‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 74 sur 76 · ÉTUDES LMTÉRAIRES, HISTORIQUES ET MORALES · texte numérisé non relu

ÉTUDES LMTÉRAIRES, HISTORIQUES ET MORALES

Pnr M. Auk. WIDAL,,

l'rofeueur à la Faculté des lettres de Besançon.

Deuxième édition. 1 vol. in-12. — Prix : 3 fr. SO.

On SC Irompcralt fort si on jugeait de ce livre par son titre trop moricsie. L’ouvrage de M. Widai n’est pas seulement une étude savante, solide et ailrayaiite d la fois sur Juvénnl et son siècle, élude faite d'après les meilleurs textes et avec la connaissance la [dus exacte des derniers travaux de la critique et do la pliilologie allemandes, cet ouvrage est encore et surtout une élude comparée d'histoire et de morale. On s'aperçoit bien vile, en effet, que tout en s'appliquant à nous peindre dans une série de tableaux lucides, animés, semés de nombreux traits de critique et de philosophie morale, la société romaine de l'ère des Césars, M. Widnl s’est laissé entraîner bien au delà de l'antiquité latine. Son sujet lui a été une orcasion toute naturelle, une tentation irrésistible de jeter par-dessus la décadence romaine un regard clairet pénétrant sur le relâchement, la corruption, et, disonsle, sur la décomposition .sociale du temps présent. A propos de la décadence romaine, l’auteur a soulevé avec une singulière compétence des questions morales et sociales toutes brûlantes; rc qui donre à l’ouvrage, en bien des endroits du moins, un caractère tout à fait contemporain. En observateur sagace, lU, Widai a constaté avec chagrin, mais

nvoo rourage, cl cela six ou scpl mois avant l’cffomlrement moral, militaire et politique de ia France, les principaux symptômes du mal qui a élé lu cause plus on moins directe de cet dTondi cnieni; et, à l’occasion de certains types de la décadence romaine ou de telles ou telles autres peintures de Juvénal, M. Widal s’est fait bien humblement et bien modestement sans doute, mais non sans esprit ni sans finesse, l’accusateur et le juge des temps présents.

Aussi la moitié au moins de l'intérêt qu'oITre Juvénal et se» satires git-il dans une série de rapprochements instructifs et curieux et souvent aussi inattendus que piquants. Ces parallèles témoignent en général de beaucoup de sens critique, d'un esprit juste et perspicace, habile à saisir des points de contact entre deux civilisations, après tout, bien éloignées l’une de l’autre; ilssu[iposenl ainsi une mémoire riche et fidèle, de vastes lectures faites et retenues dans les domaines les plus variés et les plus opposés. C’est là un des côtés particulièrement instructifs du livre de M. Widal, considéré, on i'a déjà dit, comme élude de philosophie morale.

Le livre de M. Widal a été l'objet, de la part de la presse |iarisiennc, de l'accueil le plus sympathique et le plus bienveillant

Nous citerons ici quelques extraits des jugements portés sur Juvénal et ses satires par des critiques et des écrivains autorisés.

« Le travail de M. Widal, dit M. E. Despois dans la Ilevue des cours littéraires, c»l encore moins une étude de texte et même une éiud'ï littéraire qu’une élude morale et historique sur la société romaine telle qu’on la voit dans les satires. En plus d’un endroit M. Widal trouve dans les satiriques latins des travers, des vices, des scandales que la société actuelle nous présente. Il convient, du reste, qu’en général nous valons beaucoup mieux

Il n'a d’ailleurs négligé aucune des observations essentielles que lui suggérait une étude approfondie de la société romaine à celte triste époque. Son livre est l'œuvre d’un historien et d’un moraliste ; c’est la vraie manière d'étudier les anciens : l’étude purement littéraire a fait son temps.

« Cette élude, dit M. Javel, est intéressante à un double point de vue ; d’abord elle donne aux lettrés la liste et l’analyse des derniers travaux de la critique allemande sur le satirique latin et leur ofirc pour chaque satire un commentaire plein de rapprochements ingénieux et d’inlcrprélaiions heureuses; ensuite, et c’est le principal mérite du livre du M. Widal, il fait connaître Juvénal aux gensdu monde, mêlant heureusement la traduction à l’analyse et nous faisant passer successivement eu revue toute la société de l’empire. C’est un traité de morale et d'histoire comparées.

« A propos de Juvénal et do l’effroyable corruption de son temps, M. Widal fuit sans cesse le procès, la guerre même à notre corruption contemporaine, en sorte que son livre a incontestablement un intérêt actuel, un véritable à-propos. » (Le Feoufors, 3 juillet 1870.)

