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GENRE CALMAR

Les Calmars étaient désignés par Aristote sous le nom de Teil, et par Pline sous celui de Loligo, qui est le nom scientifique actuel de ce genre de Céphalopodes.

Leur nom de Calmar (Calamar, en vieux français) est tiré de

leur ressemblance avec certaines sortes d’encriers, qui contiennent la plume (calamus) et l'encre.

Les pêcheurs de nos côtes les nomment Encornets, ce qui peut aussi se rapporter au nom ancien de l’écritoire (cornet). Oppien, qui attribuait des ailes à l’Argonaute, croyait aussi que le Calmar pouvait fendre les airs, pour échapper à ses ennemis. Cependant il était fort embarrassé pour en faire soit des oiseaux, soit des poissons.

Thémistocle, insultant les Érétriens, leur disait que, semblables aux Calmars, ils avaient une épée et pas de cœur.

Fig. 371. Calmar commun (Loligo vulgaris. Lamk.) avec sa plume, ou osselet interne.

Athénée, médecin grec, antérieur à Galien, s'étend sur les excellentes qualités alimentaires du Calmar.

On voit que ces animaux ont été bien observés par les anciens. . Communs dans les régions tempérées, les Calmars abondent dans les mers de la zone torride. Ils sont sociables, et vivent en troupes nombreuses. Leurs bandes suivent tous les ans la même direction. Leur migration est déterminée : elle va des régions tempérées aux régions chaudes, c’est le même itinéraire que suivent les Harengs et les Sardines.

Les Calmars nagent à reculons, avec une vélocité extrême, en refoulant l’eau par leur tube locomoteur. Leurs mouvements sont d'une telle promptitude, que souvent on les voit s’élancer comme untrait, du sein de l’eau, et venir échouer sur

les barques ou sur le rivage. Ils n’apparaissent que momentanément sur les côtes, et n’y séjournent guère que le temps de la ponte. |

Les œufs qu’ils déposent sur la plage, au-dessous ou au niveau des plus basses marées de l’année, sont gélatineux.

Les Calmars ont une forme bien plus allongée que les Seiches. Leur corps cylindrique se termine en pointe et porte deux nageoires latérales sur son tiers ou sur sa moitié inférieure. Leur tête estcourte, munie de deux gros yeux saillants. Leur bouche est entourée de dix bras, pourvus de ventouses, dont deux

Fig. 372. Loligo Gahi. (D'Orbigny.)

sont garnis de pédoncules et beaucoup plus longs que les autres.

L’os interne des Calmars diffère beaucoup de celui desSeiches. Il est mince, corné, très-allongé, transparent, et ressemble à une plume dont on aurait enlevé les barbes dans une partie de sa longueur.

Les Calmars fréquentent presque toutes les mers ; mais ils sont rares dans les régions froides.

La nourriture habituelle des Æncornets consiste principalement en poissons et en Mollusques. Les gros poissons et les Cétacés leur font une rude guerre. L'homme leur fait aussi la chasse. 11 les mange sur tout le littoral des mers. Le pêcheur s’en sert comme d’appât, surtout pour la pêche de la Morue.

Alcide d'Orbigny et Férussac, dans leur magnifique Monographie des Céphalopodes acétabulifères, ont décrit 22 espèces de Calmars, dont deux sont propres à la Méditerranée, 9 à l’océan Atlantique, 2 à la mer Rouge et 9 au Grand Océan. Nous représentons (fig. 371) le Calmar commun et (fig. 372) le Calmar ou Loligo Guhi.

Ce mollusque est blanc-bleuâtre, transparent partout, couvert de taches d’un rouge clair. Son osselet est lancéolé : celui du mâle allongé comme une plume ordinaire, celui de la femelle beaucoup plus large et plus obtus.

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans dire quelques mots des Bélemnites, céphalopodes fossiles, qui devaient être excessivement nombreux aux premiers temps de l'existence de la terre, car ils se rencontrent par milliers dans les terrains oolithique et crétacé.

De ces animaux antédiluviens, il ne reste qu’un osselet corné, en forme de spatule, élargi en avant, rétréci en arrière, et pourvu, latéralement, de deux petites expansions, en forme d'ailes, qui se réunissent postérieurement en une cavité conique. Au fond de cette cavité sont des cloisons transversales, qui séparent l’ensemble en un grand nombre de petites loges, percées latéralement d’un siphon. Cette partie postérieure, appelée alvéole, reçoit en dehors un os calcaire, conique, plus ou moins épais, quelquefois très-long. Ce petit os est ce ee les anciens géologues appelaient Bélemnite.

Cest ce simple fragment osseux d’un mollusque dont les parties charnues ont disparu, que l’on trouve dans les terrains oolithique et crétacé, et dont toutes les collections possèdent de nombreux échantillons. C’est ce qui a été appelé le rostre, par Alcide d'Orbigny, à qui l’on doit d'admirables études sur ces débris d'animaux de l’ancien monde.

CÉPHALOPODES TENTACULIFÈRES.

