MOLLUSQUES ACÉPHALES
Nous voici arrivé aux mollusques véritables. La transition des molluscoides nous a préparé à mieux comprendre les particularités de l’existence et des mœurs des mollusques proprement dits.
Lenom mêmede mollusque indique le caractère qui avaitleplus ' i frappé les anciens naturalistes : ils sont mous (en latin, molles).
Leur chair est froide, humide, visqueuse. En raison même de leur mollesse, ils sont ordinairement munis d’un appareil de déjfnse ou de protection, d’une cuirasse pierreuse, nommée coquille ou test. Selon les espèces, ce test est une cotte démaillés, un bouclier ou une tour. Le Mollusque est donc armé et défendu contre les attaques du dehors, à peu près à la manière d’un chevalier au moyen âge. Seulement, le chevalier n’était pas étroitement et à jamais enfermé dans son armure, tandis que le mollusque y est attaché par les liens indissolubles de l’organisation.
« Telle vie et telle habitation, dit M. Michelet, l’éloquent auteur do la Mer; dans nul autre genre plus d’identité entre l’habitant et le nid. Ici, tiré de sa substance, l’édifice est la continuation de son manteau de chair. 11 en suit les formes et les teintes. L’architecte sous l’édifice en est luimême la pierre vive. •
La coquille des Mollusques a donné lieu à des appréciations assez diverses. Certains naturalistes la comparent au squelette des animaux supérieurs.
* On pourrait regarder la coquille comme l’os de l’animal qui l'occupe, » dit l’un de nos savants.
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Mais un autre est survenu, émettant une vue différente :
o On petit dire, en thèse générale, que les mollusques testacés sont des animaux chez lesquels l’ossification se trouve rejetée à la surface extérieure du corps au lieu de se faire à l’intérieur, comme cela a lieu chez les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons. Chez les animaux supérieurs, les os gisent dans les profondeurs du corps; chez les Mollusques, les os sont placés à la superficie. C’est le même système renversé, retourné. •
D'autres zoologistes repoussent en ces termes cette assimilation théorique :
« La coquille qui sert de demeure et d’abri h l’animal ne saurait être, disent ces derniers, considérée comme un squelette, parce qu’elle no traduit pas extérieurement les formes de l’animal, parce qu’elle ne donne pas attache aux organes du mouvement, et enfin parce qu’elle est un produit de sécrétion qui croit sans cesse à mesure que le corps lui-même prend du développement. »
Cette dernière opinion nous parait la plus acceptable.
Quoi qu’il en soit, par l’immense variété do leur forme et de leur grandeur, par leur éclat, par la beauté et la vivacité de leurs couleurs, les coquilles des mollusques constituent un des plus attrayants objets d’histoire naturelle. Aussi les collectionneurs de coquilles sont-ils nombreux en tous pays.
Ce n’est pas toutefois par leur seule beauté qu’une collection de coquilles fait naître un vif intérêt : une créature vivante habite cette coquille, une créature qui a son organisation et sa vie, et surtout des mœurs dignes d’exciter au plus haut point l’intérêt, la curiosité et l’admiration. On a dit que cette coquille « est comme une médaille frappée par la main de la nature à l’effigie des climats. » En effet, les eaux douces ou salées, appartenant aux différentes régions du globe, sont caractérisées par la présence de coquillages particuliers. Enfin, la comparaison des coquilles vivantes avec celles des coquilles fossiles qui gisent dans les profondeurs du sol, est un grand élément d’information scientifique touchant l’origine des diverses couches qui constituent notre globe.
Ainsi, ne fermons pas les yeux devant ces êtres, en apparence misérables et chétifs. Dieu leur a prodigué les merveilles qu’il tient en réserve, pour embellir l’organisation et la vie.
MOLLUSQUES
Qui oserait leur refuserun regardlQui ne trouverait du charme à examiner, à comparer leur structure! L’homme descend dans les profondeurs du sol, pour y chercher un métal précieux ; — il plonge sous les eaux de l’Océan, pour y recueillir les débris d'un naufrage ; — il penche sa tête sur les ouvrages les plus minutieux, usant ses yeux et sa santé à exécuter de microscopiques instruments mécaniques ; — comme ces ambassadeurs siamois que nous montrait, à l’Exposition des Beaux-Arts de 1865, l’admirable pinceau de Gérôme, il se traîne à genoux, et cache son visage dans la poussière, pour rendre hommage à un puissant du jour! Pourrait-il refuser de se courber un moment sur le sable des mers, pour recueillir dans sa main, pour rapprocher de ses yeux les merveilleux ouvrages du divin créateur!
