CHAPITRE I
LA NAISSANCE DE LA TEfiRE
Comment a pu se former, au milieu du monde infini, le petit Globe qui nous porte ? Dans quelles conditions a-t-il pu naître? Quelles causes ont déterminé sa constitution initiale, rétablissement de sa forme première ? Autnement dit, quelles furent les ocMidiiions de sa conception et de sa naissance ?
Ces questions, qui viennent naturellement au début de ce livre, l'homme a dû se les poser toujours, liais il n'y a pas longtemps qu'elles sont, sinon résolues entièrement, du moins éclairées d'une lumière suffisante pour qu'on puisse se faire «ne idée du mécanisme qui a pu présider à l'ori- ^ne do notre sphère terrestre, é, la constitution de son « individiiaiité » au milieu de l'Univers.
Si nous jetons les yeux, au cours d'une claire nuit, sur cette étendue qu'on nomme le « ciel » et qui stable une gigantesque coupole posée sur l'horizon, nous y voyons un spectacle merveilleux, et dont la complexité parait, au premier abord, absolument inexliicable.
L'observation attentive de ce spectacle a cependant conduit les astronomes à en classifier les éléments et à simplifier en même temps le difficile problème que constitue son étude.
Tout d'abord, parmi les innombrables points brillants qui parsèment cette voûte sombre, il y en a qui « scintillent », alors que d'autres nous envoient une lumière fixe. Quel que soit le grossissement des télescopes ou des lunettes employées, les premiers nous apparaissent comme des points géométriques, ce sont les étoilesy qui semblent se mouvoir, d'un mouvement continu, autour d'une ligne idéale passant par un point du ciel. Au contraire, d'autres points, les planètes, nous apparaissent de plus en plus gros à mesure que nous employons, pour les étudier, des instruments plus puissants. Leurs mouvements diffèrent de ceux des étoiles, et ces points lumineux tournent autour d'un grand globe éclatant, le Soleil, qui semble, lui aussi, tourner autour de nous, amenant le jour quand il est visible, causant la nuit quand il disparaît et autour duquel, en réalité, c'est la Terre qui se déplace en tournant sur elle-même.
Un second globe, qui ne se montre avec éclat que pendant la nuit, avec des intermittences et des apparences variables, dépend plus immédiatement de la Terre, autour de laquelle il se meut : c'est la Lune,
Enfin, d'autres apparences se manifestent parmi les corps célestes. Tantôt des étoiles très nombreuses et très petites sont tellement amoncelées, tout en restant distinctes les unes des autres, qu'elles
forment une sorte de tache lumineuse qu'on appelle un amas d'étoiles ; tantôt se voient, sur la voûte obscure, des espaces d'une luminosité laiteuse, à contours soit indéfinis, soit spiriformes, soit circulaires. Ce sont les nébuleuses-^ une immense traînée blanchâtre traverse tout le ciel : on l'appelle la voie lactée, amas d'une infinité de petites étoiles dont fait sans doute partie notre Soleil, gigantesque pour nous, microscopique dans l'immensité.
Des astres fugitifs apparaissent par instants dans le ciel : des astéroïdes tels des fusées d'artifices s'y montrent, souvent en multitude et vers des époques déterminées : ce sont les étoiles filantes. On voit apparaître par intervalles des astres spéciaux, avec un noyau lumineux et une longue « queue », astres dont la périodicité est souvent très longue : ce sont les comètes. Enfin, parfois brillent tout à coup des étoiles nouvelles, qui prennent momentanément les caractères d'étoiles fixes, dont l'éclat augmente, reste stationnaire et peut diminuer jusqu'à la disparition.
Voilà ce qu'une première observation a appris aux astronomes.