Au lieu de porter de simples ventouses ou suçoirs (acétabules) comme les Acétabulifères, ce dernier groupe de mollusques

est muni de véritables organes de préhension, c’est-à-dire de tentacules.

Les Céphalopodes tentaculifères diffèrent principalement des Céphalopodes acétabulifères, par leurs bras plus nombreux, tous tentaculifères, ne portant ni ventouses, ni cupules, et par leur coquille extérieure. Ils ne comprennent qu'une très-petite quantité d'espèces vivantes.

Ce groupe d’animaux, particuliers aux premiers âges de notre globe, s’est éteint peu à peu, dans la suite des temps géologiques, et ne présente de nos jours que de très-rares espèces, si on le compare au nombre prodigieux de ces êtres qui animaient les mers de l’ancien monde.

Le seul type actuellement vivant de l’ordre des Céphalopodes tentaculifères, c’est le Nautile, qui ressemble singulière ment, par la forme, à l’Argonaute.

La coquille de ce mollusque est une spirale régulière roulée sur le même plan, à tours contigus, le dernier enveloppant les autres. Elle est divisée, à l’intérieur, en loges nombreuses, formées par des cloisons transverses, concaves en avant, perforées vers leur centre, et formant une sorte d’entonnoir qui donne passage au siphon respiratoire.

Contenu dans la dernière loge de cette coquille, l'animal (fig. 373) est couvert d’un manteau, qui tapisse les parois de la loge. Quand il se contracte, il est protégé par une sorte de capuchon, triangulaire et charnu. Des tentacules nombreux, contractiles, et rentrant dans des gaînes, dont quelques-uns sont garnis d’un grand nombre de lamelles, entourent la tête, qui est d’ailleurs peu distincte du corps. Cette tête porte deux gros yeux, plantés sur un pédoncule.

Comme celles des Seiches et des Poulpes, la bouche est armée de mandibules, en façon de bec de Perroquet. Les branchies sont au nombre de quatre. Le cœur se compose d’un ventricule et d’une oreillette : le tube locomoteur est fendu sur toute sa longueur.

La coquille est sécrétée par les bords antérieurs du manteau de l'animal, tandis que son extrémité postérieure façonne les cloisons, qui indiquent les accroissements successifs de l’individu.

Le siphon qui traverse toutes les cloisons, reçoit et protége les ligaments à l’aide desquels le Céphalopode est retenu dans la dernière loge de la coquille.

Toutes ces particularités sont indiquées dans les figures 373 et 374.

Fig. 373. Nautile flambé. (Nautilus pompilius. Lin.) Coupe intérieure laissant voir la dernière loge où l'animal est fixé, ainsi que le siphon.

Les Nautiles habitent l’Océan Indien, les mers des îles Moluques. Quand ils veulent nager, leur tête et leurs tentacules

Fig. 374. Nautile flambé. (Nautilus pompilius. Lin.) Coupe intérieure laissant voir la dernière loge vide, et les cloisons donnant passage au siphon.

font saillie hors de la coquille. Pour marcher sur les rochers, ils se traînent, le corps en haut, la tête et les tentacules en bas. Ils se tiennent fréquemment aussi dans des cavités bourbeuses, fréquentées par les poissons.

On trouve ordinairement sur la mer beaucoup plus de co-

quilles vides de Nautiles que de coquilles habitées par l’ani- ‘mal. Il est probable que ce malheureux mollusque est trèsexposé à être dévoré par les crustacés ou autres carnassiers marins. C’est ce que semblent prouver les déchirures des bords de la plupart des coquilles de Nautiles que l’on rencontre vides de leur défunt propriétaire.

Le Nautile flambé (fig. 375) est si commun sur les côtes des îles Nicobar, que les habitants salent et fument sa chair, pour en faire des provisions. Sa coquille atteint jusqu'à huit pouces dans sa plus grande hauteur. Elle est à peu près ronde, lisse, flambée transversalement de roux dans sa partie postérieure, et entièrement blanche en avant.

Fig. 375. Coquille du Nautile flambé, (Nautilus pompilius. Lin.

Les tabletiers retirent de la coquille de ce mollusque une très-belle nacre. Les Orientaux en font des vases à boire, qui brillent d’un grand éclat, sur lesquels on grave des dessins et des figures. On taillait autrefois, en Europe, de semblables vases, qui ne se rencontraient que chez les grands seigneurs. Ils sont relégués aujourd’hui dans les cabinets de curiosités et chez les marchands d’antiquailles. On en voyait plusieurs et de fort beaux dans les armoires du curieux musée rétrospectif qui faisait partie de l'Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie, tenue à Paris en 1865.

Pour bien connaître le genre Nautile, il faudrait étudier les nombreuses espèces fossiles que renferment les terrains jurassiques, Comme nous ne considérons dans cet ouvrage que les

espèces vivantes, il nous suffira de mentionner en passant ces restes des créations anciennes aujourd hui supprimés par l’au-

teur de la nature.

Fig. 376. Lituites articulatus. (Sow.)

C'est pour ce motif que nous nous bornerons à signaler par leurs noms un certain nombre d’autres genres, et même de fa-

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Fig. 577. Fig. 378. Fig. 379.

