‹ La vie et la lumiére. Avec 48 figures dans le texteChapitre 9 sur 46 · ARTICULÉS LUMINEUX · texte numérisé non relu

ARTICULÉS LUMINEUX

Les photosphères ont de grandes homologies de structure avec l'œil : nous retrouverons quelque chose de semblable chez la Pholade dactyle (voir p. 84), chez laquelle la face externe de la peau du siphon est sensible à la lumière tandis que la face interne est photogène et pourtant, entre ces deux couches, les différences morphologiques ne sont pas considérables. En outre, sous certains rapports, l'œil peut être considéré comme une glande.

Dans la photosphère de Chun, voici comment 1l convient d’interpréter les choses. Le réflecteur rfl se compose d’une couche pigmentaire pg extérieure à l'organe, tapissant la face profonde de la couche de fibres.

Le réflecteur est traversé par un nerf x, dont les ramifications se répandent dans l’intérieur de l'organe. Au centre de la photosphère se trouve le corps strié str que Chun avait considéré comme la partie photogène. En réalité, celle-ci est représentée par de li emma nn grandes cellules granuleuses € trata.

qui entourent le corps strié et dont la masse est creusée par les ramifications d’un vaste sinus sanguin sin. L'ensemble de ces cellules constitue une glande à sécrétion interne, dont les produits se déversent dans le sang apporté à l'organe par le sinus. Comme dans la glande pho- togène à sécrétion interne du Pyrophore, les petits muscles de la photosphère ont pour fonction non de la faire mouvoir puisqu’elle est fixe, mais de faire pénétrer le sang dans le sinus qui le distribue dans la glande et danslequel se déversent ses produits de sécrétion. Comme le réflecteur, la lentille / est un organe de perfectionnement.

La seconde espèce d'organes lumineux chez les Crustacés est représentée par des glandes à sécrétion externe, Elles ont

R; Dusois. 4

élé bien observées par Giesbrecht sur plusieurs Copépodes Entomostracés du Golfe de Naples. Ce sont de très petites glandes unicellulaires cutanées, de o mm. 010 à o mm. 015, en forme de poire, renfermant une liqueur qui peut être déjà lumineuse avant son émission, mais peut aussi être lancée à une certaine distance. Ces organes sont très nombreux : Giesbrechl en a compté jusqu'à 18 répandus sur tout le corps et Hansen jusqu’à 117 disséminés sur toute la surface de la carapace et des membres par places et nombres définis.

Les excilants physiques (chaleur, électricité), mécaniques (choc, pression), chimiques (vinaigre, eau douce, ammoniaque surtout) provoquent des décharges partielles ou générales de toutes les glandes.

Chez un Crabe japonais, Dœflein a vu que la sécrétion lumineuse était due à des glandes céphaliques et qu'elle s'accumulait dans des sacs, d’où elle était chassée par des contrac- Lions musculaires. Cet Ostracode laissait ainsi dans son sillage un ruban étincelant. :

Giesbrecht a constaté que le pouvoir photogène persiste assez longlemps après la mortet dansles cadavres desséchés, où l'on peut ranimer la lumière par un peu d’eau douce. L'alcool suspend par déshydratation la luminosité, les acides la suppriment et l’'ammoniaque l’exagère. C'est ce que nous rencontrons partout.

Parmi les Décapodes : les Macroures, les Anomoures et les Brachyures, on trouve des espèces lumineuses. Gerion tridens est remarquable par l'éclat des foyers lumineux qui accompagnent les yeux.

Il est important de retenir que de même que dans les photosphères, les organes nettement glandulaires des Euphausüidés sont entourés d’un sinus sanguin : cette riche circulation, que l’on trouve si accusée chez les Insectes, aurait dû tout d'abord attirer l'attention des observateurs.

Dans les organes photogènes des Schizopodes, en particulier, on trouve, comme chez les Insectes, des cellules photogènes granuleuses et d'autres qui ne le sont pas. En réalité,

ARTICULÉS LUMINEUX A Al

te sont des cellules toujours glandulaires; mais à des degrés de développement, d'évolution différents.

