‹ La vie et les moeurs des animauxChapitre 46 sur 87 · ORDRE DES ÉCHINIDES · texte numérisé non relu

ORDRE DES ÉCHINIDES

La forme si singulière des Échinides, ou Oursins, les prolongements épineux dont leur corps est couvert, ont depuis longtemps appelé sur ces êtres marins l’attention des naturalistes. Aristote leur appliquait déjà le nom d’e/iw*, qui signifie Hérisson.

ZOOPHYTES

Cependant, quand on voit, rejeté sur la plage, le corps d'un de ces animaux, on ne s’explique pas d’abord cette désignation. Le corps de l’Oursin, tel qu’on le ramasse si souvent au bord de la mer, n’est pourvu d’aucune espèce de piquants. C’est une sorte de coque, à peu près sphérique, vide à l’intérieur, et dont la surface ne présente que des reliefsd’unerégulariié admirable : c’est comme une coquille d’œuf sculptée par des mains divines. Pour voir l’Oursin avec ses piquants, il faut le saisir dans son milieu liquide, sur le fond de la mer, où il roule et promène sa petite masse hérissée. C’est alors seulement que l’on a le véritable Oursin , l’Oursin pointu , hérissé, criblé de piquants, et ressemblant, au physique, à ces aimables mortels dont on peint si bien le caractère en disant : Qui s'y frotte, s'y piyue.

Dans son livre de la Mer, notre illustre Michelet met le petit discours qui va suivre dans la bouche de l’Oursin, bouche assez grande pour en contenir de pluslongs, mais non de plussensés.

« Je suis né sans ambition, dit le modeste Echinoderme. Je ne demande pas les dons brillants de messieurs les Mollusques. Je ne ferai nacre ni perle. Je ne veux pas de couleur brillante , un luxe qui me désignerait. Je désire encore bien moins la grâce de vos étourdies les Méduses : le charme ondoyant de leurs cheveux enflammés qui attirent, les font attaquer et leur servent à faire naufrage. O mère, je ne veux qu’une chose, être.... être un et sans appendices extérieurs et compromettants, — êtro ramassé, fort en moi, arrondi, car c’est la forme qui donnera le moins de prise, — l’être enfin centralisé. — J’ai bien peu l’instinct des voyages. De la mer haute à la mer basse, rouler quelquefois, c’est assez. Collé strictement sur mon roc, je résoudrai là le problème que votre futur favori, l’homme, doit chercher en vain, le pro blême de la sûreté. Exclure strictement l’ennemi, tout en admettant l’ami , surtout l’eau, l’air et la lumière. 11 m’en coûtera, je le sais, du travail , un constant effort. Couvert d’épines mobiles, je me ferai éviter. Hérissé, seul comme un ours, on m’appelle oursin. >

Voyons maintenant un peu de près la structure générale des Oursins, ou Èchinidts, selon l’expression zoologique.

Le corps de l’Oursin a la forme d’un globe, d’un œuf, ou d’un disque un peu renfié. 11 est essentiellement formé d’un test, ou carapace solide, revêtue d’une membrane mince, garnie de cils vibratiles. Cette carapace résulte de l’assemblage de plaques polygonales, contiguës, adhérant entre elles par leurs bords.

ÉCHINODERMES

Leur arrangement est tel que le test peut êlre divisé en zones verticales partant d’un point central, le sommet, et aboutissant à un point diamétralement opposé du sphéroïde, c’est-à-dire au pourtour de l’orifice buccal. Ces zones verticales sont de deux sortes : les unes plus larges, les autres plus étroites; toutes composées d’une double rangée de plaques. Les premières portent des piquants mobiles, les secondes sont percées de trous disposés en séries longitudinales régulières, par lesquels sortent des tentacules charnus, qui servent, comme nous le verrons plus loin, à la marche de l’animal.

Les Oursins armés de leurs piquants ressemblent à des hérissons; mais lorsque tous ces piquants sont tombés, ils ressemblent à des melons, ou à des œufs, auxquels leur forme et leur nature calcaire les ont fait souvent comparer, tant par le vulgaire que par les savunts.

On se fera une idée très-exacte des deux aspects différents que présente la carapace des Oursins a\ant et après la chute

Fig. 9a. Oursin mamelonné. (G. N.) (Ec.'iinus mamillatut , Larnk.)

de leurs piquants, en jelant les yeux sur les deux figures suivantes, qui représentent l’Ouraa mamelonné armé de ses pi-

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<|imnts (flg. 89), et privé , après sa mort (fig. 90), de ces instruments de défense.

On a calculé que plus de dix mille pièces distinctes, admirablement unies et agencées, entrent dans la composition de la coquille de l’Oursin, à laquelle aucune autre ne saurait être comparée.

Les dimensions et la forme des piquants sont très-variables. Chez certains Cidarides, ils sont trois ou quatre fois plus longs

Kig. 91. Oursin mamelonné, dépouille de scs baguettes. (G. N.)

que le diamètre du corps; quatre ou cinq fois plus courts que ce diamètre chez les Oursins proprement dits. Ils ressemblent quelquefois à des soies, courtes et couchées. Ces aiguilles défensives ont pour supports des tubercules, dont l’arrangement à la surface de l’animal est d'une régularité parfaite. Elles offrent, à la base, une petite tète, séparée par un étranglement. Cette petite tête est creusée, à sa face inférieure, d'une cavité qui s’adapte sur un tubercule de la coque. Chacun des piquants, malgré leur prodigieuse petitesse, est mis en jeu par un appareil musculaire.