Si maintenant nous examinons ces astres, non plus avec une simple lunette, mais avec ce merveilleux appareil qui, décomposant la lumière, nous permet de l'analyser avec une précision inattendue, c'est-à-dire avec le « spbctroscope », nous constatons que, tout au moins en ce qui concerne le Soleil et la Terre, ces corps sont constitués par les mêmes éléments chimiques ; des éléments, autrefois reconnus dans le Soleil seulement, ont
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été, aujourd'hui, IrouTës dans tes matières taisant partie de la masse terrestre. Notre globe, qui par des parti cutarités de ses mouyements, est analogue aux piaoèies, isolées dans l'espace et de forme sphéTÎque, que nou-s voyons se mouvoir autour du Soleil, a donc, avec celui-ci une identité de con-stitution : c'est déjà une présomption en* faveur de la communauté d'origine. Or, les voyages de circumnavigation, au cours desquels des navigateurs ont fait lé tour entier de la Terre, nous la démontrent, elle çussi, isolée dans l'espace. D'autre part, l'ombre circulaire qu'elle projette sur la Lune, lors des éclipses de cet astre, nous prouve sa forme arrondie. Il y a donc une conclusion à tirer pour nous de ce premier examen : la Terre est une planète de système solaire, constituée des mêmes éléments que l'astre central de ce système. Enfin, un dernier enseignement que nous donne le spectroscope e«t que le Soleil, les étoiles, sont des astres lumineux par etix-mêmesy tandis que les planètes, la Lune, sont des astres <^clairés^ qui nous paraissent éclatants parce qu'ils réfléchissent la lumière du Soleil, et non parce qu'ils en émettent. Les étoiles, le Soleil, lumineux par euxmêmes, doivent donc être à une très haute température, au milieu de cet « espace céleste y> que les travaux des astro-physiciens nous ont démontré être très froid. Et de même que la couleur d'un morceau de fer chauffé à la forge passe du blanc éblouissant au jaune, puis à l'orangé, puis au rouge vif et enfin au rouge sombre, à mesure qu'on le laisse se refroidir, de même la « couleur » des
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UL MAtSSAUCE DE LA. TBRBE <
étoiieg nous renseigne déjà «ur leur « Age ». Les étoil<es bleues et blâflches «ont a/a paroxysme de leur çériùde d'iacandescenee ; les étoiles « jaunes » «ont dé^k pkus, froides : c'est l'état de notre Soleil; enfin les étoiles jaunes et orangées s'acheminent vei^ la période d'un r efiy>idissement plus avancé qui, après la phase « rouge », amenant la solidification de leur surface, rendra celle-d obscure et les transfonaciera en « soleils éteints v.
Pajrmi les faits observés dans le ciel et qui sembleuit éci^aser ta raison, il faut mettre en premièie ligne cet admirable mécanisme qui maintient les astres Isolés dans l'espace, ce mécanisme qui fait que queiquesHuis d'entre eux « gravitent »> autour des antres.
Cette prodigieuse eurythmie fut longtemps un mystère pour l'homme, jusqu'à ce que Kepler eût formulé les pègies suivant lesquelles sont décrites les orbites planétaires, et que Newton eût découvert et énoncé la loi de la gravitation universelle, dont les lois de Kepler se peuvent déduire à l'aide du calcul.
Kepler découvrit que les orbites des planètes ne sont pas exactement des circonférences de cercle, mais des ellipses dont le Soleil occupe un foyer : c'est sa première loi, qui entraîne comme conséquence que la distance du centre de la planète au centre du Soleil, le « rayon *^ecteur », pour l'appeler par son nom, n'est pas une longueur constante, mais qui varie selon les positions de l'astre sur
son orbite. La seconde loi de Kepler concerne précisément cette variation de longueur du « rayon vecteur » : Taire balayée pendant un même temps par ce rayon est toujours la même, quelle que soit la position de la planète sur son orbite. Cette seconde loi règle la vitesse avec laquelle les planètes parcourent leur trajectoire : elles vont d'autant plus vite qu'elles sont plys près du soleil, d'autant plus lentement qu'elles en sont plus éloignées. Enfin une troisième loi règle le temps que les planètes mettent |l parcourir leurs orbites en entier : le carré de ce temps est proportionnel au cube du grand axe de l'orbite elliptique de chaque planète.
Dans ces lois, New^ton a su lire autre chose que les règles des mouvements qu'elles énonçaient : il y a vu la cause de ces mouvements planétaires ; de cette cause, il a donné la grande et simple formule dans sa loi de Vattraction ou de la gravitation universelle :
« Deux corps quelconques s'attirent Vun Vautre proportionnellement à leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance. »
Cette loi, en donnant la règle de la « force », donne aussi la règle du « mouvement » qu'elle engendre : on démontre en mécanique que les lois de Kepler peuvent se déduire rigoureusement de la loi de la gravitation.
