ORDRE DES ASTÉRIDES OU ÉTOILES DE MER
Voyez cet animal qui porte le nom , vulgaire et scientifique à la fois, d 'Étoile de mer. Souvent, en vous promenant sur la plage, au reflux de l'Océan, vos yeux ont rencontré, à demienfoui dans le sable, cet être vivant aux formes si régulières, si géométriques, qu’il a plutôt l’air d’une production de la main de l’homme, que d’un animal qui respire et se meut. Le divin géomètre qui l’a créé, n’a jamais réalisé de créature plus régulièrement arrêtée dans sa forme, plus parfaitement cadencée dans sa symétrie.
L 'Étoile de mer a cinq bras parfaitement égaux. Elle ressemble à une croix d’honneur, qui a aussi cinq branches. L’étoile des braves, Y étoile de l’honneur, ce mot, quelque peu trivial, rappelle pourtant la ressemblance qui existe entre ces deux objets. Ici l’homme, sans s’en douter peut-être, a copié la nature.
Il faut pourtant ajouter que le nombre de cinq branches, quoique très-général, n’est pas constant chez Y Étoile de mer. Il peut varier d'un genre à l’autre, d’une espèce à l’autre, et même d’individu à individu. Le rapport des bras avec le disque peut également présenter des différences remarquables. Dans le genre Culcite , le disque est tellement développé, qu’il constitue pour ainsi dire à lui seul l’animal tout entier, tandis que les bras font à peine une légère saillie sur son pourtour. Dans le genre Luidie, au contraire, le disque est réduit au minimum, tandis que les bras sont très-allongés et très-grêles.
Les couleurs des Etoiles de mer varient beaucoup. 11 en est d’un gris jaunâtre, d’un jaune orangé , d’un rouge grenat , d’un violet noirâtre , etc.
Les Étoiles de mer, comme l’indique leur nom, sont des êtres essentiellement et exclusivement marins. On ne voit rien de
ZOOl'HYTES.
pareil dans les eaux douces. Elles habitent les forêts et herbages sous-marins. Recherchant les plages sablonneuses, elles se tiennent généralement à de petites profondeurs. Cependant on a purécemment en retirer certaines espèces, à une profondeur d’environ 300 mètres.
Les Astéries se rencontrent à peu près dans toutes les mers, et sous toutes les latitudes. Mais c’est dans les mers des ré-
Fig. 83. Astérie commune ou Etoile de mer rougcAlrc. (Atttnai rubeni , Larnk.)
gions tropicales qu’elles sont le plus nombreuses, et que leurs formes sont le plus richement variées. On en compte environ 140 espèces.
Le corps des Astéries est soutenu par une enveloppe calcaire, composée de pièces juxtaposées, aussi variées que nombreuses. On évalue le nombre de ces pièces à plus de onze mille dans Y Étoile de mer rougeâtre, genre Asteracantliion , Muller et Troschcl(üg. 83), espèce très-commune en Europe.
ECHINODERMES
Le corps des Astéries (fig. 83) est, en outre, muni de piquants, de granules, de tubercules, dont la forme , le nombre et la disposition servent à caractériser les genres et les espèces.
Une autre espèce, l 'Astérie frangée, peut donner une idée exacte du type général des animaux de cet ordre. Nous mettons en conséquence la ligure de ce zoophyte sous les yeux de nos lecteurs (fig. 84). Cette Etoile de mer est commune
Fig. 84. Astérie frangée. (O. N.) (Aitcrias aurantiaca , Lamk.)
dans les mers du Nord. Elle a cinq bras, assez longs, munis de piquants. Elle est de couleur orangée.
Quand on voit échoué sur la plage un de ces animaux, on le croit entièrement dénué du privilège de la progression. Mais l 'Étoile de mer n’est pas toujours immobile. Elle est pourvue d’un appareil de locomotion, qui parait en même temps servir à la respiration. Chez les êtres inférieurs, la nature vise, on
ZOOPHYTES
le sait, à l’économie ; elle ne craint pas de donner aux pieds la fonction respiratoire, ou, si l'on veut, au poumon le pouvoir de marcher.
Chez l 'Étoile de mer, en effet, des pieds, auxquels on donne le nom d 'ambulacres, sont placés, sur un double ou quadruple rang, dans des sillons creusés au milieu et à la face inférieure des bras , et en communication avec la cavité générale du corps. Ce sont des cylindres charnus, très-extensibles, creux à l’intérieur, terminés ordinairement par une petite ventouse. C’est au moyen de ces organes que l'animal commence par s’attacher aux corps étrangers, et parvient ensuite à se déplacer.
Le déplacement des Astéries est très-lent, et si régulier que le regard le plus attentif ne saurait saisir les mouvements qui le produisent, absolument comme la marche des aiguilles d’une montre, que l’œil ne peut saisir. Quand un obstacle se présente, si par exemple l 'Astérie rencontre une pierre sur son chemin, elle élève un de ses rayons, pour prendre un point d’appui ; un second rayon exécute la même manœuvre, puis un troisième, et l’animal grimpe sur la pierre, avec autant d’aisance que s’il marchait sur du sable uni. C’est ainsi que V Étoile de mer peut s’élever le long des rochers perpendiculaires. Tout ce travail se fait à l'aide de ces pieds, ou suçoirs (ambulacres), dont nous parlions plus haut, et qui sont très-nombreux.
« Si l’on renverse une Astérie sur le dos, dit Frédol, elle reste d’abord immobile les pieds enfermés. Bientôt elle fait sortir ces derniers, semblables à autant de petits vers; elle les porte en avant et en arrière, comme pour reconnaître le terrain ; elle les incline vers le fond du vase et les fixe les uns après les autres. Quand il y en a un nombre suffisant d’attachés, l’animal se retourne'. »
11 n’est pas impossible au promeneur des plages de l’Océan de se donner le plaisir de voir marcher sur le sable une Étoile de mer. Quelques jours se passent rarement sans que l’un de ces animaux soit rejeté sur la grève, au moment de la ma-