‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 105 sur 343 · Plutarque, Phoàon · texte numérisé non relu

Plutarque, Phoàon

4. Tel ce jeune prince d'Iléraclée dont Memnon nous a conservé l'histoire.

5. Justin, XYI. ."1. — Cf. le langage de Démosthène au sujet d'Euphré dans sa troisième Vkilippique.

PLATON A L'ACADÉMIE

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moignages de l'antiquité \ la critique moderne a cru devoir se montrer défiante : et pendant que M. Chaignet écrit : « Au souffie héroïque qui est la beauté et la vertu de sa parole, on devinerait, si on ne le savait pas, que Démosthène fut le disciple de Platon », le biogra|)he le plus autorisé du grand orateur, M. Schafer, s'inscrit en faux contre la tradition. Ce qui est plus probable, c'est que Platon a attiré à ses leçons quelques-unes de ces femmes savantes qui au temps de Philippe faisaient de la philosophie comme au temps de Périclès elles faisaient de la politique '.

D'ailleurs, de cette célébrité incontestable faut-il conclure que le philosophe a eu des élèves dignes d'an pareil maître? Cicéron conqmre ingénieusement l'école d'Isocrate au cheval de Troie d'où il ne sortit que des chefs : le même éloge est-il applicable à celle de Platon ? Il est vrai que former un métaphysicien est tâche autrement plus difficile et moins i)opulaire que former un rhéteur ! En plus d'un passage l'auteur des dialogues se demande avec mélancolie comment les plus grands hommes |)olitiques de son pays sont morts sans léguer à la républi(]ue aucun héritier de leur prestige et de leur talent. Hélas! malgré toute sa gloire il ne devait pas lui être donné davantage de faire de l'un des siens un second Platon : ou plutôt ce second Platon, l'égal du premier par le génie, n'a pas tardé à devenir son plus redoutable adversaire. Parmi ceux qui firent preuve de la plus grande fidélitt» aux enseignements du maître, en est-il un seul qui s'en soit vraiment pénétré, qui les ait vraiment compris ? Ou au contraire, le grand

1. Gicéron affirme le fait en maint passage et se fonde avant tout sur le ton élevé de l'éloquence démosthénienne : « idquc apparet ex génère et granditate vcrborum » [De oratorel, 20, — Jiritliis, 31. — Orator^ IV, i5). Après lui on lit la même assertion chez Quintilien (XII, 2. 22), Plutarque (Démosthène, 5), Lucien {Eloge de Dém., 12), Diogène Laèrce (III, 46) et l'auteur du Dialogue des orateurs, qui parlant de l'inlluence des philosophes sur l'éloquence, s'exprime ainsi : « Si testes desiderantur, quos potiores nominabo quam apud Grœcos Demosthenem, quem studiosissimum Platonis auditorem fuisse memoriœ proditum est ? » (Gh. XXXII).

2. Lasthônie de Mantinée et Axiothée de Phliunto sont citées nommément par plusieurs auteurs.

LA VIE DE PLATON

pliilosophe ne muritc-t-il pas qu'on le plaigne d'avoir eu dans ses premiers successeurs « des partisans trop faibles pour dufendre sa doctrine, assez présomptueux pour l'altérer, assez négligents pour la mutiler par l'abandon de quelques points essentiels, d'ailleurs assez peu intelligents pour ne pas en saisir l'idée véritable ^? »

Quand se tut la voix éloquente qui si longtemps avait fait la renommée de l'Académie, les esprits qu'elle avait réussi provisoirement à discipliner reprirent leur pente naturelle. Il fut manifeste que la plupart sympathisaient avec la personne de Platon plus qu'avec son système : dès qu'ils ne furent plus sous le charme, les uns revinrent aux théories de Pythagore, vantées peut-être avec excès par le maître, les autres, incapables de soutenir contre des doctrines rivales une lutte sans cesse renaissante, rendirent les armes et frayèrent les voies au probabilisme d'abord, puis au scepticisme. Ainsi non seulement j] ne se trouva personne à la mort de Platon pour recueillir et accroître son magnifique héritage, mais pendant sa longue existence l'école académique ne sut même pas vivre de souvenirs.

Il y a plus. Sous les yeux mêmes de Platon la concorde au sein de l'Académie se trouva maintes fois compromise. Le fait n'a rien d'inexplicable : ce qui surprendrait davantage, ce seraient quarante ans de paix sans nuages et de domination incontestée. Un des éloges le plus volontiers accordés à Socrate, c'est qu'il avait le don de provoquer Télan des esprits sans engager leur indépendance. Ainsi Antisthène et Aristippc lui étaient également attachés : Cyniques et Cyrénaïques, ceux-là ennemis, ceux-ci esclaves du plaisir, se réclament au môme titre de son enseigneaient. Pareille liberté de penser, que comportait la largeur d'esprit socratique, n'était guère compatible avec un système bien plus dogmatique et surtout bien plus compréhensif. En outre le caractère de Platon n'était peut-être pas exempt d'une certaine hauteur, que tout défaut d'adhésion froissait à

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régal d'une opposition déclarée. De là des dissension? fâcheuses, des rébellions même auxquelles ses deux absences en Sicile donnèrent un nouvel aliment : on alla, dit-on, jusqu'à vouloir l'expulser de cette Académie où toute une génération était venue l'applaudir, et il ne fallut rien moins que Tin tervention des magistrats pour lui en assurer la paisible jouissance.

Au premier rang des révoltés j'aperçois Aristote qui, fier de son propre génie et rebelle à toutes les séductions d'une métaphysique idéale, n'hésita pas à faire schisme du vivant de son maître ^ : l'opiniâtreté avec laquelle il a poursuivi la lutte montre qu'entre ces deux esprits toute réconciliation définitive était impossible. Il nous semble dès lors voir Platon, déjà avancé en âge, réduit au rôle de Schelling remontant à soixante-six ans en 1841 dans sa chaire de Berlin pour combattre son propre disciple et essayer d'enrayer le développement menaçant de l'hégélianisme.

Ainsi cette même curiosité intellectuelle qui au début avait été pour l'école platonicienne un incontestable élément de succès, allait se retourner contre elle le jour où à son exemple d'autres sectes auraient arboré au Lycée, au Pécile, leur bannière rivale. Mais supposons un instant qu'Aristote conquis par l'ascendant du maître ait résolument apporté à la défense des théories de Platon le génie prodigieux qu'il a déployé dans l'attaque : quelle transformation incalculable dans les destinées philosophiques de notre Occident !

Platon était abandonné, presque trahi par son plus illustre disciple. C'est à son neveu Speusippe qu^en mourant il dut légueravecla majeure partie de son patrimoine ce qu'il avait de plus cher au monde, la direction de son école. Cette transmission de pouvoirs eut-elle lieu avec une solennité particulière, ou pour marquer son choix sans cependant éveiller des récriminations bruyantes, Platon eut-il recours à quelque moyen ingénieux analogue à celui qui servit en pareil cas à

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