifiques. Biot se risque même
timidement à rappeler que Lagrange lui a ditun jour confidentiellement :
« La tête d’une femme est une éponge à préjugés », mais 1l lui laisse toute la responsabilité de ce propos. |
Biot a consacré quelques pages touchantes à son camarade d’école Malus, enlevé par une mort prématurée, qui fit la découverte capitale. de la polarisation par réflexion. Une autre de ses notices biographiques, celle de Napier, inventeur des logarithmes, est pleine de détails pittoresques. Napier de Merchison, baron écossais du xvr' siècle, était un puritain violent, regardé dans le parti presbytérien d'Écosse comme le plus grand théologien de son temps. Il avait écrit, pour convertir les papistes, un Commentaire de l’Apocalypse, dans lequel il avait conclu que la fin du monde devait avoir lieu en 1786. C’est ce théolosien, étroit et ardent, vivant confiné dans un château fort au sein d’un paysage sauvage, qui réalisa une invention changeant tous les procédés de calcul arithmétique employés jusqu'alors dans les sciences,invention sans laquelle Kepler n'aurait peut-être pas eu le temps d'achever ses tables Rudolphines, ni trouvé les lois devant conduire Newton à la découverte de la gravitation universelle. |
Nous avons dit que Biot s'était éloigné pendant quelques années de l’Académie après son échec de 1822. Quand il y revint, ce ne fut pas pour trouver bien tout ce qui s’y faisait, d'autant qu'Arago avait été dans l'intervalle nommé Secrétaire perpétuel en remplacement de Fourier. Biot a consacré deux articles du Journal des Savants. à la publicité donnée’ aux séances de l’Académie et à l'institution des Comptes rendus hebdomadaires. Il n'avait pas vu sans inquiétudes s’accroître vers 1830 le nombre des personnes, étrangères à l’Académie, autorisées à assister à ses séances. Une conséquence grave de la présence d’un public nombreux était pour lui la restriction qui en résultait dans les discussions scientifiques. Il pensait que celles-ci sont moins libres parce que beaucoup de membres de l’Académie peuvent hésiter à émettre des réflexions exposées à avoir un grand retentissement ; le cas opposé ne lui paraissait d’ailleurs pas impossible, qu'on parlât pour la galerie sans avoir rien de bien essentiel à dire. Biot se méfiait aussi
des articles consacrés chaque semaine aux séances de l’Académie, qui,
à partir de 1825, commencèrent à paraître dans le Globe et quelques autres Journaux ; les théories abstraites et élevées, les spéculations les plus profondes sont nécessairement négligées, disait-il, dans de tels exposés, étant totalement incompréhensibles à un publie étendu et sans préparation suffisante. On sait que la publicité de nos séances est devenue complète en 1835, et que les Comptes rendus de l'Académie ont commencé depuis lors à paraître chaque semaine. Les conclusions de Biot sont sévères : « La majeure partie du temps de l'Académie, écrit-il, est employée au service de tous les individus qui veulent s'adresser à elle pour lui communiquer leurs idées, bonnes ou mauvaises, les réclamations de priorité ou les critiques qui les intéressent personnellement, leurs élucubrations du jour ou de la veille, parfois mais rarement d'importants travaux longuement médités. Par suite de cette intervention des influences étrangères à l’Académie, les discussions scientifiques entre les membres sont devenues rares et difficiles, étant trop souvent amenées par un sentiment d’hostilité personnelle ouparle désir d’attirersursoil'attention dela foule environnante. » Peut-être certaines critiques s’adressaient-elles indirectement à Arago qui avait proposé la publicité des séances et la création des Comptes rendus hebdomadaires. Elles proviennent d’une vue trop aristocratique de la science, et sont injustes dans leur ensemble. Il est loisible -de regretter le temps où savants et philosophes devisaient en se promenant dans les jardins d'Académus, et l’on a pu critiquer parfois avec raison des publications hâtives se réduisant à des prises de date ou à des programmes de recherches futures. Mais l'intérêt est grand pour notre pays de posséder un centre où affluent des Communications scientifiques de toutes les parties du monde; il faut seulement veiller à ce que ces Communications résument, comme le voulait Biot, des travaux longuement médités.
