‹ La vie et les murs des animaux :Chapitre 34 sur 99 · Le Monde de la mer, page · texte numérisé non relu

Le Monde de la mer, page

vaporeuse substance, sur une grève inhospitalière, elles s’abandonnent sans danger, pendant leur vie entière, à l’agitation des flots. Les Baleines qui vivent autour des îles Hébrides, se nourrissent principalement de Méduses qui ont été transportées par les flots en essaims innombrables, des côtes du Mexique jusqu'à ces îles, situées à l’ouest de l'Écosse, dans notre Atlantique.

« La locomotion des Méduses, qui est fort lente, dit de Blainville, et qui dénote un assez faible degré d'énergie musculaire, paraït au contraire n'avoir pas de cesse, puisque étant d'une pesanteur spécifique plus considérable que l’eau dans laquelle ils sont immergés, ces animaux, si mous qu’il n’est pas probable qu’ils puissent se reposer sur un sol solide, ont besoin d'agir constamment-pour se soutenir dans le fluide qu'ils habitent. Aussi sont-ils dans un mouvement continuel de systole et de diastole. Spallanzani qui les a observés avec soin dans leurs mouvements, dit que ceux de translation sont exécutés par le rapprochement des bords de l’ombrelle de manière à ce que son diamètre diminue d’une manière sensible : par là une certaine quantité d’eau contenue dans le corps est chassée avec plusou moins de force et le corps est projeté en sens inverse; revenu par la cessation de la force musculaire à son premier état de développement, il se contracte de nouveau et fait un pas. Si le corps est perpendiculaire à l’horizon, cette succession de contractions et de dilatations le fait monter ; s’il est plus ou moins oblique, il avance plus ou moins horizontalement. Pour descendre, il suffit à l’animal de cesser ses mouvements ; sa pesanteur seule l’entraine. Jamais il ne se retourne , la convexité de l’ombrelle en bas. »

C’est par une série alternative de contractions et de dilatations de leur corps que les Méduses font de longs voyages à la surface des eaux. Ce double mouvement de contraction et d'amplification de leur charpente légère avait déjà été remarqué par les anciens, qui la comparaient aux mouvements de la poitrine de l’homme pendant la respiration. Aussi les anciens appellaient-ils les Méduses, Poumons marins.

Les Méduses habitent ordinairement la haute mer. Elles sont rarement solitaires. Le plus souvent elles voguent par bataillons considérables, sous les latitudes appropriées à leurs espèces. Pendant leur marche à la surface des eaux, elles dirigent en avant et un peu obliquement la partie convexe de leur corps, c’est-à-dire l’ombrelle. un obstacle les arrête, si un ennemi vient à les toucher, l’ombrelle se contracte, dimi-

nue de volume, les tentacules se replient, et l’animal craintif desçend dans les eaux profondes.

Les Méduses, avons-nous dit, constituent dans les mers arctiques un des principaux aliments des Baleines. Leurs troupes innombrables couvrent quelquefois plusieurs lieues carrées d’étendue. Elles se montrent et disparaissent parfois dans le même pays, à des époques déterminées, alternatives, qui dépendent sans doute des vents et des courants réglés qui les emportent ou les ramènent.

« Les barques qui traversent l’étang de Thau rencontrent, à certaines époques de l’année , dit Frédol, des colonies nombreuses d’une espèce de la taille d’un petit melon, presque transparente , blanchätre comme de l’eau troublée par un nuage d’anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour une collection flottante de bonnets grecs de mousseline !.»

Les Méduses sont pourvues d’une bouche, située habituellement au milieu du pédicule. Cette bouche est rarement oisive. De petits mollusques, de jeunes crustacés, des vers, forment leur nourriture ordinaire. Malgré leur petite taille, elles sont très-voraces. Elles happent leur proie tout d’une venue, sans la diviser, Si la proie résiste et se débat, la Méduse, qui l’a saisie par une partie du corps, tient bon, et sans faire elle-même un seul mouvement, attend que la fatigue ait épuisé et tué sa victime, qu’elle peut alors .avaler en toute sécurité.

Sous le rapport de la grosseur les Méduses varient beaucoup. Il en est de très-petites, tandis que d’autres atteignent jusqu’à plus d’un mètre de diamètre. Plusieurs espèces sont phosphorescentes pendant la nuit.

La plupart des Méduses provoquent une douleur très-vive, lorsqu'elles viennent à toucher le corps de l’homme. La sensation douloureuse qu'elles font éprouver par le contact est tellement générale dans ce groupe d'animaux, que ce caractère a longtemps présidé à leur dénomination. Jusqu'à ces derniers temps, en effet, ona désigné, avec Cuvier, tous les animaux du

Page 1