La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812
Un des problèmes les plus discutés depuis un siècle a consisté à rechercher le mobile politique de la tentative faite, par le général Malet, le 2^ octobre 1812, pour renverser le Gouvernement impérial. Après la Restauration, la veuve du général et ses complices survivants s'efforcèrent de répandre qu'il travaillait pour le roi, et, en effet, certaines rencontres et diverses fréquentations qu'il avait eues le donnaient à penser. Cette première version rapporta, comme de juste, des pensions à la veuve, des grades et de l'argent au fils, des emplois aux complices. Gomment ne point se rendre aux attestations que donnaient le comte de Polignacet M. de Puyvert du royalisme de Malel? Ge n'étaient pas là des répondants à récuser.
Survint la Révolution de Juillet. Le trône que le prince de Polignac avait prétendu garantir des atteintes du libéralisme fut renversé ; les pensions sur la Liste civile furent supprimées, et les grades
furent plus ou moins contestés aux favoris du régime tombé. Aussitôt, volte-face; qui donc avait mis en doute que Malet fût républicain et qu'il travaillât exclusivement pour la République? Cela se monnaya moins, mais obtint un succès d'opinion qui se traduisit par des livres apologétiques, surtout lorsque cette histoire put être transformée en machine de guerre contre le second Empire. M. Paschal Grousset et M. Hapnel ne manquèrent point de s'tin saisir et la première hypothèse ne trouva plus de défenseurs. Il fut même interdit, sous les peines les plus sévères, par le plus récent biographe du général, de présenter une conjecture condamnée par les arbitres de l'Histoire nationale.
Entre les deux systèmes, n'y a-t-il point place pour une tierce opinion et ne peut-on, pour étudier et résoudre ce problème, s'abstraire de préjugés qui vicieraient tout arrêt, et de passions qui, se traduisant en injures, ne provoquent que le sourire? Pour expliquer dans quelles conditions, par suite de quelles idées, moyennant quelles relations, Malet a été amené à tracer le plan de son roman, à en disposer les péripéties, à en élaborer chacune des scènes, il convient d'entrer dans sa vie, de rechercher ses ambitions, de relever les incidents de sa carrière, et, malgré l'insuffisance des documents, de découvrir un caractère qui relève davantage peut-être du psychiatre que de l'historien.