Mais il est temps d’arriver à l’examen de la grande classe de mollusques dont le nom est inscrit en tête de ce chapitre, aux mollusques acéphales, c’est-à-dire sans tête, (de « privatif et de xtipaXi), tête).
Point de tête; le corps enveloppé par des replis de la peau assez semblables à des voiles; une coquille à deux valves : tel est le signalement sommaire de tous les mollusques acéphales.
Le chapitre que nous consacrons à leur examen ne sera pas, nous l’espérons, sans intérêt pour nos jeunes lecteurs. On y apprendra à connaître, ou à mieux connaître, une vingtaine de mollusques sur lesquels il est bon de s’arrêter à divers titres, et dont quelques-uns sont d’une importance considérable. Telle est par exemple Y Huître, qu’on sème, qu’on cultive, qu’on récolte aujourd'hui, comme on récolte les fruits; — \a Pintadine , qui fournit à la parure le précieux ornement de la perle; — le Tard, qui, travaillant silencieusement à la destruction lente des bois de construction, produit souvent des désastres affreux, méconnus jusqu a l’heure où ils se manifestent; qui ronge les navires sous les pieds des marins insoucieux ou ignorants du péril; qui mine et détruit ces digues gigantesques, obstacle' salutaire opposé à l’inondation et à la ruine d’un pays.
Pour donner une idée à la fois intéressante et exacte du groupe naturel des mollusques acéphales, nous choisirons un
ACÉPHALES
certain nombre de familles, ou plutôt de types de ces familles. Les principaux types seront : YHuître, la Moult, le Bénitier, la Bucarde, le Taret.
L’Huître est le type d’un petit groupe de mollusques acéphales, parmi lesquels nous distinguerons le Spomlyle, le Peigne , le Marteau et la Pinladine.
La Moule est le type d’une autre famille dont font partie le Jambonneau, 1 ’Anodonte, la Mulelte.
Le Bénitier, ou Tridacne, représentera pour nous, à lui seul, un groupe particulier.
La Bucarde constitue, avec les Donaces, les Tellines et les Vénus, une famille.
11 nous restera enfin à considérer le redoutable clan dont le Taret est le chef destructeur, et qui comprend le Solen, ou Couteau, et la Pholade.
FAMILLE DES OSTRÉACÉS.
Cette famille de mollusques acéphales comprend un assez grand nombre de genres. Nous étudierons seulement les genres Huître, Peigne, Spondyle, Marteau et Pinladine.
GENEE HUÎTRE.
Nous parlerons successivement de l’organisation de l'Huître, de son développement, de sa distribution géographique, de sa pêche, enfin des moyens qui ont été imaginés de nos jours pour la reproduire et la multiplier, dans des bassins de mer.
La coquille de l'Huître, assez régulière, se modifie suivant le relief des corps sous-marins auxquels elle est fixée.
Les deux valves sont inégales : celle qui est adhérente est toujours la plus grande; elle est épaisse et concave; la valve supérieure est plus petite, plus mince et ordinairement plate. Leur surface, quelquefois unie, est ordinairement rugueuse et semble composée de feuillets brisés. Cette coquille est de structure lamelleuse. Les lames, faiblement adhérentes les unes aux autres, se recouvrent en se débordant successsivement, et présentent à l'extérieur des feuillets plus ou moins frangés.
MOLLUSQUES
Les accroissements très-inégaux de ces lames déterminent les nombreuses modifications de leurs formes. A la charnière qui relie les deux valves, se trouve un ligament élastique, noirâtre et aplati, qui fait écarter les valves l’une de l’autre.
La surface intérieure des valves est lisse, blanche, d’aspect nacré. Vers leur centre, un peu en arrière et en haut, on remarque une impression ovale ou arrondie sur laquelle s'attache un corps charnu, épais, blanchâtre : c’est le muscle central. Ce muscle est destiné à rapprocher les valves, pour y renfermer hermétiquement l’animal. C’est ce muscle que l’écaillère coupe en travers pour ouvrir une huître.
