RÉSULTAT DES DERNIÈRES FOUILLES
Par Henri SCHLIEMAIVN
AVEC UNE PRÉFACE DE M. LE PROFESSEUR F. ADLER ET DES CONTRIBUTIONS DU D' W. DÔRPFELD
Volume grand in-S^ jésus
Rlustré d'une carte, de 4 plans^ de 24 planches en chromolithographie
et de 188 gravures sur bois.
Parmi les nombreuses découvertes archéologiques du célèbre U^ H. Schliemann, celle du palais préhistorique des rois de Tirjnthe occupe sans contredit le premier rang. Depuis longtemps le monde savant s'était habitué à considérer ces rois, dont les noms seuls nous sont conservés par Homère et Apollodore, comme des personnages purement mythiques. Mais Schliemann croyait qu'ils ont été des hommes de chair et de sang comme nous ; sa foi a guidé sa bêche ; grâce à elle se dresse à présent devant nos jeux étonnés le plan d'un immense palais de l'époque héroïque qui nous explique jusque dans les moindres détails l'arrangement intérieur des palais des rois décrits par Homère.
Les murs de fortification de ce palais sont flanqués de grandes tours et composés de blocs tellement énormes, qu'ils excitaient déjà l'étonnement d'Homère, et que, dans toute l'antiquité, ils étaient regardés comme l'œuvre, non pas d'architectes mortels, mais de cyclopes mythiques. Ces murs ont de 15 à 17 mètres d'épaisseur et contiennent un escalier, trois corridors et onze chambres voûtées par l'encorbellement graduel des pierres.
Il j avait deux entrées au palais : l'une, par une petite poterne du côté occidental et un escalier en pierre dont 65 degrés sont conservés; l'autre, du côté oriental, sur une large rampe assez raide dirigée du nord au sud, de telle sorte que les assaillants avaient le côté droit, qui n'était pas couvert du bouclier, exposé aux projectiles des défenseur^.
Au haut de la rampe, on entrait dans la citadelle entre deux tours. Une rampe en pente plus douce conduisait de là à la terrasse supérieure ; à mi-chemin de cette rampe, on passait la grande porte dont les deux jambages d'une grosseur énorme existent encore. En haut de la rampe, on se trouve dans une première cour, et en se dirigeant à l'ouest on arrive bientôt aux grands Propylées qui contiennent un avant et un arrière-vestibule, et qui sont ornés des deux côtés de dpu\ colonnes in anlis. Au nord de ces Propylées sont des chambres, probablement habitées jadis par les gardiens des portes. Jusqu'à présent, nous avions cru que les Propylées étaient une invention du teiiip> classique; mais c'était une grave erreur. Les Propylées de Tirynth»' datent dans tous les cas du deuxième raillénium avant J.-G. En outre, les Propylées étaient parfaitement connus d'Homère qui les désigne par le mot TcpdOupa. Ayant passé ce grand Propylée, on entre dans une grande avant-cour au coin N. 0. de laquelle se trouvent des Propy]ée> plus petits qui consistent également en deux vestibules avec de< colonnes in antis de chaque côté. Au delà de ces Propylées, on- entre dans la grande cour intérieure entourée de portiques qui nous rappelle les arOoudai Ipl^oDizol des palais héroïques d'Homère. Au milieu de cette cour intérieure est un grand autel de sacrifices probablement consacré à Zeus Hercéien comme celui de la cour du palais d'Ulysse. Ces troi« cours, ainsi que toutes les salles, chambres et corridors du palais ont un pavimentum de chaux mêlée de petites pierres (espèce de mosaïque), et couvert de peintures qui sont conservées en maints endroits. En traversant la cour intérieure vers le nord, on arrive à Tbabitation des hommes composée d'un vestibule avec deux colonnes m antis, d'une antichambre et du vaste mégaron proprement dit au milieu duquel se trouve le foyer de forme circulaire, qui ne manque jamais dans les palais des héros homériques. Ce foyer est entouré de quatre colonnes qui supportaient probablement une basilica avec des ouvertures pour admettre la lumière et pour faire sortir la fumée. A l'ouest de ces trois pièces sont plusieurs chambres reliées par des corridors, parmi lesquelles la chambre des bains est la plus remarquable ; son plancher consiste en un seul bloc de breccia bien poli qui ne pèse pas moins de 23,000 kilogrammes. Cette chambre communique par une porte avec l'antichambre du mégaron, de sorte que l'étranger qui arrivait pouvait être d'abord baigné et oint et introduit ensuite par l'entrée séparée dans l'antichambre, et de là dans le mégaron du roi Immédiatement à l'est de l'habitation des hommes, il y a le gynécée ou l'habitation des femmes, mais il n'y a pas de communication directe
entre les deux, et pour parvenir du mégaron des hommes à celui des femmes, il faut passer à l'ouest et nord par neuf corridors, ou bien il faut repasser par la cour inférieure et par l'avant-cour jusqu'aux grands Propylées, d'où un long corridor mène vers le nord directement dans la cour de l'habitation des femmes. Celte cour aussi est entourée de portiques. A son côté nord est le mégaron des femmes en un vestibule avec deux colonnes in aniis et une grande salle ayant au centre un foyer de forme quadrangulaire.
A l'est du gynécée, il existe une suite de chambres grandes et petites, c|ui auront probablement servi en partie comme chambres à coucher de la famille royale, en partie comme salles d'armes ou comme trésors. Les fondations de ce palais consistent en grandes pierres jointes sans «Mment; les murs supérieurs jusqu'à 4 mètre de hauteur en pierres plus petites jointes avec de l'argile et ensuite en briques séchées au soleil. Tous les murs intérieurs étaient revêtus d'un épais enduit de chaux bien lissé et couverts de peintures représentant les dessins les plus variés en cinq couleurs, à savoir : bleue, rouge, jaune, blanche, noire; la couleur verte semble avoir été inconnue.
Semblable aux toits des palais héroïques, le toit du palais de Tirynthe était plat et consistait en poutres juxtaposées recouvertes d'une couche d'argile.
Parmi les trouvailles faites dans le palais, les belles poteries couvertes de peintures d'un style fort primitif et les idoles occupent le premier rang. Rien ne prouve la haute antiquité de ce palais mieux que les nombreux couteaux et têtes de flèche d'obsidienne des formes les plus grossières et les plus primitives qu'on trouve par milliers dans ses ruines, et qui doivent nécessairement avoir été en usage chez les habitants du palais lors de sa catastrophe.