FONTAINE DE NEPTUNE A BOLOGNE
A OoiiiLin.lmp Edsi.
DE ijjB A 1567.
La renommée de notre sculpteur s'étendait au delà des frontières de la Toscane. En ijôj, le pape Pie IV demandait au prince François de lui permettre d'aller à Bologne pour concourir à l'érection du monument qu'il avait résolu de faire construire sur la grande place de cette ville ; c'est la fameuse fontaine du Neptune. Le prince céda, non sans regret.
La vieille fontaine érigée à Bologne en 147J, restaurée en ijîo, n'était pas digne de figurer parmi les monuments de cette importante cité. A la requête du cardinal Pietro Donato Cesi, évoque de Narni et vice-légat, le souverain pontife, par un bref du 28 avril ij6j, avait ordonné qu'une nouvelle fontaine fût élevée sur la place de San-Pctronio.
Le vice-légat avait désigné comme architecte Tommaso Laurctti de Palerme. Aux termes d'une convention conclue le 20 août ij6o, Jeau Bologne, sculpteur, et Zanobi Portigiani, fondeur, s'eng.igeaient, pour une somme convenue, à exécuter, dans l'espace de dix mois, pour l'oi-nement de ladite fontaine, une figure de bronze de neuf pieds, représentant Neptune, quatre enfants de trois pieds chacun, quatre harpies de même hauteur et quatre écussons à armoiries
Annibal Leoni, secrétaire du cardinal, reçut la mission d'aller chercher l'éminent sculpteur à Florence et de l'amener à Bologne, où il fut logé aux frais de la ville chez le receveur Agostino. Son atelier fut installé dans un vaste local, désigné sous le nom de il pavigïione.
A la fin de 1 j6o, le cardinal Francesco Grassi succéda à l'évêque de Narni dans la légation de Bologne ; bien que les travaux de la fontaine fussent dès lors assez avancés, ce ne fut que dans les premiers mois de l'année 1567 que notre artiste quitta définitivement Bologne.
Il est vrai que, à plusieurs reprises, François de Médicis l'avait rappelé auprès de lui \
Le I" mai de l'année 1564, le prince, à son retour d'un voyage en Espagne, avait été associé par son père à l'administration de l'État'.
Cette année même, et l'année suivante, les Florentins devaient être
1. Arch. dl Lcgaiione lîi Bologna. Ltàro de' conli s spcse dcUa fahrica dcUa /ont.iiia.
2. Les travaux de la fontaine monumentale du Neptune à Bologne durèrent trois années entières (1564-1565-Ï566). Ils coûtèrent à la ville soixante-dix mille écus d'or.
3. Les soins du gouvernement n'empêchèrent pas François de Médicis de se livrer comme auparavant à son goût pour les beaux-arts. Pendant la première année de son séjour à Bologne, notre artiste lui envoie comme souvenir deux petits dieux Termes, statuettes en bronze ou en argent, dont il se montre très satisfait.
VIE DE JEAN BOLOGNE
témoins de deux solennités d'un caractère bien différent : les obsèques de Michel- Ange, et l'entrée triomphale de Jeanne d'Autriche, l'épouse du duc François.
Florence fit à Michel-Ange de magnifiques funérailles, auxquelles tous les artistes présents tinrent à honneur de concourir. Notre sculpteur eut le chagrin de n'y pas prendre part; son absence est justifiée par la mission qu'il remplissait à Bologne.
Notre artiste avait fait quelques rapides apparitions à Florence. Mais au mois de mai ijôj, il quitte Bologne sans prendre congé, et le prince François le garde auprès de lui, malgré les instances du cardinal de Grassi et de l'évêque de Narni, jusqu'au mois d'avril ij66'. Il se trouvait donc à la disposition de son patron lorsque celui-ci fit les honneurs de sa capitale à sa royale épouse. Il contribua, ainsi que les autres artistes, à rehausser les éclats de cette fête, dont les apprêts étaient magnifiques, mais qui fut contrariée par le mauvais temps (i6 décembre 1 56^)
Est-ce en ijâj, pendant le séjour de Jean Bologne à Florence qu'il fut chargé par le prince d'exécuter le groupe, désigné d'abord sous le nom de la Fiorenr^a et bientôt sous celui de la Vertu enchaînant le Vîce^ groupe destiné à laire pendant, dans la grande salle du palais vieux, au groupe de la Victoire de Michel-Ange? La chose est fort probable. Aussitôt après la mort du sublime artiste, François de Médicis aura sans doute pensé qu'un seul homme était capable de soutenir la comparaison avec ce maître de génie ; c'était celui qui devenait dès lors le premier des sculpteurs vivants de ^Itahe^
Un impérieux devoir rappelait notre artiste à Bologne, o\x il resta depuis le mois d'avril 1566 jusqu'en février 1567. Pendant qu'il mettait la dernière main à la ccXhhve fontaine du Neptune, il reçut la visite amicale de Vasari.
A une lettre fort pressante du prince qui réclame son sculpteur, les Quarante du gouvernement de Bologne répondent, à la date du janvier 1)67,
1. Arch. mcâ. Carteggio de' cardinali, filza i6, et Cartcggio di Cosimo 1°, fike 1S9 et 191, — di Francesco, filze 86 et 89.
1. Vasari décrit cette fête (t. V, p. 490 et suiv.) ; il était un des organisateurs. Domenlco Mellini a publié un récit détaillé de la solennité : La. naissance du Christ devant la façade de la cathédrale ; VAlicgoria de la Prudence à l'entrée de la place du pabis ducal ; enfin le Char Irioiuphal surmonté de deux anges dans la même décoration, étaient de la main de Jean Bologne.
3. Voici sur quoi cette probabilité se fonde : au début de 1567, le prince écrit à Bologne pour réclamer impérieusement le retour définitif de l'artiste, qui doit mettre fin à ce qu'il a laisse inachevé. A peine ic retour, au printemps de cette même année, Jean Bologne est expédié à Seravezza pour choisir dans les carrières le bloc de marbre qui doit servir à la statue de la Fiorcn^a. Il écrit de là une lettre qui commence ainsi : k Havcndo a farc cavare il viarmo a Scrave:i^a pcr la Fiorense (sic) dei salone, etc. La même lettre nous apprend qu'il modelait alors des oiseaux — qnesti ucceîli — qui sont peut-être ceux qui se retrouvent à la villa del Castello. {Arch. med. Carteggio di Francesco 1°, filza 198.)
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