République, X, 621 G : Tf,; avw oooO àsl iEo(j.£6a
2. Thémistius, qui rappelle la phrase de la République, gâte cette belle pensée par une liyper])ole ridicule : nÀâxfov avw àsl ' irpouov 6s y.a\ a-jTov ÙTcspé^Yl rov oùpavov {De prof, sua, 33).
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LA VIL DE PLATOxN
Gœthe a dit de lui : u pjatou se comporte dans le monde comme un esprit bienheureux à qui il plaît d'y séjourner quelque temps : il cherche moins à le connaitre qu'à lui communiquer généreusement ce qu'il lui apporte des régions célestes. S'il pénètre dans les abîmes, c'est plutùt pour les remplir de son éloquence ([ue pour en sonder exactement la profondeur. )•
C'est le philosophe religieux par excellence dans ranli(|uité : il a le respect du mystère et le goût du divin '. 11 cmit, et d'un cœur ému, non seulement au Bien ahs.du d'uu dérive tout être, mais à l'existence de 1 ame, à sa destinée immortelle et à une justice distributive s'exerçant dar.s un monde à venir. Son nom est comme le symbole d'une sainte élévation audessus de la terre, du pressentinient d'une seconde vie destinée à réconcilier les antinomies de celle-ci. S'il n'a pas condamné expressément le i)olythéisme, s'il n'a rien l'ait pour détruire le culte national auquel la mythologie servait de fondement, c'est que, croyant une religion nécessaire, il ne savait (juels autels élever à la place de ceux devant lesquels s'était si longtemps prosternée la Grèce \ Du moins se rencontre-t-il merveilleusement avec le christianisme dans ce résumé fondamental de sa morale : a Ressenibler h la divinité. »
De là vient que nous découvrons dans son génie tout à la fois cette sérénité lumineuse, ce joyeux enthousiasme, privilège des plus célèbres écrivains de l'hellénisme, et cette mélancolie voilée dont le christianisme a révélé à la terre la secrète douceur ^.
1. Athenee 1 appollo o hp.oraTo,-. Saint Aii-ustin ^CUé de Dieu, VII, 4) déc are que. seuls d'entre les philosophes païens, Platon et ses premiers disciples peuvent se prêter à un débat s.Tieux sur la reli-ion.
2. Le mythe linal de la Hépublique marque la transaction proi.osée par Socrate et Platon aux déf.mseurs du cuUe traditionnel. Ils consentaient au maintien des noms et des récits consacrés par la tradition, pourvu qu'une révolution introduite dans le fond même des choses assurât le triomphe des ventes de conscience, auxquelles la vieille mytholoî^ie faisait si peu de place.
i. 'U Tou P'.ou, xal tf^'ovro); e-ioattxovia;, s'écriait Timothée, opposant les
TRAITS niSTIXCTIFS DK î/ESHTilT PLATONICIEN
A un autre point de vue, on peut admirer dans Platon un esprit ('tonnamuient compréhensif, où des facultés dilférentes et bien rarement associées se tiennent dans le plus heureux équilibre * : la hauteur des pensées et la délicatesse du sentiment, la gravité du raisonnement et l'élan de l'imagination, une morale presque toujours pure, parfois même austère et une sensibilité exquise pour le beau. Il a été tout ensemble l'Homère et le Phidias de la philosophie grecque, revêtant ses démonstrations des tours lumineux de la poésie, et imposant une forme artistique même aux plus insaisissables abstractions de la métaphysique.
