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•4. On lit dans le Dictionnaire de Larousse (I, p. 4:2) que de nos jours un Athénien, propriétaire d'un emplacement qu'il prétendait être celui de
LA VIE DE PLATON
Après ce qui précède, il est superflu, je pense, d'énumérer les motifs qui amenèrent Platon à s'établir de préférence à l'Académie pour y réunir ses disciples : on sait' même qu'il possédait dans le voisinai^e une habitation entourée d'un petit domaine évalué par Plut;irque à la modeste ?omm(} de 3(MlO drachmes V. et dans un cha[)itre antérieur nous avons mentionné la tradition d'après laquelle les amis de Platon lauraient acheté avec la somme inutilement olTerte par eux à Annicéris qui avait payé la raneoii du [>hilosophe. Ce dernier en mourant le légua à Speusippe et dès lors ce fonds de terre devint la [)roprié'té inaltt'rable de l'école elle-même, personnifiée dans son chef ou b\y.àoy^'j:.
Mais rimai^ination des biographes anciens aime à se donner carrière et comme si la sim[)le vériti* était sans charme à leurs yeux, ils excellent à y mêler leurs propres tietions. Ainsi d'après certaine version Platon aurait fait choix de l'Académie parce que l'insalubrité du lieu emj)rchait de détourner au profit de l'embonpoint et des satisfactions du corps les forces que le philosophe entendait réserver tout entières [)Our la culture de l'àme. Cette bizarre assertion qu'on rencontre pour la première fois chez Elien - a été r«q)roduite par saint
rAcadémic, —un verger et uo petit l)àtiment d'exploitation, — l'a mis en loterie sous le nom pompeux à' Académie de Platon et a fait vendre des billets dans t'.ute l'Europe. Avec quel succès? Sur ce point le Dictionnaire est muet. Tout récemuient la Revue des études grecques annonçait l'achat de ce domaine au prix, de 02,000 francs, ajoutant ce souhait que nous répétons avec empressement : « Espérons que l'ac'ieteur est un archéologue et qu'il ne laissera chômer ni la pioche ni la pelle. »
1. Plutarque (1. 1.) se sert de l'expression : otxr)Tr,ptov IlXaTwvo;. Apulée (c. IGO) dit de Platon : (( Patrimonium in hortulo qui junctus Academiœ fuit, reliquit » ; c'était sans doute la propriété bornée au couchant par le Géphise et ainsi désignée dans son testament : -o èv Eîpsa'.Swv yojptov. C'est là que Platon éleva un [xouasïov, où Speusippe plaça une statue des Grâces; c'est là que se retirait Polémon après sa promenade philosophique (Diog. Laerce, IV, 19). Isidore (c. 8) et Origène (G, 11) se servent même du mot d'Académie pour désigner la demeure du philosophe. — Cf. Barthélémy, Voyage dWnacharsis, ch. vu.
2. Var. Hist., IX, 10. Elien ajoute : « Les médecins conseillaient à Platon de s'établir de préférence au Lycée. Il s'y refusa en disant : « Si c'est pour prolonger ma vie, je ne voudrais pas même me fixer sur les hauteurs de
PLATON A L'ACADÉMIE
Jérôme ^ et saint Basile - qui va même dans la circonstance jusqu'à comparer Platon au vigneron effeuillant sans pitié sa vigne pour l'obliger à porter de meilleurs fruits. Sans doute, de nos jours, toute cette partie de la banlieue d'Athènes qui avoisine le Céphise est réellement peu salubre, comme la campagne romaine et peut-être pour des causes analogues : mais en était-il ainsi au plus beau temps de la prospérité de l'Attique, et les Athéniens auraient-ils oublié la saije devise d'Hippocrate, au point d'élever le plus célèbre de leurs gymnases sur un emplacement reconnu pour malsain? Personne ne voudra l'admettre, et la description d'Aristophane coupe court ici à toute discussion.
Un autre motif non moins curieux est prêté à Platon par un auteur du moyen âge, Jean de Salisbury l A Tentendre, les tremblements de terre étaient fréquents à l'Académie, et le philosophe aurait habilement profité des appréhensions
l'Athos. » L'absurdité de la réponse achève de mettre en relief la pauvreté de l'invention.
1. D'après ce docteur, c'était pour mieux confondre les reproches insolents de Diogéue. u Sed et ipse Plato, cum esset dives, et toros ejus Diogenes lutatis pedibus conculcaret, elegit Academiam, villam iv toi: r.pooL'j-czio:; ab urbe procul, non solum desertam, sed et pestilenteni, ut cura et assiduitate morboruin libidinis impotus frangerentur, discipulique sui nullam aliam sentirent voluptatem, nisi earum reruni quas discerent » {Adv. Jovin., II, 203). Le Masle s'est inspiré assez plaisamment de cette tradition, non sans y ajouter quelques détails de sa façon; voici ses vers :
Finalement, luy estant de retour Dedans Athène, il eslut pour séjour L'Académie, une place fort sombre Triste, mal saine et remplie d'encombre. Aussi fut-il par l'espace d'un an Avec six mois en détresse, et ahan Par une lièvre, en quarte convertie Que toutes fois il rendit amortie En recouvrant sa première santé Par tempérance et grand' sobriété.
2. Homélie aux jeunes gens sur la lecture des auteurs profanes, ch. ix. — Cf. Porphyre, de Ahstin., I, 36.
3. Polycraticus, VII, 3 : « llunc vero locum c:Bteris prœtulit eo quod ad incutiendum terrorem, quo vitia reprinierentur et agnita conditione sui modestia fidelius servaretur, maxime visus est ex frequenti terrai motu, quo saepe coUiditur, esse idoneus. x
LA VIE DE i' LA TON
qu'ils excitaicMit pour rappeler ses disciples au sentiment de leur propre faiblesse et les fortifier dans la lutte contre leurs passions. De [)areils contes n'ont pas besoin d'être réfutés.
M.iis c'est assez et trop insister sur des considérations tout extérieures. II est temps pour nous de franeliir h^ seuil de l'école et de nous mêler à la foule dos disci[>les que le i^rand pbilosopbe tient suspendus à ses lèvres. Comment va se [iroduire cet enseii^nement nouveau? à (pii s'adresse-t-il? (juel en est le but, la métbode? quelles hautes vérités doit-il renfermer:^ Voilà les ({uestions d'un intérêt indiscutable (jui s'offrent maintenant à Fiotre examen.