Nous connaissons aujourd'hui une autre loi fondamentale des phénomènes qui animent l'Univers : c'est l'existence et la valeur de la « Pression de radiation. »
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C'est par des radiations dont les plus immédiatement manifestes sont les radiations lumineuses, que nous connaissons l'existence des mondes lointains qui parsèment l'Espace infini. Indépendamment des radiations lumineuses perçues par la rétine de notre œil, il y en a d'autres que cet organe ne voit pas. Si l'on reçoit sur un prisme de quartz un rayon de lumière solaire, et qu'on photographie l'image polychrome dégradée qu'on observe ainsi et qu'on appelle le « spectre », on constate que Pépreuve photographique se prolonge bien au delà de l'extrême violet perçu par notre œil : il y a donc des rayons « ultra-violets » que nos sens n'accusent pas et que la plaque photographique enregistre. Un thermomètre très sensible placé dans la région qui précède les rayons rouges y décèle des rayons « infra-rouges » imperceptibles à nos regards.
Ces « radiations », auxquelles il faut ajouter les « radiations électriques » et toutes celles que la Physique nouvelle découvrira encore, sont l'organe de transmission des Forces de l'Univers. Cest le grand Maxwell qui eut la gloire de découvrir le premier, dès 1873, que les radiations exercent une véritable « pression » dont la grandeur est mesurée par la quantité d'énergie contenue dans l'unité de volume. Maxwell craignait que la petitesse de cette pression n'en rendît à jamais la mesure impossible. Mais le physicien russe Lebedeff eut le mérite de mesurer ce phénomène si difficile à constater. Si l'on imagine un corps noirci placé contre la surface du Soleil, la radiation envoyée par celui-ci sur la
ace du corps noirci y exerce une pression de illigrarames 3/4 par «eutim^re curé. STaote lénias, l'illustre ph^icieD suédois, à qui la ace doit les "vues aouvelles sur la constitution
mondes, a pu démontrer par le c^cul que r une spbémle très petite, non transparente, L le diamètre serait un peu inférieur à un nu- 1, c'esi-à-dîre k un millième de miflimètre, et ie au voisinage du Soleil, la force répul^Te liant de la pression de radiation l'emporterait l'attraclion de l'astre et la sphémie pourrait i étne " chassée » loin du soleil, à travers lace. Si le diamètre de la sphérule diminuait, iuppoeant qu'elle conservât une densité égale
la force répulsive augmenterait encore, mais ;ndant pas indéfiniment, car si la sphérule mait très inférieure à la longueur d'onde de la ière agissante, des phénomènes de dififracUon roduiraient qui changeraient du tout au tout la ire de l'action p on déro-lu mineuse. Mais pour particules ayant pour diamètre un dix-millième emi de millimètre (0"",00015), la force répulest dix fois plus grande que celle de i'altracf ion. is astres brillants, Soleil ou étoiles, peuvent s chasser loin d'eux, lancer dans le ciel des icules très petites de matière peu dense, des lussières cosmiques » qui remplissent l'espace rastrai. Ce sont ces parcelles ainsi repoussées constituent les queues des comètes, tournées ours à l'opposé du Soleil, comme si cetastre uMait » sur elles; ce sont elles qui. selon toute semblance, constituent l'atmosphère corosale
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^LA NAISSASCB DE LA TBRBB
du Soleil lui-même. Les particules que les étoiles repoussent aiosi et lancent dans Fespaee sont électrisées négativement, l'étoile restant chargée d'électricité positive. Celles qui émanent du Soleil peuvent arriver jusqu'à la Terre où leur charge négative produit d'importantes manifestations électriques^ comme nous le verrons plus loin.
Mais, en dehors des « soleâs » qui brillent sur la voûte céleste et qui sont des astres rayonnant de la ebaleury il y a dans Fespace intersidéral des corps froids^ dont la saintaire mission semble être' d'absorber, d'arrêter au passage la chaleur rayonnée par ces soleils; sans cela les étoiles, ces mondes en nombre infini répandus dans l'espace, donneraient au ciel Taspect d'une voûte de feu, d'une coupole incandescente continue et leurs radiations accumulées anéantiraient toute trace de vie à la surface des sphères habitables. Ces corps froids sont les néduleusesy dont on constate la présence un peu partout dans l'espace interstellaire.