L'Hultre est un animal dépourvu de toute mobilité. Sa coquille, toujours adhérente, est fixée et comme soudée sur les rochers, ou autres corps sous-marins. Le point d’adhérence se trouve près du sommet de la valve inférieure, dans la partie qu’on nomme le talon.
Supposons une Huître ouverte par la double section du liga- „ ment et du muscle central cylindrique et adducteur des valves, et voyons quelle est la disposition de l’ensemble de ses organes.
Quand elle est ouverte et étalée sous nos yeux, nous apercevons au fond de la coquille un animal aplati, demi-transparent, grisâtre et de forme ovalaire.
Le gastronome, qui ne voit pas plus loin que son nez, estime que, malgré ses mérites culinaires, l’Huître doit être placée dans les rangs les plus inférieurs de l’animalité. Le gastronome se trompe; il ignore combien est complexe et délicate l’organisation de ce mollusque. Nous allons nous efforcer de lui en donner une idée.
L’animal est enveloppé d’une sorte de manteau mince, lisse, contractile, replié sur lui-même, offrant deux lobes, séparés dans la plus grande partie de sa circonférence. C’est comme un capuchon, dont le sommet aboutit à la charnière. Les bords du manteau sont garnis de petits corps ciliés, que l’animal peut, à volonté, allonger ou raccourcir, et qui semblent doués d’une certaine sensibilité. C’est le manteau qui sécrète les éléments calcaires de la coquille.
Au point de réunion des lobes du manteau, vers le sommet des valves, se trouve la bouche, que l’on reconnaît à sa posi-
ACEPHALES.
tion transverse et à ses deux lèvres minces et membraneuses. Cette bouche est grande, dilatable, accompagnée de quatre pièces triangulaires et plates, au moyen desquelles l’animal introduit les aliments dans sa cavité.
Un œsophage très-court fait suite à la bouche , et s’ouvre dans un estomac, qui a la forme d’une poire. Après cet estomac vient un intestin, grêle, sinueux, qui , se dirigeant obliquement vers le côté antérieur, descend un peu, puis remonte, passe derrière la cavité stomachale, presque à la hauteur de la bouche, et se reporte en arrière, en croisant son premier trajet, pour gagner la face postérieure du muscle adducteur, sur le milieu duquel il se termine par une ouverture libre.
L’estomac et l’intestin sont entourés de tous côtés par le foie, qui constitue à lui seul une portion très-notable de la masse des organes. Ce foie, de couleur noirâtre, est pénétré d'une liqueur d'un jaune foncé, qui est labile.
Ainsi, l’estomac et l’intestin des Huîtres sont entourés par le foie; la bouche s’applique sur l’estomac et l’intestin s’ouvre dans le dos.
Achevons d’indiquer en traits rapides la structure compliquée de l’animal dont nous esquissons l’histoire.
Le cœur de l’Hultre est placé au-dessous du foie, et il entoure étroitement la partie terminale de l’intestin. Ce cœur est composé, comme celui des animaux supérieurs, de deux cavités distinctes ; une oreillette et un ventricule. Du ventricule part un vaisseau, qui se divise en trois canaux distincts : l’un de ces canaux porte le sang vers les parties supérieures, c’est-à-dire vers la bouche et les tentacules; l’autre le porte au foie; le dernier distribue le fluide nourricier au reste du corps.
Le sang de l’Huître n’est pas coloré en rouge : comme celui des animaux inférieurs, il est limpide et incolore. Ce fluide passe successivement de l’oreillette du cœur, où il arrive vivifié, dans le ventricule, et de cette dernière cavité, dans le gros vaisseau dont nous avons parlé, et qui le distribue dans l’intérieur de l’animal.
Ainsi les Huîtres possèdent une véritable circulation, non pas cette circulation complète qui caractérise les animaux supérieurs, cette double circulation qui comprend l’artère
MOLLUSQUES
pulmonaire, mais une circulation simple, comme elle existe chez les poissons et chez un grand nombre d’aulres animaux.
L’Huitre respire aussi au milieu de l’eau, à la manière des poissons. Elle est pourvue, comme le poisson, d’organes appelés branchies, qui sont chargés de séparer de l'air dissous dans l’eau l’élément respirable, c'est-à-dire le gaz oxygène. Ces branchies, placées sous le manteau, se composent d'une double série de canaux très-lins et très-serrés. Dessinant une ligne courbe, ils sont disposés comme les dents d'un peigne.