EN RÉSUMÉ, chez les Crustacés, on trouve deux sortes d’organes lumineux : 1° des photosphères composées d'une glande photogène à sécrétion interne, en rapport avec de larges sinus $anquins, et pourvues de parties accessoires de perfectionnement : tels que réflecteurs et lentilles: 2° des glandes photogènes à sécrétion externe, avec ou sans réservoir et conduit excréteur, entourées de sinus sanguins avec lesquels elles sont dans un rapport étroit.

Le rôle des muscles dans l'irrigation des sinus sanguins se dessine également et permet de comprendre déjà l'action indirecte du système nerveux sur le fonctionnement des organes photogènes.

La photogénèse a élé constatée dans l’ordre des Thysanoures chez des Podurides du genre Lipura. J'en ai trouvé en abondance au mois d'octobre 1886, dans le sol d’une houblonnière du village d'Handschusheim, près d'Heidelberg, dans le grand-duché de Bade. Ils rendaient le sable étincelant comme celui d’une plage remplie de Noctiluques. Ces petits animaux d'une longueur de 2 à 3 millimètres émettent par toute la surface du corps une lueur bleuâtre, qui émane de glandes cutanées dont le corps est couvert. La chaleur, l'agitation augmentent la luminosité. L'espèce que j'ai observée est Lipura noctiluca Dubois

(Hg. 9).

Il existe un assez grand nombre d’ob- ATARI L À ; ; IG. — LIpura servations de Myriapodes lamineux, mais noctiluca Dubois.

la fonction photogénique n’a pu être bien Ex

étudiée que sur des individus de deux espèces : Scoliaplanes crassipes et Orya barbarica. J'ai rencontré des individus de la première espèce en assez grande abondance dans

la même localité et à la même époque que Lipura ambulans. Mais on a signalé son existence dans toute l’Europe centrale, principalement en Angleterre, en Allemagne et en France. Ils laissent après eux une traînée de mucus verdâtre lumineux, qui se dessèche rapidement et est sécrété par des glandes unicellulaires sternales : il y en a quatre par anneau. Si l'animal est fatigué, il cesse de sécréter le liquide photogène, mais le corps reste lumineux depuis la tête, exclusivement, jusqu'à la queue. En captivité, la lumière disparaît, mais on peut la faire renaître par l'excitation mécanique ou par la chaleur jusqu'à 4o° et 50°. Au-dessus de cette température la lumière cesse brusquement.

Les deux sexes sont phosphorescents.

Orya barbarica est un su-

7 { f) 17 ETS UE L . IL

C7 URUOUE D perbe géophile pouvant at

: À teindre 10 et même 12 centi- FiG. 10, — Glande photogène

de l'Orya barbarica. mètres de longueur: il habite l'Algérie et la Tunisie. Dans le Sud-Oranais, aux environs de Tlemcen, j'en ai trouvé de nombreux spécimens dans des endroits secs, dénudés, mais non absolument dépourvus de végétation. Il habite dans le jour sous des pierres, le plus souvent en compagnie d'un Scorpion, qui peut-être profite de la lumière de son compagnon.

Comme chez Scolioplanes, les deux sexes sont phosphorescents. Ils sécrètent, par des glandes unicellulaires s'ouvrant par des pores groupés en ellipse sur les lames sternales et sur les plaques antérieures et postérieures des épisternums(fig. 10), une substance visqueuse, épaisse, jaunâtre, d'une odeur sui generis, d'une saveur âcre. La lumière qu'elle émet avec une certaine persistance, est d’un bleu verdâtre rappelant celle du phosphore. Pendant la réaction photogène qu’on peut suivre avec le microscope, on voit se former de magnifiques cristallisations (fig. 11). La réaction n'est pas sous la dépendance directe de l'oxygène de l'air. En effet, si l’on frotte un peu de mucus entre les doigts, il s'éteint par dessiccation, mais en

Page 1