On les voit, sur la voûte sombre du firmament, présenter l'aspect de taches laiteuses, les unes à contours imprécis, sans formes définies (fig. 1), les autres ayant une apparence vaguement circulaire et dans laquelle, presque toujours, se dessine une tendance à former des « spires » parfaites, nettement matérialisées (fig- 2). D'autres fois, enfin, ^1 forme est encore plus nette : ce sont des nébuîuses « planétaires » dans lesquelles on distingue ,n noyau central entouré d'une atmosphère l'euve- )ppant symétriquement,, comme une planète est înlourée du cortège de ses satellites {Vig. 3],
L'analyse spectrale a permis d'eludier la composition de ces nébuleuses : leur spectre se compose de raies brillantes, comme celui que donnent, dans nos laboratoires, les gai incandescents ; on y a reconnu les raies caractéristiques de l'hydrogène.
de ce gaz découvert pour la première fois dans le Soleil et récemment extrait de matériaux terresti'es, r/i^Hutn, et enfin d'un corps inconnu, qu'on n'a pas encore observé sur la Terre et qu'on appelle le nébulium. Cet hélium provient de la désagrégation moléculaire des corps radioactifs qui se trouvent
dans l'écorce solide des planètes, et, peuWtre même, de la désagrégation de long les corps sans exception ; avec l'hydrogène, il se diffuse à travers l'espace où leurs molécules raréfiées, clairsemées, constituent le « milieu nébulaire » qui n'attend que
l'arrivée d'un noyau pour que la condensation y prenne naissance. Hélium et hydrogène paraissent être ainsi les termes ultimes de la désagrégation de la matière.
Quelle que soit la précision plus ou moins grande avec laquelle se dessinent les spires des
LA Vîi: ET LA UORT Dt' GLOBE
nébuleuses, ces spires paraissent partir d'un point central, et sont dans des plans sensiblement confondus : elles manifestent donc un mouvement général de rotation de ce groupement de matière.
Mais ce qui caractérise presque tous ces groupements, c'est qu'il y a dans leur masse des « noyaux » plus brillants, plus apparents, centres de condensation, semb)e4-ii, autour desquels s'accumule la matière nébolense en y devenant plus dense, pour donner ensuite naissance à une « étoile » : la nébuleuse des • Chiens de chasse » (fîg. 2) offre un exemple remarquable de l'existence d'un tel centre de cqndenisation en dehors du noyau principal.
Comment prennent naissance ces m centres de condensation >» ? La seule contraction due au refroi^ dissement à travers Tinfinité du temps suffît-elle comme le pensaient, à la suite de Laplaee, les savants du commencement du xix"^ siècle, à augmenter la densité du centre/ tandis que, par suite même de cette contraction, la vitesse de rotation augmente en même temps que la force centrifuge qui en résulte, provoquant ainsi le détachement de masses annulaires dans Tes parties les plus éloignées? Ou faut-il croire, comme le pensent, avec Arrhénius, les astro-physiciens modernes, que, au cours de milliards de siècles qui ne sont qu'un instant dans l'histoire éternelle des Mondes, des « astres morts » sont arrivés à rencontrer cette nébuleuse, pour y servir de noyaux de condensation** Faut-il même admettre que des astres superfîciellt ment éteints, comme l'est actuellement la Terre < comme le sera un jour le Soleil refroidi, éteinti
LA KAISS.UICX DE LA TBBRB 15
m&is coatenant, sous forme de masse ign^e interne, une efirayante réserve d'énergie, serencontraoldeux à. deux, aient, par suite de la chaleur dégagée dans ce choc formidable, donné naissance, par la volatilisation de leur masse iatëneure, par ia libéra-
Fi«. 3. — Nébuleiis» idaniuire ILïre).
tion des composés explosifs qu'ils emprisonnent, à une atmosphère nébuleuse dans le sein de laquelle les éléments restants de leurs masses réunies auraient été l'origine d'une étoile nouvelle, donnant ainsi l'eiemple de la « résurrection d'un monde »? Qnelle que soit la cause première, le fait est icquis scientifiquement, et les étoiles, c'est-à-dire es soleils, procèdent des nébuleuses par conden-
sation de la matière de celles-ci. Quand un grain de poussière cosmique pénètre dans le milieu, il tombe vers le centre de gravité de Tensemble : plus la condensation progresse, plus la température s'élève. Ce qui constituera la gloire impérissable de Laplace, c'est d'avoir le premier précisé la manière dont notre système solaire dérive d'une unique nébuleuse originelle.