Privées de tête, les Huîtres ne peuvent avoir de cerveau. L’origine des nerfs se trouve prés de la bouche. On voit en ce point un gros ganglion, d’où partent deux nerfs qui se distribuent aux régions de l’estomac et du foie, et se terminent à un second ganglion, situé à la partie postérieure du foie. La première branche nerveuse distribue la sensibilité à la bouche et aux tentacules; la seconde aux branchies respiratoires.
En fait d’organes des sens, les Huîtres sont fort mal partagées, ce qui se comprend sans peine, vu la destinée sédentaire de ces êtres, éternellement rivés au rocher où ils ont pris racine dès leur jeune temps. Elles ne voient ni n’entendent; le toucher paraît le seul sens qui leur soit dévolu. 11 a son siège dans les tentacules de la bouche.
Passons à la reproduction de cet animal bizarre. Les Huîtres réunissent les deux sexes sur le même individu. Dans un même organe se trouvent à la fois les œufs et les corpuscules mobiles destinés à féconder ces œufs. Chaque Huître est donc à la fois père et mère.
Les œufs, de couleur jaunâtre, existent en nombre prodigieux sur chaque individu. On assure qu’une Huître peut porter jusqu’à deux millions d’œufs! La nature a toujours, et avant tout, la préoccupation de conserver l’espèce. Mais ici, on peut le dire, elle a largement pris ses mesures pour n’être pas prise en défaut. Demandez à un mathématicien le nombre d’individus que pourrait produire un banc d’Huîtres, en accordant deux millions d’œufs à chaque individu.
La saison du frai a lieu ordinairement du mois de juin à la fin de septembre. A cette époque, les Huîtres pondent leurs œufs. Ces œufs sont alors dans les plis du manteau. Pendant
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cette période d’incubation, les œufs séjournent au sein d’une matière muqueuse, qui est nécessaire à leur développement. Le tout ressemble à une crème épaisse. C’est alors que les Huîtres sont, comme on le dit, laiteuses : cette apparence laiteuse est due à l'accumulation d’une masse énorme d'œufs plongés dans la matière muqueuse.
A mesure que leur évolution se poursuit, la masse des œufs devient successivement jaunâtre, gris-brun et gris-violet. Les jeunes finissent par éclore au sein même de l’Huttre mère.
La tendre mère n’a rien de plus pressé que de les jeteràl’eau .
Rien n’est plus curieux que de voir un banc d’Hultres à l’époque du frai. Tous les individus adultes qui le composent lancent au dehors les innombrables phalanges de leur progéniture. On voit une poussière vivante s’exhaler du banc d’Hultres, troublant l’eau, et y formant comme un nuage épais, qui se disséminant peu à peu dans le liquide, se dissipe et va se perdre loin de son foyer de production .
Fait bien remarquable 1 1/Hultre qui est condamnée à passer sa vie dans l’immobilité, éternellement attachée à un rocher sous-marin, jouit du privilège du mouvement, quand elle est encore à l’état de larve ou de jeune. Nous avons vu, dans nos études sur la botanique, des organes reproducteurs de végétaux cryptogamiques, comme les Algues, par exemple, avoir de même la faculté de locomotion, et ne devenir immobiles qu’en passant à l’état adulte. Voilà donc un trait de ressemblance bien étrange, une analogie bien curieuse , entre certains mollusques et quelques végétaux inférieurs!
Les larves de l’Huttre qui, au moment de leur naissance, sont lancées au milieu des eaux, sont pourvues d’un petit appareil qui leur permet de nager et de se diriger dans le milieu liquide. Une sorte de bourrelet, garni de cils vibratiles, est disposé sur la jeune coquille. Grâce aux muscles puissants dont il est armé, ce bourrelet peut sortir hors des valves, ou être ramené à leur intérieur. Ainsi, la jeune Huître se déplace et nage avec facilité. Elle peut se jouer dans l’eau, au voisinage de sa mère , et même au moindre danger chercher un abri entre les valves de la coquiUe maternelle.
Cet appareil de natation est représenté sur les jeunes
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Huîtres que l’on voit sur la figure 108. 11 disparaît quand l’Huttre, devenue plus âgée, se fixe sur un point solide, pour y passer sa vie.
