Cité dans Mai, Auclorea clussici, III
immédiatement sa mort la fondation de son école a contribué à cet heureux résultat, d'autres causes ont d[\ intervenir pour préserver la collection platonicienne pendant toute la suite de ranti({uité et du moyen-âge contre des éléments de destruction malheureusement trop efficaces. Si nous possédons aujourd'hui tout Platon, c'est pour le même motif qui explique la conservation presque intégrale de l'ieuvre de Cicéron et de Démosthène : je v(Mix dire l'éminente supériorité de la pensée, d'une part, et de l'autre le charme incomparable du style, double séduction si puissante que plus d'un grand esprit aurait été prêt à s'écrier avec Cicéron ; « Malo errare cum Platone quam cum cœleris vera
sentire. »
Si un Romain ou un moderne peut parler de la sorte, quelle devait être l'admiration d'un Grec cultivé? Par un rare privilège Platon réunit la sublimité de Bossuet, la grâce de Fénelon et l'esprit de Voltaire, et dans tous les tempsles générations qui n'ont pas eu la force de pénétrer jusqu'au fond des enseignements du philosophe se sont justement éprises du talent de l'écrivain.
Mais nous avons hâte d'arriver à un autre problème, particulièrement important et difficile. Rien de ce que Platon avait écrit ne s'est perdu, voik\ sur quoi chacun est d'accord; est-ce à dire que rien de ce que d'autres ont écrit ne nous a été transmis sous le couvert de ce grand nom? L'héritage du philosophe est intact : mais peut-on soutenir avec la même assurance qu'il est pur de toute addition étrangère? Sur ce second point Grote n'est pas moins aflirmatif que sur le premier, et cette partie essentielle de sa thèse vient d'être reprise et habilement développée en P'rance dans un mémoire de M. Charles Waddington'.llest inutile, je {)ense, d'en faire ressortir l'importance extrême et même décisive par rapport à la discussion présente.
Voici en substance le raisonnement sur lequel se fonde le
1. Voir les Comptes rendus de rAcadémio des sciences morales (juillet 18S6).
L'ŒUVRE DE IM. ATON
savant anglais. L) catalogue des écrits de Platon a été dressé par les criti.[ues alexandrins; si l'on réussit à établir que depuis la mort du philosophe jusqu'au temps d'Aristoj)hano vi de Thrasylle aucun apocryphe n'a pénétrédans la collection, les décisions de ces deux grammairiens doivent nous servir de rè«^le • or sauf les exceptions universellement aamises, ils reconnaissent comme authentique la totalité des dialogues qui nous sont par\enus.
Sans dout3 depuis son premier retour de Syracuse Platon est demeuré invariablement fidèle à rAcaih'inie : c'est là qnil a enseigné, c'est là qu'il est mort, c'est là (pi'a ('t*' ('lev.' son tombeau. Après lui comme de son vivant, le 1 :cal dont il \ «'tait devenu possesseur fut le centre et le foyer de sa doctrine l'ne sui'e ininteriom[)ue de scolarques ont liéi itt' non senhinn^it de ses biens et de ses propri<'tés, mais encore de l'honneur de présider aux desliuf'es de rt'cole (jui durant plusieurs siècles n'a pas cessé d'être fr('quentée. P^lle survécut même aux dévastations dont ce faubourg d'Athènes fut le théâtre i)eiidant le sicge de la ville [»ar Sylla ^ : on la transporta alors au IHolenmnim où Cicéron entendit les leçons d'Antiochus -. Speusippe et Xé'uocrate, !e> continuateurs immédiats de Tlaton. avaient i^randi à ses cotés: eux-mèmos et leurs success;nirs étaient doiKNi même, dit (îrcte, de donner des réponses précises à <juic»)ii(]ne les interrogeait sur rauthenticit<' de toute composition pnbji 'c sous le nom de Platon. On rapporte ^^ que les libraires des (huniers siècles de l'ère païenne ne se faisaient aucun scru[)iil.' de mettre en cir(:ulat:on force discours [irétendus disocraîe auxipiels ce laborieux écrivain n'avait certes jamais songé : mais aussi lài trouverune personne connue et d'accès facile, en possession d'affirmer (pi'elle a en mains tous les manuscrits d'isocrate et que