Ces nébuleuses sont primitivement constituées par des gaz à un état de raréfaction extrême, dont le contenu d'une ampoule de Crookes peut nous donner une idée, et retiennent au passage les poussières cosmiques errantes chassées loin des soleils par la pression de radiation. Ces nébuleuses ont d'ailleurs les propriétés des masses gazeuses en équilibre « adiabatique », c'est-à-dire que quand elles reçoivent de la chaleur venant des soleils voisins, elles voient leur température, non pas augmenter, mais diminuer : en un mot, d'après la conception de Svante Arrhénius, elles ont une chaleur spécifique négative. Les poussières cosmiques étant électrisées, une charge s'accumule sur les couches extérieures de la masse gazeuse raréfiée. Remarquons que la température de celleci doit être très basse à cause même de cette raréfaction qui implique une absence de mouvements intérieurs et par suite de chocs moléculaires susceptibles de donner de la chaleur. Selon toute probabilité, la température de ces nébuleuses est de 50** centigrades au-dessus du zéro absolu des physiciens, lequel est, comme Amagat l'a définitivement établi, à 273" au-dessous de la température de la
glace fondante, qui est le zéro pratique de nos thermomètres. La température des nébuleuses doit donc être inférieure à 200*' au-dessous de zéro! C'est la notion de cette basse température initiale de la nébuleuse qui constitue la modification essentielle que la science moderne a dû apporter, conformément aux conquêtes de la nouvelle Physique, à la théorie cosmogonique de Laplace qui partait, au contraire, de Thypothèse de la nébuleuse à haute température. Pour le reste, la théorie de notre grand astronome subsiste à peu près intacte, dans la majesté de sa géniale conception.
Pourtant, malgré Cette basse température que nous sommes amenés à lui attribuer, la masse nébuleuser est portée à Tincandescence et se trouve visible à nos regards, grâce à la luminescence qui fait briller sa matière constituante. A quoi tient cette incandescence au milieu de ce froid qui nous fait rêver? Cela tient à ce que, au fur et à mesure que les poussières électrisées accumulent sur la périphérie de la masse nébuleuse des quantités croissantes d'électricité, la tension augmente petit à petit, et finit par devenir suffisante pour qu'une décharge, analogue à ccIIcl qui jaillit dans le tube de Crookes, vienne illuminer la masse tout entière et la rende visible sur le fond sombre du ciel. Remarquons en passant que, par conséquent, nous sommes incapables de voir une nébuleuse de Tespace dans laquelle la tension électrique n*est pas encore suffisante pour avoir amené àTincandescence les masses gazeuses qui en forment les cou-
ehes estérieures. Quel en est le nombre? C'est uo Infini de plus dans cet Infini qui déjà nous étonoe. En tout cas, l'arrivée à l'incandescence est le premier stade de la vie d'une nébuleuse, jusqu'à, pri^ sent immobile.
Le deuxième stade est la formation d'un noyai Qu'un astre éteint, comme la Lune ou la Terre vienne, au cours des • siècles de siècles » à pén^ trer dans une masse nébuleuse; que des ama plus denses de poussières a^lomérées en m mété< rites n vienne & s'y introduire; que des molécule errantes de gazy prennent positionpourune caus quelconque? Aussitôt la condensation des mol( cules raréflées se fait autour de ces masse « intruses », si l'on peut ainsi s'exprimer, et voil un premier motif de condensation de matière. Cett condensation dégage de la chaleur, et, peu à peu, I noyau, grossissant sans cesse, arrivera à l'incai descence, après avoir capté la plus grande parti de la matière si raréfiée qui constituait la nébuleus elle-même : le système est alors parvenu à la phas M stellaire ». La condensation qui continue au| mente la pression au centre ; celle-ci devient bient^ formidable. Et l'hélium et l'hydrogène origineh autrefois résidus de démgrégation de la matièi d'autres astres, deviennent maintenant des ori gines, des points de départ de Vintégralion de 1 matière d'un astre nouveau,
11 peut arriver aussi, comme nous l'avons déj dit précédemment, que deux soleils morts se heui tent entre eux au cours de leurs itinéraires à trave: l'immensité du Temps et l'immensité de l'EspaC'
S'ils sont constitués comme la Terre, elle-même constituée comme le Soleil, leur frêle enveloppe se brisera à ce iieurt formidable, et, indépendamment de la chaleur énorme dégagée par ce choc, les matières ignées, mises en liberté par la rupture de Técorce qui les retenait captives, jailliront dans l'espace, volatilisées par suite de Télévation subite de température ; deux jets en fonne de spirale, tournant par suite de l'obliquité du choc des deux sphères, prendront naissance, et une nouvelle nébuleuse sera créée, provenant de deux soleiis morts; au centre de cette nébuleuse sera un soleil nouveau, deux peut-être ou même plus. Ainsi s'explique Tapparition de ces « étoiles nouvelles » qui excitent si fort l'intérêt des astronomes. En tout cas, une nébuleuse spirale est née, avec un ou plusieurs noyaux incandescents.
