‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 15 sur 29 · USAGE DES RELATIFS · texte numérisé non relu

USAGE DES RELATIFS

(Jui est souvent employé pour lequel. Ex.: Un pont sur qui l'on peut passer (I, 1). Les maux obstinez par qui... (II, Fur.). Un haubergeon de qui le tremblement... II, Art.). L'arbrisseau à qui... (II, Cap.), etc. — « Qui, au génitif, datif et ablatif, dit Vaugelas, ne s'attribue jamais qu'aux personnes. » Cette règle n'est observée ni par Corneille, ni par Molière, ni par aucun de nos grands écrivains. Ex.: Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe? (Corn. Sert.) Une de ces injures pour qui un honnête homme doit périr (Molière). Un prix à qui tout cède (Racine).

A l'inverse, du Bartas emploie lequel pour qui. Ex.: Oiseaux dignes de los, lesquels, ô Dieu, tu fis (I, 5). Il doit imiter l'or duquel la riche masse (I, 7). Cf« Molière: Ce raisonnement-ci lequel est le plus fort.

Quoi est mis pour ce que. Ex.: Quoy voj'ant, l'Eternel. . , (II, Bab.). Vaugelas (II, 464) dit: « Quuy pour ce que ne vaut rien. » Mais ce latinisme était encore usité de son temps.

(Jui équivaut quelquefois à si l'on. . . Ex.: Qui raseroit l'honneur dont son menton se frise Le prendroit aisément pour l'amie d'Anchise (^11, Troph.;. Cette tournure se retrouve souvent dans Cor-

neille et dans M'"^ de Sévigné. Ex.: Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre, Ce serait le plus sur (Gai. du Pal. 1069),

Du Bartas met souvent que au lieu de où, dans lequel. Ex. : Donne l'assaut En l'endroit qu'il remarque un évident défaut (II, Imp.). Au siècle que nous sommes (II, Artif.). Jusqu'à l'heure qu'il voit (Ibid.). L'air s'endort par tous les lieux qu'il glisse (II, Voc). Cette construction est très fréquente au XVIP siècle. Cf. Corneille : En l'état qu'est son sort et le mien (Att. 1434) ; Bossuet : Au moment que j'ouvre la bouche (Or. fun. Condé).

Lequel est quelquefois mis pour celui-ci sans égard à la liaison que ce relatif renferme implicitement. Ex. : Tous servoyent de parterre et deux de sacremens, Et desquels le premier (II, Ed.).

Dans les propositions coordonnées où l'usage moderne demande que le relatif soit répété devant le verbe de chaque proposition, du Bartas ne l'exprime généralement qu'une fois. Ex. : Un tempéré climat que la mignarde Flore Pare du bel esmail des printanières fleurs, Pomone orne de fruicts, Zéphyre emplit d'odeurs (II, Ed.). Cette construction se retrouve dans Corneille.

Le relatif qui exprimé d'abord en qualité de complément peut être sous entendu comme sujet dans une nouvelle proposition. Ex. : Ceux. . . dont la charmeuse bouche Les Susanes esbranle, et tousjours affamez Volent à tout gibier (II, Fur). Une tour que cent maçons .. sappent..., et par dehors roulant Tonnerreuse fait bresche (II, Troph.).

Le relatif est parfois remplacé dans la deuxième proposition par un démonstratif : Ex. : Deux messagers célestes Que Loth quasi contraint d'aller chez soy loger. Et les croyant mortels. . . (II, Voc). Dom Jean, Dont le ciel a voulu faire monstre à la terre Et puis l'a retiré. . . (Lép.). Ces monts que tu nommes à tort la honte de la terre. Et crois que l'Eternel, ô profane fureur. Les forma par malice (II, C'°^). C'est là une construction toute latine. On la retrouve d'ailleurs au XVIP siècle. Ex. : Le druide Adamas, à qui les bergères du Lignou allaient conter leurs infortunes, et en recevaient. . . (Sévigné).

Du Bartas dit : Je ne suis un démon qui viens (II, Voc). Dans cet exemple l'accord remonte jusqu'au sujet de la proposition principale. C'est ainsi que Corneille a écrit : Je suis ce fâcheux qui

nuis par ma présence. . (Ment. 1069). On trouve encore, comme dans Bossuet : Je suis celuv qui suis. Mais ailleurs : Je suis cil qu'il seul est (Jud., 2j.

USAGE DES LNTERROQATIFS.

Qui est mis quelquefois pour qu'est-ce qui ? Ex. : Qui cause ta vergogne ? (II, Imp.). Qui rabat plus l'orgueil des âmes curieuses? fUran). Cet emploi de qui est très fréquent au XYIP siècle; Corneille dit : Alcippe, qu'avez-vous ? Qui vous fait soupirer ? (Ment. 471). La Fontaine : Qui fait l'oiseau ? c'est le plumage.

Que s'emploie à la place de quoi. Ex. : Ne trouve que reprendre (Jud. 4). On dit encore dans l'usage moderne : Je ne sais que faire.

Du Bartas met quel pour lequel. Un vent je ne sçaj quel (II. Fur.). Et parmi tant de biens il ne sçait quel eslire (II, Magn.). Cf. Corneille : Quels de vos diamants me faut-il lui porter? (S. du Ment., 558).

L'interrogation indirecte qui ou « qui forme une locution elliptique dont on trouve de nombreux exemples : Ils font à qui forgera (II, Fur.) Et leur bruyante rage Fait à l'envi qui plus portera de dommage (Jud. 5). Cf. Corneille : S'empresser ardemment A qui dévorerait ce règne d'un moment.

Qui répété, au lieu de l'un, l'autre, est très fréquent. Vaugelas condamne cete locution. Mais, sans compter Corneille, qui a supprimé les deux passages de Clitandre où il l'avait employée, Molière en use plusieurs fois; l'Académie française l'admet encore dans la poésie familière.

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