Sur un autre point, Biot avait une idée un peu étroite de la recherche scientifique. Il estimait que le savant ne doit pas chercher des applications industrielles de ses découvertes. Un témoignage singulier en est fourni par une lettre qu'il adressa à la Section de Chimie à l’occasion
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dela chaire laissée vacante au Collège de France par la mort de Pelouze. Sous son influence, le Collège avait présenté le chimiste Laurent en première ligne par treize voix contre reuf données à Balard qui était membre de l’Académie. Biot conjure ses confrères de voter pour Laurent, l’homme de vrai talent, possédé de l’amour désintéressé de la science, Il ne conteste pas le mérite de Balard. Sa découverte du brome l’a conduit à des applications pratiques dont les conséquences. sont fructueuses pour lui; mais après avoir obtenu les moyens de travail les plus étendus, il n’a presque rien fait pour la science. Sa nomination découragerait ceux qui, comme Laurent, ont contribué avec éclat aux progrès de la chimie organique et attendent des moyens de travail leur permettant de continuer leurs recherches. Malgré cette argumentation de Biot, Balard fut présenté par l’Académie et nommé au Collège de France.
En une autre circonstance, Biot intervint encore devant l’Académie pour une présentation. Il demandait que Pasteur fût mis sur la liste pour une élection dans la Section de Botanique. Pasteur n’est sans doute pas botaniste de profession, disait-il, mais ses études sur les végétaux inférieurs sont d’une extrême importance; il faut que les sections de l’Académie n’aient pas trop d’exclusivisme et voient large et grand. On ne peut en cette circonstance que donner raison à Biot.
Ces petits incidents de la vie académique de Biot le montrent toujours disant sa pensée sans ménagements et avec le caractère indépen-
dant que nous avons déjà rencontré dans plusieurs occasions.
L'astronomie égyptienne a beaucoup occupé Biot. Très lié avec Champollion, il suivait avec le plus vif intérêt les travaux du grand égyptologue. Quand celui-ci eut en 1831 découvert la notation des mois vagues égyptiens, et expliqué les rapports singuliers qu’elle présentait avec la série annuelle des travaux agricoles en Égypte, Biot entreprit l'étude du calendrier des Égyptiens et de leurs périodes astrc-
nomiques. On sait qu'iln'y avait pas chez eux de chronologie continue,
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les dates surles monuments étant comptées à partir du commencement du règne de chaque roi. L'année des égyptiens, dite année vague, était formée de 360 jours avec 5 jours complémentaires dits épagomènes. Cette année était partagée en trois tétrades contenant chacune 4 mois de 30 jours, que complétaient les épagomènes, le premier mois étant le mois de Zoth. À une époque lointaine, le lever héliaque de l'étoile Sirius à Memphis avait coïncidé avec le premier jour de Toth. Il y avait concordance complète de la notation égyptienne avec la succession des cultures aux époques où l’année vague se trouvait convenablement placée dans l’année solaire. Il s'agissait de reconnaître les époques où l'ordre des trois tétrales avec leurs signes symboliques exprimait l’état physique réel de l'Égypte. Biot trouve que le Soleil était exactement solsticial, en l’année Julienne — 3285, le jour du lever héliaque de Sirius à Memphis; or le solstice arrivait cette année-là le 20 juillet Julien : « On doit regarder comme indubitable, écrit Biot, que, en l’an — 3285, Sirius se leva héliaquement sur le parallèle de Memphis le 20 juillet, le jour mème du solstice d'été, et que, en même temps, la notation égyptienne des mois, d'accord avec Les phénomènes solaires, marquait à ce même jour le commencement solsticial de la crue du Nil. »
Biot a longuement étudié les questions se rattachant à la période sothinque des Égyptiens. Le commencement et la fin de cette période sont fixés aux époques où le levier héliaque de l'étoile Sirius (Sothis en égyptien) revenait coincider avec le premier jour de l’année égyptienne vague. Ce fait s’est produit, sous le parallèle moyen de l'Égypte, en — 1322, — 2782, ..., en remontant par périodes égales, comprenant chacune 1460 années juliennes de 365 jours 1/4, ou 1461 années égyptiennes vagues de 365 jours. Pour Biot, un emploi réel du cycle sothiaque n’a pu commencer avant — 1322; on a fait ensuite des computations rétrogrades.
