Ibidem
ZOOPIIYTES.
Frédol, dans le Monde de la mer, signale, à ce propos, une particularité bien singulière.
« Les petits vers avalés par les polypes, dit-il, cherchent souvent à s’échapper. Le ravisseur les retient alors avec un de ses bras plongé dans sa cavité digestive. Chose admirable! cette cavité digère les vers et respecte le bras *. >
Voilà un fait fort étrange, s'il a été bien constaté. Pour contenir les mouvements désespérés de la victime qu'il a engloutie dans son estomac avide, le Polype le tient en respect avec son bras, jusqu’à ce que mort s'ensuive , et que la digestion s’opère tranquillement ! On a été beaucoup frappé de voir, chez les animaux supérieurs, le suc gastrique attaquer, après la mort, les parois de l’estomac. On a conclu de celte remarque que le suc gastrique n’attaque point les tissus vivants et ne digère que les corps privés de vie. Voici pourtant, chez le Polype d’eau douce , le suc de l’estomac en contact avec deux parties vivantes, — à savoir le ver, qui est bien vivant, puisqu’il se débat et s’agite, et le bras du Polype. — De ces deux parties vivantes, l’estomac attaque l’une et respecte l’autre! De quelles illusions ne nous berce pas la fureur des savants qui veulent tout expliquer, et qui ne savent pas confesser, de temps à autre, notre complète ignorance de bien des secrets de la nature !
Quand le Polype a digéré sa proie, il se débarrasse du résidu de son repas par une sorte de vomissement : il rejette par la bouche le caput mortuum de la digestion. Le vomissement est un acte physiologique extrêmement commun chez les animaux inférieurs. La nature a voulu économiser une ouverture en assignant au même orifice le double emploi de l’entrée des aliments et de la sortie des résidus du repas.
< Quand un polype a trop mangé, dit Frédol, il se laisse tomber au fond de l’eau : il n’en peut plus. Parfois il vomit une partie de son tropplein, excellente détermination qui lui permet de digérer le reste*. »