Fig. 108. Jeunes Huîtres munies de leurs organes locomoteurs.
Pour que l’Hultre jeune puisse vivre et atteindre son entier développement, il faut qu’elle trouve à sa portée un corps solide, sur lequel elle puisse se fixer. Mais que d’obstacles avant d’en venir là! De combien d’ennemis le jeune mollusque n’at-il pas à triompher! De quelles embûches, de quels périls n’at-il pas à se tirer! Pour vivre, pour se maintenir au sein des eaux de la mer jusqu’au bienheureux moment où la jeune Huître aura pu se fixer sur un abri solide, il faut qu’elle soit préservée des courants violents qui pourraient l’entraîner au large, — des vases qui pourraient l'étouffer; — il faut qu’elle échappe à la voracité de la population marine, tels que crustacés, vers, polypes; — il faut qu’elle ne soit pas violemment arrachée de son lieu de repos, parles engins terribles et multipliés du pécheur avide. On comprend maintenant pourquoi la nature a accumulé dans une seule Huître une telle masse d’œufs , une telle abondance de générations nouvelles ! C’est par un vrai miracle que le naissain de l’Hultre peut se préserver des mille et un obstacles, des mille et un ennemis qui l’attendent ; et si chaque Huître, malgré ses deux millions d’œufs, reproduit sa pareille, il faut encore s’en t tonner I Quand le jeune animal est parvenu à éviter toutes les causes diverses de destruction que nous venons d’énumérer, il s’accroît rapidement. Il avait à peine un cinquième de millimètre au moment de. l’éclosion ; au bout de six mois, il a atteint 8 à 10 millimètres de longueur. Une année après sa naissance, son diamètre est de 4 à s centimètres. Enfin, dans le courant de la
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troisième année, l'Hultre est devenue marchande, comme on le dit, c’est-à-dire susceptible d’être envoyée dans les parcs de conservation et d’engraissement.
On voit sur la figure 109, un groupe d’HuItres de divers
Fig. 109. Groupe d’Hultres de divers Ages fixée» à un morceau de bois.
âges fixées à un morceau de bois. En A sont des huîtres de 12 à U mois, — en B des huîtres de 5 à 6 mois, — en C des huîtres de 3 à 4 mois, — en D des huîtres de 1 à 2 mois, — en Edes huîtres de 15 à 20 jours.
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On appelle bancs, les amas considérables de ces mollusques accrochés à des anfractuosités sous-marines.
Sur les côtes favorables au développement des Huîtres, on trouve des bancs considérables, qui devraient, d’après les lois naturelles de la production, aller toujours en augmentant d’épaisseur et de richesse. Mais les causes de destruction qui les entourent, s’opposent à ce développement excessif.
Les bancs d’Huîtres se trouvent dans les mers de presque tous les pays. En Europe, la mer Adriatique, la Méditerranée, l’Atlantique, la mer du Nord en possèdent.
On en trouve dans les mers d’Afrique et de l’Amérique, aux Antilles, & la côte de Coromandel, en Chine, etc.
Ils ne font pas défaut sur les côtes de la France. Tout le monde connaît ceux de la llochelle, de Rochefort, des îles de Ré et d’Oléron, de la baie de Saint-Brieuc, de Cancale, de Granville, etc.
La côte de Danemark possède de 40 à 50 bancs d’huitres situés à l’ouest du Schleswig, surtout entre les petites Iles Sylt, Amron, Fôhr, Pelworm, Nordstrand, etc. On en trouve encore à la pointe du Jutland, vis-à-vis de Shagen. Mais ils sont moins productifs que ces derniers.
Les Huîtres comestibles appartiennent à plusieurs espèces. Celles qu’on mange particulièrement en France sont :
L 'Huître commune ou comestible ( Oslrea edulis) et le Pied de cheval (Ostrea hippopus) , qui vivent aux bords de l’Océan; — Y Huître rosacée ( Oslrea rosacea), et le Pelocestion, en languedocien peloustiou (Oslrea lacleola), qu’on trouve sur les côtes de la Méditerranée; — Y Huître lamelleuse ( Ostrea lamellesa) , en Corse.