À quelle date les jours épagomènes ont-ils été introduits : c’est une question, que Biot discute. Les plus anciens monuments sur lesquels
on aitjusqu'ici trouvé une mention des jours épagomènes appartiennent
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à la 18° dynastie; d'après Biot, l'année égyptienne arrivée Jusqu'à nous a dü être établie ou définitivement réglée en — 1780.
Les mémoires précédents sur l’astronomie égyptienne et sur la période sothiaque donnent l'impression d’une érudition considérable, vraiment extraordinaire chez un homme dont ces études n'étaient pas un sujet d'occupations exclusives. Il semble bien qu'ils ont permis de déterminer quelques-uns de ces points fixes, dont la longue histoire de l’ancienne Égypte réclamait l'appui. « L'étude intime du Calendrier des Égvptiens, la connaissance de leur année et de leurs périodes astronomiques, a dit Emmanuel de Rougé, telles sont les premières notions indispensables à la chronologie des dynasties pharaoniques, et M. Biot en a fixé les règles dans ses Mémoires d’une main si ferme qu'il nous a tracé de prime abord les seules méthodes pouvant conduire au succès ».
Lestravaux de Biotsur le zodiaque de Denderah ont amené de grandes discussions. Ce zodiaque qui est aujourd’hui au Louvre est un planisphère sur le nlafond d’un petit sanctuaire d'Isis à l'angle occidental du grand temple de la déesse Hathor à Denderah. Les bases de certains calculs faits par Biot à ce sujet étaient douteuses, mais d’éminents égyptologues s'accordent à lui reconnaitre le mérite d’avoir signalé sur le planisphère des planètes et des constellations véritables; dans son dernier Mémoire sur ce sujet, en 1844, Biot écrit : « Sans prétendre assigner dans quel temps, à quelle occasion, ni pour quel but spécial le temple de Denderah et ses zodiaques ont été construits, je persiste à dire que ces monuments sont intentionnellement disposés pour l'époque céleste ou Sirius se levait sur l'horizon de l'Égypte simultanémentavec le point solsticial d’été, qui était placé alors près des deux étoiles principales de la Constellation du Cancer. »
L'astronomie chinoise a aussi fait l’objet des études de Biot. Un de ses Mémoires à pour titre : Sur l'antiquité de l’Empire de la Chine prouvée par les observations astronomiques. Les observations astronomiques chinoises sont nombreuses. Un Jésuite, le père Gaubil, a rap-
porté toutes celles qu'il a pu recueillir d'après les anciens livres chinois. Malheureusement, en 213 avant notre ère, une cruelle persécution contre les lettrés et contre les livres fut exercée par l'empereur Tsing-chi-Hoang ; dans une période de quarante jours tous les livres historiques durent être brülés. On n’excepta que les livres contenant l’histoire de la famille régnante et ceux qui traitaient d’astrologie, de médecine et d'agriculture; c’est ainsi que purent être sauvés d’anciens ouvrages et, peu après la mort de l’empereur iconoclaste, on s’efforca de réparer le mal en composant une histoire avec ce qui avait échappé aux flammes. Un assez grand nombre d'observations rapportées par le père Gaubil présentent peu d’incertitudes. Quelquesunes offrent même des données assez précises pour qu’on puisse les calculer complètement. Telles sont celles qu’on attribue à Tcheoukong, frère de l'empereur You-wang et régent de l'Empire. On pourrait supposer qu'on a arrangé les observations après coup, mais la valeur qu’elles assignent à l’obliquité de l'écliptique fournit une preuve d'une grande force, car il y a accord à deux minutes près entre la valeur de l’obliquité pour cette époque, qui se déduit des ombres du gnomon, et la valeur que l’on peut calculer par la Mécanique céleste, pour les années entre 1098 et 1 104 avant notre ère, correspondant à la régence ‘de Tcheou-kong. En ce qui concerne les observations recueillies par le père Gaubil, Biot ne pense pas qu’on puisse remonter en Chine au delà de 2261 ans avant notre ère, peut-être Jusqu'à 2400.