Ce dont je louerai surtout Platon, c'est d'avoir su réaliser dans sa doctrine et ses écrits l'accord parfait du cœur et de la , raison. La pensée, a dit justement M. Ravaisson, ne suffit pas à la philo«oi)hie, il lui faut l'àme entière et avant tout ce qui semble en être et le principal et le meilleur : c'est qu'en effet, selon le mol de Josei)h de Maistre, il y a des vérités que l'iiomme ne peut saisir qu'avec l'esprit de son cœur. Platon n'a pas cru (ju'il ajouterait à l'autorité de son système en s'interdisant toute phrase, toute formule qui fut autre chose (ju'un ell'ort d'intelligence : quand il touchi^ à ces questions vitales, Dieu, l'àme, la vertu, la justice, le monde à venir, il penserai! trahir sa mission s'il gardait le calme impassible du logicien. C'est qu'en elfet il avait compris que ce n'est pas seulement par la voie de la diah clique qu'on acquiert la conviction du mondf^ spirilueL mais par un acte libre de vertu toujours suivi d'un acte de foi à la beauté morale et, si l'on j)eut ainsi parler, d'une vue intérieure de Dieu et du ciel -. Sa doctrine, c'est la vie dans la vérité : il fait plus et mieux que nous montrer la route, il nous y entraîne à sa suite ^ Qu'on lise
entreliens élevés de Platon à ses préoccupations habituelles de général et d'homme d'Etat (Elien, II, 10).
1. Olympiodore a dit avec raison de Platon, en le rapprochant d'Homère : A-jo yàp a'jxai 'h'j'/!x\ /éyovTa'. yevéaOat 7:avap[j.ôvcot.
2. Voir le beau livre de ^I. Gharaux intitulé : La méthode morale.
3. Je trouve ces considérations admirablement résumées dans la phrase suivante du dernier hio,Li:rap!ie de l'iaton en Allemaj^ne, Steinhart : « Wie
LA VIE DE PLATON
attentivement ses dialogues, et Ton s'écriera volontiers avec un écrivain du dernier siècle : « Une ligne de son œuvre suffit pour taire oublier et ses défauts, s'il en eut, et les re[)roches de ses ennemis '. »
Il est vrai (|ue la logique et Tentliousiasme marchent rarement du même pas et qu'aux yeux de certains esprits particulii^rrrnent exigeants en matière de ni('tliode, Platon a pu passer pour avoir de la sorte compromis la solidité de sa doctrine. Sans doute, quelque vigoureuse opposition qu'il ait faite aux déclamations a la fois pompeuses et vides des so|)liistes, on ne saurait nier qu'il n'ait imprimé à la philosophie grecque une tendance à la finesse, à l'agrément, à l'éclat du style, tendance (pii aboutit plus tard aux dissertations de Plutar(pie, pleines d'une monotone élégance, et aux thèses oratoires d'un lïimérius et d'un Thémistius. >hiis s'il avait suffi pour sauver l'esprit grec, de prendre une route tout opposée et de pousser à l'extrême le dédain de la forme, les épicuriens d'un cuti' et les stoïciens de l'autre, pour ne rien dire de certains écrits d'Aristote, avaient tout ce qu'il fallait pour s'acquitter supérieurement de cette tâche. Puis({ue le bon sens ingénieux a parlé par la bouche de Socrate, puisque la logique et la métapbysique, dans ce qu'elles ont du plus subtilement abstrait, allaient trouver dans Aristote le plus savant interprète, félicitons-nous de voir la pensée de Platon se donner un si hardi
kein Weiser des lioUenischeu Altcrthumes der christlichon Wahrhoit naher kam als cr, so sUdit sein Bild. befreit von den VerdunkeluiifTon nnd J'^ntstellungeii neidischer Veikleinerun<r, in idealer Hoheit iiiid P.einheit hoch erhaben liber den Stiirmen unedler, nie befriedigtei- Leidenschaften, iiber dem vSchnmtz und den mit frnchtloscn Miihen nur imnier das ei^ene Selbst vordrani^.'nden Kampfon nnd Aen^sten des gomeinen Lebens, iib.T den lockenden Scbeinen des Gewinns, des Rnlinis, d^r Macht, darcbleuchtet von den Strahlen jenes Lichtes, das ans einer hohoren Welt verklarend und vergeistigend auf dièse Erde niedersteigtjnnd den, der es anfnimnil, zum Biirgerthnm dièses himmliscben Ileiches orhebt » iVlato's Lchen, 23'j).
1. Art. Platon dans VEnryclopédie. A la suite de ces denx lignes se lit rette singuliùre déclaration : u II semble qu'il soit plus permis aux grands hommes d'être méchants. Le mal (ju'ils commettent passe avpc eux, le bien qni résulte de leurs ouvrages dure éternellement. Après tout, cette éponge des siècles fait honneur à l'espèce humaine. »