Les piquants (épines, baguettes), et les tentacules (pieds, ambulacres, suçoirs), voilà donc les organes extérieurs essentiels de notre Échinoderme. Les premiers sont un instrument de défense et de progression, les seconds ne servent qu’à la marche.

Quand on sait que chaque piquant est mis en action par plusieurs muscles, on est surpris du nombre prodigieux de ces organes que l'on voit implantés sur le corps d’un Oursin.

KOHI N ODE RM ES.

On a compté plus de douze cents piquants sur la coquille de V Oursin comestible (Echinus esculentus), que l'on voit représenté sur la figure 91. A cette première provision de pointes, si l’on ajoute le cortège des autres piquants, plus petits et en quelque sorte accessoires, on arrivera à un total de trois mille baïonnettes. Ce Hérisson des mers représente donc à lui seul dix escadrons de lanciers.

Considérez maintenant que dans chaque suçoir, ou ambu-

Fig 02. Oursin comestible. (G. N.)

( Echinui esculentus, Linn.)

(acre, il n’existe pas moins de cent tubes pourvus d’un orifice, et vous aurez un total de quatre mille petits appendices apparents sur le corps d'un animal de fort petite dimension. Si enfin vous réfléchissez qu’il n'existe pas de coquille plus admirablement symétrique, plus élégante, plus régulière, plus ornementée, que la carapace de l’Oursin, vous n’aurez pas de peine à reconnaître combien la nature est prodigue de ses

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dons envers les êtres les plus infimes de la création , envers de pauvres animaux qui passent toute leurexislence à ramper obscurément sur le fond des mers.

Que d’élégances sublimes dorment sous la masse épaisse des eaux, éternellement cachées aux regards de l’homme, — de l’homme, qui s’imagine que tout dans la nature a été créé à son intention et à sa gloire!

On a fait une observation assez curieuse à propos de ces piquants qui servent de moyen de défense à notre Échinoderme. Chez un Oursin qui vit à la Nouvelle-Hollande ( Leisci daris imperialis ), M. Hupé trouva un petit mollusque du genre Siylifèrc, abrité dans l'intérieur de l'un de ces piquants, lequel se trouvait creusé et fort élargi, en un mot accommodé de façon à servir de retraite à son hôte improvisé.

Que de faits imprévus nous offrent les mœurs des animaux que nous éludions! La nature a gratifié un petit être d’une armure préservatrice; un autre animal, plus petit, s’en avise, et il vient se mettre lui-méme à l’abri de tout danger, sous la protection de ces baïonnettes intelligentes I

Un homme ayant, par ignorance, mis dans sa bouche un Oursin, avec tous ses piquants, se crut, par amour-propre, obligé de l’avaler, parce qu’on le regardait faire. Aussitôt il eut la bouche tout en sang. Le lendemain elle était dans un tel état qu'il était impossible à ce malheureux de pouvoir ni manger ni boire. On ne put le conserver à la vie qu’en le nourrissant pendant longtemps avec des lavements de bouillon et de crème de riz.

Voyons maintenant par quel mécanisme organique l’Oursin parvient à se déplacer et à marcher.

Ses tentacules, ou suçoirs, sont creux à l’intérieur, et, avonsnous dit, pourvusde petits muscles. Par l’afflux du liquide qu’ils renferment, ils se gonflent, dépassent la longueur des piquants, de sorte qu’ils peuvent, selon la volonté de l’animal, se fixer aux corps solides extérieurs, au moyen de leur ventouse terminale.

Frédol , dans le Monde de la tuer, explique en ces termes le mode de progression des Oursins:

«Supposons, dit-il, un individu au repos. Tous ses piquants sont

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immobiles et tous ses filaments retirés dans la coque. Quelques-uns de ces derniers commencent à sortir, ils s’allongent et tâtent le terrain tout autour; d'autres les suivent. L’animal les fixe solidement. S’il veut changer de place, les filaments antérieurs se contractent, pendant que ceux de derrière lâchent prise et la coquille est portée en avant. L’Oursin marche ainsi avec aisance et même avec rapidité. Pendant sa progression les suçoirs ne sont que faiblement aidés par les piquants.

Les Oursins peuvent voyager sur le dos comme sur le ventre. Quelle que soit leur posture, il y a toujours un certain nombre de piquants qui les portent etde suçoirsqui les fixent. Dans certaines circonstances l’animal marche en tournant sur lui-méme comme une roue en mouvement ’. •

Rien n’est plus curieux que de voir l’Oursin marcher sur le sable uni. Sauf la couleur, on croirait voir une châtaigne, avec son enveloppe tout hérissée d’épines , et se servant de ces mômes épines comme de pieds pour mettre en mouvement sa petite masse arrondie et piquante. On a vu des Oursins qui , pour marcher , tournaient sur eux - mêmes comme une boule, comme un fagot d’épines globuleux.

Un des organes les plus singuliers du Hérisson de mtr, c’est sa bouche. Elle est monstrueuse. Placée au-dessous du corps, elle occupe le centre d’un espace mou, revêtu d’une membrane résistante. Elle s’ouvre et se ferme sans cesse, laissant apercevoir cinq dents aiguës, soutenues et protégées par une char-

Fig. P3. Armature buccale de l'Oursin livide Fig. «4. Appareil mandibulaire

laissant voir l'extrémité des pics dentaires. ou Lanterne d'Aristote.

pente très-compliquée, qu’on a nommée tante me <f Aristote. On voit cet appareil buccal représenté sur les figures 92 et 93, qui

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