Des centres parasites de condensation, provenant peut-être de débris dus au premier choc, se trouventils dans ces spires? Aussitôt des « soleils secondaires « vont naître, attirant à eux une partie de la matière cosmique ambiante; ils graviteront autour du soleil central plus important, et c'est un « système planétaire » qui a pris naissance.
Ces « planètes », au début de leur histoire, sont formées des mêmes éléments que le noyau central. Entraînées parle mouvement initial, elles tourneront généralement toutes dans le même sens, excepté le cas où, aux limites extrêmes de la nébuleuse, un îLStre étranger, animé déjà d'une vitesse contraire le rotation aurait pénétré dans la zone d'attraction iu soleil nouveau, conservant à ses satellites, à
cause de sa masse, leur sens de rotat ainsi cela se passa-t-il peut-être pour des planètes extrêmes de notre sysi Uranus et Neptune. 11 n'est même pas considérer des noyaux adventifs entrés leuse pour former des planètes auto central primitif : Laplace a fait voir centrifuge suffisait pour détacher de noyau principal, dont la rotation s'accé que son refroidissement le contract des II anneaux équatoriaux » suc chacun, par agglomération de sa m:
centre unique, constituera une plane son tour peut donner naissance à un satellites par un deuxième stade du nisme.
Prenons maintenant, pour nous pi conditions où se trouve la Terre, ui ayant un centre principal de condensi dire avec un soleil central et des centre!
soit produits par l'intrusion de noya soit provenant de la condensation d détachés de la masse principale par Irifuge. Les noyaux partiels comme:
viler autour du noyau principal en < orbites dont Kepler a défini la forme avec un mouvement dont le même donné les lois.
Ces noyaux secondaires se mettent eux-mêmes, ce qui est une conséque vement initial de rotation de la nébi
tive. Nous allons considérer l'un d'entre eux : ce sera la Terre.
Au nioment où elle se sépare de la masse nébuleuse centrale, son individualité commence : mais elle n'est pas encore le « globe terrestre ». Avant de le devenir, elle va se refroidir et par suite se contracter. On démontre,, en Mécanique, que la vitesse de rotation augmente quand le diamètre diminue. Cette force centrifuge va détacher de Téquateurde la Terre, aplatie comme une orange par l'action de cette force, un « anneau équatorial ». Cet anneau en se brisant va se condenser en un noyau dont la masse plus faible permettra le refroidissement plus rapide: c'est la Lune qui va, dès lors, continuer à tourner autour de la Terre.
La température de la sphère détachée s'abaisse beaucoup plus vite que celle du soleil central : celui-ci, en effet, grâce à son énorme masse, se refroidit avec une lenteur extrême, alors que la Terre, dont la masse est 325 000 fois plus faible, se refroidit beaucoup plus vite : de deux morceaux de fer, chauffés au rouge dans le même feu, le plus gros reste chaud beaucoup plus longtemps que le plus petit.
Le morceau détaché de la nébuleuse, morceau qui va constituer la Terre, se refroidit doucement : de Tétat gazeux, il passe graduellement à l'état liquide, puis à l'état pâteux. Sa rotation, qui comporte une force centrifuge résultante, va alors élargir son équateur, en même temps qu'elle aplatira ses pôles.
A mesure que s'opérera son refroidissement, les
éiëments gazeux qui eonstiluent son atmosphère, séparés, dissociés par la haute température initiale, vont pouvoir, les uns se condenser, comme les métaux primitivement vaporisés, les autres se combiner quand ils arriveront an-dessous de leurs conditions de dissociation. Pendant ce tempe, le refroidissement s'opérant toujours, le globe, liquide d'abord et entouré d'une atmosphère de vapeurs, va se solidifier par sa surface extérieure, et se recouvrir d'une « croûte», d'une «* écorce» d'abord très mince, qui ira en s'épaississant jusqu'à ce qu'elle amène une sorte d'équilibre entre la chaleur interne qu'elle transmet assez mal, par suite de sa faible conductibilité, et la chaleur externe reçue du Soleil central.
Nous avons donc un globe, aplati à ses pôles et renflé à son équateur, globe formé d'un noyau de matières incandescentes portées à une température prodigieusement élevée, recouvert d'une écorce solide; cette écorce est enveloppée d'une atmosphère dans laquelle, au début, se trouvent les vapeurs de tous les corps qui sont volatils à la température de la solidification des matériaux qui constituent la croûte solide.
La Terre est née.