Voici coinmciii, ilc son côté, s’exprime, sur ce sujet, M. Victor «le t.aprade, de l'Académie fiaiiçaise :

« l/occasion de reiire, de mieux comprendre et d'admirer encore plus Jurénal, nous a été offerte par l'excellent livre que vient de publier M. Auffusle Widal, professeur t'i la Faculté des lettres de Besançon, Juvénal et se.i satires. Ce livre |ii ut tenir lieu d'une traduction, et meme de l'uri[;inal à tous ceux qui ne lisent pus le latin ou qui rc^ doutent Juslemeiit de salir leurs regards à cerlains passades du poêle. Les jeunes gens, les femmes, les gens du monde, prendront une idée juste et suflisamment complète de ce grand auteur, sans en rien cotinalire de plus que ce qui est cité et parfaitement Irtiduil par M. W'idal. LtîS cninmcnlaires moraux, historiques et littéraires qui encadrent le lexle sont d’uii érudit, d’un véritable critique et d’une Ame très-hounêlc et très-élevée. L’auteur possède tout ce que la philologie, l’érudition et la philosopliic allemandes ont entassé de découvertes et d’Iiypolhèses ingénieuses nu sujet de Juvénal; mais il réduit tous ces miracles de critique d'ouire-Rhiii aux justes proportions du hou sens ftancais. . .

« M. Widal a profilé de toutes ces recherches pour nous donner le meilleur travail que nous ayons encore en France sur Juvénal. ÎNous devons lui savoir un gré tout particulier de ce que son érudition ne se borne pas à l’aniiquilé et aux rcchcrclies nlleiiiandes. Il connaît aussi notre littérature contemporaine; il mentionne, à propos de Juvénal et des Latins, le ihéAtre, la poé.'ie, le runian et la presse rauderne. Il glane chez nos peintres, nos poète,', nos dramaturges coiiime chez les giand.s érudits de l’ilalie et de rAlletnagnc, et il trouve ainsi moyeu de faire d’un livre très-savant un livre très-agiéable. « {Le Correspondant, juin 1870.)

(Jn critique distingué du Temps parle de la manière suivante de Juvénal et ses satires ;

« Je ne puis lésimier ici runnly.se faite par l’atileni de chacune des quinze satires de Juvénal. lin pareil travail veut étie lu dans sa suite et son inlégrilé.

«M. Widal rencontre, clieniiu faisant, bien des scènes de moeurs que DOS conicmj orains ont su retrouver sans grand effort par le .seul effet de la bassesse et de la perversité Iminainis qui sc développent spontanément à certaines é(>oques de rermenlalioii .sociale. M. Widal, moraliste aillant tpie crili(|ue, ne .s’esi pas refusé le pl.iisir de la coinpuraison, et il y met une verve d’indignation et de sévérité qui va parfois jusipi’n la rigueur.

■< A propos d'Oguliiia, qui dans les Femmes romaines fait payer par scs galants un luxe que son mari n'est pas en état du lui donner, M. Widal s'écrie : « Quel siècle fut jamais plus fécond en Oguliiias « que le nôtre? Iinpalicntcs do rivaliser avant tout avec les heureuses du « jour, elles demamlent sans hésiter à d’autres ce que ne peut leur « donner un honnête et laborieux mari , cl sous raiguillon de l’envie <■ elles courent A leur ruine ù travers le déshonneur, pour riiiir bien sou-

Ix -

« venl dans une ignoble misère. Les Ogulnias de noire époque s’appel- 0 lent les lionnes pauvi-es. »

«M. Widal ne se dérobe jamais à ces rapprochements; il les recherche, il les poursuit nu contraire avec une verre spirituelle et honnête. Ils sont instructifs, mais peu consolants, et do nature à faire réfléchir. La société française en particulier rappelle par des traits trop nombreux la décadenee romaine. C'est une ressemblance qui n’a rien de flatteur et contre laquelle il importe do réagir. M. Widal le pense évidemment comme nous, et cette pensée n’a sans doute pas été étrangère à la composition de son livre, qui se recommande par celle intention, non moins que par ses mérites littéraires, à rallenlion du public et aux suffrages des gens de goût. » {Temps, 8 juin 1870 )

Terminons enfin par le jugement, sur ce même livre, dù à la plume fine et compétente de M. A. Nisard :

« M. Widal, dit cet éminent écrivain, a fait un livre de bonne science et d’excellente littérature classique. On pourrait y vouloir parfois un souffle un peu plus fort et quelque flamme d’artiste, mais non pas une connaissance du satirique plus consommée et plus d’élévation morale. »

O Où est donc l’intérêt actuel de ces études ? 11 consiste dans les rapprochements ingénieux que M. Widal a faits de la civilisation romaine et de la notre. 11 y a telle satire où figurent des personnages avec lesquels nous vivons aujourd’hui sur le pied d’une sociabilité très-supportable. Ils n’ont fait que quitter la terminaison en us de leur nom; ils sont demeurés ce qu’ils étaient au temps de Juvénal, des | ersonnes fort civiles et d’un commerce de surface, avec un cœur gâté. D’autres étaient, à Rome, d’affreux scélérats, des gens de sac et de corde; ils sont encore cela chez nous. M. Widal nous renvoie à la Gazette des tribunaux. En effet, la lecture en est deux fois édifiante, étant corroborée par celle de Juvénal

« Il faut remercier notre savant professeur du nous avoir donné de Juvénal une iconographie achevée et qui fait autorité en bibliographie, en critique et en littérature. » {fournat officiel, 2 mai 1870 )

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