L’Huître commune présente, en France, deux variétés, que tous les amateurs connaissent. Ce sont YHuître de Cancale et celle d'Ostende.
La dernière est caractérisée par la régularité et la consistance des, valves, l’absence de chambre dans l'épaisseur de la valve concave et la grande épaisseur du corps de l’animal ; à l’extérieur, la valve est moins écailleuse et le bord antérieur du côté de la bouche a une sorte d’aile beaucoup moins développée.
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On procède de diverses manières à la pêche des Huîtres. Au Mexique, sur la côte de Campêche, ces mollusques se développent en quantité considérable sur les racines submergées des Mangliers, qui croissent au bord de la mer, ou sont rejetées au large. Les Indiens n'ont qu’à couper les racines, à retirer de l’eau ces véritables grappes, et à les porter au marché, sans autre formalité I
Aux tftats-llnis, pour récolter les Huîtres, on se sert de longs râtoaux, munis, à leur partie postérieure, d’une poche tressée en filet, destinée à recevoir les produits de la pêche. Quelquefois les dents de res râteaux sont un peu recourbées, de manière à retenir dans leur cavité une certaine quantité de coquilles. On emploie aussi, dans le même pays, une immense paire de pinces, dont les extrémités inférieures sont garnies de râteaux à dents, qui se croisent quand on les rapproche. On se sert enfin quelquefois d’une lourde drague, analogue à celle qui est usitée en France.
En Europe, autour de l'ile de Minorque, deux marins s’associent pour la pêche. Ils plongent alternativement à de grandes profondeurs, et détachent les Huîtres avec un marteau, qu’ils ont eu la précaution d’attacher à leur main droite.
Mais ce mode avantageux et sage est loin d’être suivi dans les . autres parties de l’Europe. En France et dans la plupart des mers de l’Europe, pour pécher les Huîtres, on se sert de la terrible et barbare drague, qui porte la dévastation au milieu des champs producteurs.
La drague emplojee à la pêche des Huîtres, sur nos côtes, est un engin de fer, très-lourd, que l’on jette au fond de la mer. Il sillonne, racle et détache les Huîtres, pour les verser dans un filet ou autre appareil collecteur. Par ce barbare moyen de récolte, on arrache brutalement les Huîtres grandes et petites, adultes et jeunes, on enterre le frai sous la vase du fond, et l’on détruit ainsi toutes les générations nouvelles. Il serait difficile de rien imaginer d’aussi barbare et d’aussi mai inspiré.
On voit en action, dans la figure 110, la pêche des Huîtres, sur une côte française.
Cette pêche se fait toujours par une flottille d’une trentaine d’embarcations, qui portent chacune quatre ou cinq
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hommes. A une heure fixée, et sous la surveillance d’un garde côte, monté sur une peniclic, portant le pavillon de l'État, la petite flottille commence la pêche.
Chaque barque est pourvue de quatre ou cinq dragues. On voit représentée très-exactement sur la figure 1 1 1 la forme de cette drague. C’est une sorte de couteau de fer, long d’un mètre environ. On le jette à la mer, dont il racle le fond, grâce au mouvement de progression de la barque. l'n sac en toile de filet, placé au-dessous de la lame de fer, reçoit les Huîtres à mesure qu’elles sont arrachées. On retire la drague, une fois chargée. On jette le produit de la pêche dans un coin de la bar que, et on lance de nouveau à la mer l'instrument collecteur.
Cette manœuvre continue sur toutes les bannies, jusqu’à la lin de la journée. Alors, à un signal donné par la penicht de l'État, la pêche s’arrête, et les embarcations rentrent au port.
C'est en raison de 'ce mode brutal d’exploitation que l'industrie huîtrière était tombée en France, il y a peu d'années, dans une décadence telle que, si l’on n’y eût porté remède, la source de toute production sur nos côtes, eut été rapidement épuisée.
L’Huître, une fois dans le bateau du pêcheur, ne peut pas être directement portée au marché. Elle aurait une saveur trop peu agréable pour les exigences du gastronome. Il est indispensable, si l’on veut donner à ce mollusque la saveur que le consommateur recherche, de le tenir préalablement renfermé, pendant un certain temps, dans de grands réservoirs, alimentés par l’eau de mer, c’est-à-dire dans des parcs. Toutes les personnes qui ont visité Dieppe, Ostende, etc., ont vu de ces parcs d’Huitres, qui occupent d’immenses espaces, sur certains points de nos rivages.