Pour la partie linguistique, Biot avait travaillé avec un éminent sinologue, Abel Rémusat, et après sa mort avec Stanislas Julien, qui eut pour disciple Édouard Biot, le fils de J.-B. Biot. Édouard Biot avait commencé la traduction d’un des plus anciens livres de la littérature chinoise, le Tcheou-li, ou livre des Rites,composé par le régent Tcheoukong, dont nous avons parlé ci-dessus, onze cents ans avant nôtre ère; il mourut avant la fin de la traduction, qui fut continuée par son père avec l'assistance de Stanislas Julien. Jean-Baptiste Biot lut en 1851 à l'Académie des Inscriptions l'avertissement écrit par son fils. Le livre étrange qu'est le Teheou-li est d’un grand intérêt historique; on y trouve
aussi quelques parties scientifiques, et le triangle rectangle de côtés trois, quatre, cinq y est signalé. « Mon pauvre fils, dit Biot en terminant sa lecture, a usé ses forces à ce livre et y a consumé les cinq dernières années de sa vie. Je dois remercier Dieu de m'avoir accordé après lui assez de jours pour avoir pu achever d'élever un monument à sa mémoire avec l'assistance de son maître Stanislas Julien. En me dévouant à ce pieux devoir, je croyais l’avoir près de moi, et qu'il ressentait ce dernier témoignage de notre mutuelle affection. Oui, il y a des communications de sentiment qui survivent à ce mystère de la mort, et qui rejoignent encore les âmes aimantes qu’elle a séparées. »
Dans sa jeunesse Édouard Biot avait aidé son père dans ses opérations astronomiques et géodésiques. La mauvaise volonté d’Arago lui ayant fermé les portes de l'Observatoire, il s'était tourné-du côté de l'industrie et avait construit avec les frères Séguin le chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon; il se livra ensuite à l’étude de la langue chinoise, et ses travaux d’érudition le conduisirent à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. La mort de Madame Biot et celle de son fils, se suivant à peu de distance, ont été les grands chagrins de la vie de Biot.
La facilité d’élocution de Biot comme professeur a été louée par tous ceux qui l’ont entendu. Il quitta en 1848 la Faculté des sciences, dont il avait été Le doyen pendant quelques années, mais il resta jusqu'à sa mort titulaire de la chaire de physique mathématique du Collège de France, dans laquelle il fut suppléé par Liouville, Le Verrier, Delaunay et, en dernier lieu, par Joseph Bertrand, qui lui succéda. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres l’appela dans son sein comme membre libre en 1841, et en 1856 il fut élu à l’Académie francaise. |
Biot vieillissait, entouré du respect de tous, conservant la plénitude de son intelligence avec son extraordinaire curiosité d'esprit. Il faisait le désespoir de nos bibliothécaires emportant peu à peu dans son appartement du Collège de France la bibliothèque de l’Institut. J’ai
jadis entendu parler par quelques-uns de nos anciens confrères de ces réunions à la Bibliothèque après la séance de l’Académie, ou l’on faisait cercle pour écouter les anecdotes racontées par le vénérable savant, qui avait vécu sous tant de régimes politiques et apparaissait comme le dernier représentant d’un âge héroïque. Dans des réunions plus intimes, quand il évoquait le souvenir de Laplace, Biot aimait à rappeler l’ardeur agressive avec laquelle vers la fin de sa vie le grand géomètre cherchait à amener la conversation sur des sujets religieux; peutêtre ces discussions, souvent très vives, dont retentissaient même les séances du Bureau des Longitudes, amenèrent-elles Biot à réfléchir sur des questions dont il s'était désintéressé pendant bien des années, et contribuerent-elles indirectement à son retour ultérieur au catholicisme.
Telle fut la vie de Jean-Baptiste Biot, uniquement consacrée à la science et à l’enseignement. En le recevant à l’Académie francaise, Guizot lui disait : « C’est à la science que vous avez voulu appartenir et que vous appartenez en effet. Vous n'avez cherché dans vos travaux que la vérité scientifique, sans vous occuper de ses résultats pratiques; vous ne lui avez jamais demandé ni les jouissances de la fortune, ni les plaisirs de la vanité... A travers tant de secousses sociales qui ont troublé tant d’esprits et abaïissé tant de caractères, vous avez été, monsieur, un modèle de cette indépendance généreuse et sereine; vous avez conservé à l'abri de toute atteinte votre raison et votre dignité, et les événements qui ont bouleversé autour de vous toutes choses n'ont jamais altéré ni la libre fermeté de votre jugement ni le paisible cours de vos travaux. » On ne peut mieux résumer la vie de l’illustre vieillard qui s’éteignit le 3 février 1862 ; il était depuis longtemps le doyen de
l'Institut de France, auquel il a appartenu pendant soixante années.
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