Orthoceras striolatum. Orthoceras. Cyrtoceras macrostomum. (Meyer .) (Coupe intérieure.) (Haïl.)

milles qui, prodigieusement abondantes pendant les temps géologiques, en particulier dans l’époque secondaire, ne comptent plus aujourd'hui un seul représentant sur la terre. |

Tels étaient les Lituites (lig. 376), genres fossiles dont la coquille en spirale enroulée sur le même plan, présente des tours de spire contigus dans le jeune âge, et se projette ensuite en une ligne droite.

Les Orthocères (fig. 377 et 378), à coquille droite, allongée, conique , cloisonnée dans la plus grande partie de sa longueur, à cloisons percées d’un siphon central, sont également fossiles. On en connaît un grand nombre d'espèces dans les terrains silurien, dévonien, carbonifère et saliférien.

Les Cyrtlocères (fig. 379), à coquille plus ou moins arquée, à cloisons transverses obliques, à siphon continu, sont tous fossiles. On en connaît près de trente espèces dans les terrains silurien, dévonien et carbonifère.

Le groupe des Céphalopodes tentaculifères renferme tout une famille très-importante, aujourd’huicomplétement éteinte : nous voulons parler de la famille des Ammonitidés, qui comprend le genre si considérable des Ammonites, et divers autres types remarquables et caractéristiques de différents terrains géologiques. |

Les Ammonites, connues depuis longtemps sous les noms de Cornes d’Ammon, en raison de leur ressemblance grossière avec les cornes de Bélier qui ornaient l’extérieur des anciens temples de Jupiter Ammon, constituent un groupe très-nombreux en espèces. La figure 381 représente une coupe d’Ammonite prise ici pour exemple, l’'Ammonites Beaumontianus.

La coquille des Ammonites, disposée en spirale, régulièrement enroulée sur le même plan, à tours toujours continus, présentait une série de cloisons transverses, qui la divisaient en autant de logettes superposées. Au-dessus de la dernière loge était une assez grande cavité, où se tenait l'animal. Ces cloisons sont lobées et ramifiées à l'infini. Les sinuosités résultent de la grande complication des parties charnues ou lobes de l'extrémité du corps de ces animaux. Ces lobes servaient sans doute à l’animal à se cramponner dans sa coquille.

La coquille de lAmmonite présentait, en outre, un siphon continu, étroit et dorsal, qui faisait communiquer entre elles toutes les cloisons, et qui servait à la respiration de l'animal et à sa locomotion, selon le mode habituel de progression de

ces mollusques, Les figures 381, 382, donnent une coupe de deux espèces de ce genre si remarquable.

Nous donnons aussi, dans la figure 383, l’image d’une Ammonile restaurée, d’après les travaux des paléontologistes modernes.

Fig. 380. Ammonites Beaumontianus. (D'Orb.)

L'animal devait présenter assez d’analogie avec celui du Nautile.

On a décrit plus de cinq cents espèces d’Ammonites, qu’on

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Fig. 381," Ammonites mutabilis."(Sow.) Fig. 382. Ammonites obtusus. (Sow.)

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trouve dans les terrains oolithique et crétacé. Elles abondent surtout dans tous les étages du premier de ces terrains, depuis le lias jusqu'aux couches les plus supérieures.

Les dimensions des Ammonites variaient singulièrement.

Leur taille pouvait s'étendre depuis une ligne jusqu’au diamètre de 1 mèt. 25 centimètres. Certaines Ammonites du terrain crétacé atteignent cette dernière dimension. Il en est même de plus grandes encore. À Tours, on présenta à Buffon une Ammonite qui avait toute l'apparence d’une meule de moulin : elle était aussi grande qu’une roue de carrosse. L’Ammonites colubratus a deux mètres de diamètre, et les terrains crétacés du Danemark présentent de ces coquilles qui ont jusqu'à deux mètres et demi.

Malgré la taille prodigieuse qu’elles atteignent quelquefois,

Fig. 383 Ammonite restaurée,

ces coquilles sont minces comme une feuille de papier. Presque toujours, par suite de leur enfouissement multiséculaire, elles se sont détruites , et l’on ne retrouve plus dans les roches ou les sables que le moule de ces coquilles. Le terrain dans lequel elles sont enfouies, a changé profondément leur nature chimique. Les unes sont transformées en pyrites, et se montrent irisées des plus brillantes couleurs; d’autres sont devenues ferrugineuses, calcaires ou quartzeuses. Leurs cellules sont tantôt vides, tantôt tapissées de cristaux de carbonate de chaux.

Près des Ammonites se rangent d’autres genres également

fossiles. Tels sont les Goniatites, Clymènes, Criocères, Ancylocéres, Scaphites, Baculites.

Ce n’est pas ici le lieu de parler de ces êtres divers, dont l'espèce est éteinte, et qui ont disparu sans retour du domaine de la vie. On trouvera dans notre ouvrage la Terre avant le déluge les figures de ces coquilles, qui servent à caractériser divers étages géologiques,

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