Les parcs d’Huîtres ne sont donc autre chose que des bassins creusés sur les bords de la mer, et dans lesquels peuvent pénétrer les eaux des grandes marées. On jette flans ces bassins les Huîtres recueillies par ta drague, et on les laisse s’y accroître en repos.
Cette pratique d’ailleurs est loin d'être nouvelle. Vers le septième siècle avant notre ère, un chevalier romain nommé Sergius Orata, homme riche, élégant, et qui jouissait d’un grand crédit, imagina d’organiser des parcs d’Huitres, et de mettre à
Kig. 11». Pèche des ht II te».
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lu mode ce mets délicat. 11 lit venir des Huîtres de Hrindes, les conserva dans les eaux salées du lac Lucrin (V Avenu des poètes), et sut persuader à tout le monde que les llullres contractaient, par leur séjour dans les eaux de ce lac, une saveur qui les rendait plus estimables que celles de toute autre contrée.
Les Romains prirent goût ainrlluftrcs du lac Lucrin. Le parc de Sergius acquit, en peu de/temps.une renommée qui servit à l'heureux inventeur à faire une fortune considérable.
C'est qu’en eiïel les Huîtres changent considérablement après quelque temps de séjour dans les parcs. Les nouvelles
Fig. III Drague employée pour la pèche aui Huîtres.
propriétés qu’elles acquièrent ajoutent beaucoup à leur valeur. Elles s'y dépouillent de l'odeur et du goût que leur communique, au sein de la mer, leur enveloppe de Polypiers, d’AIcyons et d’ Ascidies. Elles s’engraissent et se débarrassent du goût vaseux ou de l’eau saumâire qu’elles avaient puisée dans des lieux moins convenablement disposés.
L’eau du port d'Ostende, mêlée, dans des proportions convenables, avec l’eau douce de l’arrière-port, mélange qui sert i alimenter les bassins des parcs d’Huîtres, contribue singulièrement à l’amélioration de ces mollusques.
Tout le monde connaît, au moins de nom, les Huîtres vertes
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de Maronnes. La conservation, l’amélioration et le perfection nement de ces Huîtres, représente une industrie considérable. Pour en donner une idée, nous emprunterons nos renseignements à un très-remarquable ouvrage de M. Coste, de l'Institut, à son célèbre Voyayc d'exploration sur le littoral de la France et de l'Italie'.
Les parcs dans lesquels on dépose les Huîtres, à Marennes, pour leur faire acquérir la teinte verte qui les caractérise, sont des bassins établis çà cl là, sur les deux rives de la Seudre, sur une longueur de plusieurs lieues de plage. Ces parcs portent le nom de claires. Ils diffèrent des pares à Huîtres des autres pays par une circonstance particulière. Tandis que les parcs ordinaires sont submergés à chaque maree, les parcs de Marennes ne reçoivent l'eau de la mer renouvelée qu’aux éppques des nouvelles et pleines lunes, époques où les (lots sont pousses plus avant dans les terres que pendant les autres marées. Une submersion trop souvent répétée serait un obstacle au but qu'on se propose d’atteindre avec les Huîtres de Marennes.
Les claires ont 250 à 300 mètres carrés de superficie. Une écluse permet de régler à volonté l’entrée et la sortie de l’eau de mer, de la maintenir pondant l'intervalle des grandes marées, au niveau qui convient aux besoins de l'industrie, et de l’écouler entièrement, quand il faut nettoyer le réservoir, pour en paver le fond, et y placer les Huîtres nouvelles que l’on veut faire verdir.
Lorsque ces travaux de construction sont prêts, on profite de lu première grande marée pour remplir le réservoir. Quand les flots se retirent, l’écluse permet de retenir les eaux captives dans le bassin. Le séjour prolongé de cette eau de mer dans le bassin imprègne la terre d’un dépôt salé, qui lui donne des qualités analogues à celles des fonds marins, et la purge de tous les produits nuisibles qu’elle pouvait contenir.
Quand le bassin est resté ainsi plein d’eau de mer, pendant un temps convenable, et que le fond a été suffisamment imprégné, on le vide, on le laisse sécher et on l’aplanit, comme une allée de jardin ou comme une aire à blé. En cet