IV. — l'influence de l'astrée
Influence sur les mœurs ; sur les relations de société ; le cercle de Mlle de Montpensier. — Sur l'art. — Sur la littérature en général. — En particulier sur le roman . — Et plus encore sur le théâtre : 5 5 pièces tirées ou imitées de VAstrée.
Notice bibliographique sur le théâtre de V " Astrée ».
On peut discuter le mérite de VAstrée, l'estime ne s'impose à personne. Après une incomparable fortune, suivie d'une longue période de discrédit, la critique de notre temps l'a replacée à un rang très honorable, pas très loin des chefsd'œuvre. Mais quelque opinion qu'on ait sur VAstrée considérée comme ouvrage d'art, les faits obligent à reconnaître qu'elle a eu, sur la société et sur les lettres, une influence que peu de livres ont exercée. Et par cela seul, tout jugement mis à part sur sa valeur littéraire, elle méritera toujours d'être traitée avec cette considération qu'on doit à ce qui a été une grande force.
Ce roman a été accusé de prêcher une morale vicieuse, non seulement par les " dévots de cloistre (1) », mais quelquefois par ceux mêmes qui l'ont tenue en haute estime, tels que Boileau, Perrault et les solitaires de Port-Royal (2).
(i) Baro, avertissement au lecteur de la IV partie de VAstrée. — Dans la Maison des jeux, Herpinie croirait faire un péché mortel si elle lisait VAstrée; « Alizon la sucrée » , dans une ballade de La Fontaine, voudrait bien que a de Messire Honoré l'histoire fût brûlée ». Le P. Porée a fait une charge vigoureuse contre VAstrée et autres romans {De Libris qui vulgo dicuntur Romanenses, Paris, 1736, in-4°).
(2) D'après les Mémoires du P. Rapin (Paris, 186$, 3 vol. in-S", t. III,
On rencontre en effet dans VAstrée, quoique en petit nombre, des passages assez libres, et les maximes d'Hylas ne sont pas trop chrétiennes. La vie molle et oisive de ces bergers tout entiers à leurs amours, si purs que soient leurs cœurs et si retenues que soient leurs actions, n'est pas d'un salutaire exemple, surtout pour la jeunesse, à laquelle il faut présenter le devoir sous une forme plus sévère. Ce n'est donc pas sans raison que les mères défendaient à leurs filles la lecture de VAstrée, bien que le pieux Camus, évêque de Belley, qui écrivit des contes édifiants tout exprès pour lutter contre les romans d'amour, reconniJt que VAstrée " est possible l'un des plus honnestes et des plus chastes qui se voyent (1) ».
Si on prend la morale dans un sens moins étroit et un peu plus mondain, l'action de VAstrée a été certainement bienfaifaisante. Gardons-nous pourtant de l'exagérer et de croire qu'un roman ait pu très efficacement contribuer au progrès des mœurs. Une discipline sociale généralement plus ferme, et surtout un sens chrétien plus sérieux et plus profond, renouvelé par une réforme qui s'étendit à toute l'Eglise de France, ont été des agents de transformation tout autrement puissants.
Mais il n'en est pas moins vrai que la forte génération qui arriva à la vie active vers 1660 a été formée, de quelque manière, à l'école de VAstrée; et il ne se peut pas qu'un livre qui a été à ce point lu, goûté et admiré par les meilleurs esprits, n'ait pas aidé à ce progrès, en présentant aux classes éclairées un idéal supérieur.
La société française, telle qu'Honoré d'Urfé la trouva aux environs de l'an 1605, était encore, en son ensemble, brutale de ton, corrompue de mœurs, peu différente de ce que l'avait faite la licence des guerres civiles; le roi et son entourage donnaient l'exemple d'un grossier libertinage.
Survint VAstrée. Enveloppant ses leçons d'une urbanité et d'une politesse exquises, elle offrit à la France le Bréviaire de l'honneste amitié, enseigna le respect délicat de la femme, l'amour noble et vertueux. En fixant des aspirations confuses vers une conception plus raffinée de la vie, Urfé devint, à certains égards, l'interprète d'abord, le directeur ensuite des sentiments publics.
p. 346), les hommes de Port-Royal regardaient Urfé comme un de leurs amis. Cf. Racine, Lettre à l'auteur des hérésies imaginaires, (1) Esprit de B. François de Sales, t. VI, p. 1 19.
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Sans doute il s'élevait trop haut avec le platonisme extrasensible de Sylvandre ou le mysticisme dévotieux de Céladon; mais ces excès de subtilité étaient corrigés par Hylas, qui toujours arrive à point pour jeter au milieu de cette métaphysique et de cette liturgie d'amour la note bien française (1). En somme, VAstrée fut une école d'honnêteté aimable : " Si la vertu, disait un auteur du temps, est sy aspre, fascheuse et rustique, qui ne cessera de blasmer ces esprits nez à la gentillesse, qui s'employent à la pare de leurs agréables inventions, pour la faire chérir par les hommes (2). ,,
Honoré d'Urfé apprenait par surcroît l'élégance dans les relations sociales, l'art de causer courtoisement et finement. Ce sont des gens parfaitement corrects que ces bergers du Forez, ou plutôt ces gentilshommes et ces dames qui ont pris pour leur plaisir le costume pastoral. A leur fréquentation se forma une certaine idée de politesse légèrement maniérée, mais qui préludait à la véritable urbanité. On ne peut oublier VAstrée dans l'histoire de la conversation et des mœurs polies en France.
Cette influence du roman sur le commerce de société est beaucoup plus facile à saisir que son influence sur le progrès des mœurs, car il suffit de parcourir la littérature, pour voir à quel point VAstrée a pénétré dans les idées et dans les habitudes (3). Les conversations, les livres, les modes mêmes — car il y a des jarretières Céladon qui un moment ont fait fureur (4) -- tout, plus ou moins, s'inspire des souvenirs de
(i) La Fontaine remarque avec raison, dans Psyché, qu'Hylas est un personnage plus nécessaire que douze Céladons.
(2) Tombeau des Romans, Paris, 1626, in-S", p. 57.
(3) Nous re pouvons produire ici cju'unbien petit nombre de témoignages ; on en trouvera d'autres dans le chapitre suivant. — A l'étranger, l'influence sociale de VAstrée fut très sensible aussi, et ce roman n'a pas peu aidé à la diffusion de notre langue.
(4) SOREL, Hîst. comique de Francien; D'AUBIGNÉ, Aventures du baron de Fœneste. — Sur les couleurs à la mode vers 1636, ou qui avaient depuis peu cessé de l'être, citons ce piquant passage de Mareschal, Railleries de la Cour, acte I, se. II :
A cause du faux jour et d'un volet fermé, Je pensois que ce nœuf fust de Diable enrumé. Je suis d'avecque vous pour VEspagnol malade : La couleur en est morne, insensible et trop fade. Astrée a fait son temps, Céladon est baissé ; Vous estes aujourd'huy dessus VAmant blessé.
VAstrée. Noirmoutier, en pleine Fronde, entrant dans la chambre de Mme de Longueville qu'il trouve pleine de cuirasses et de dames en écharpe bleue, pense de suite au siège de Marcilly (1).
On lit VAstrée partout, à la cour, à l'hôtel de Rambouillet, dans les ruelles des Précieuses, chez Mme de La Fayette et Mme de Sévigné, dans les villes de province et dans les châteaux. On la lit jusque dans les collèges, oii elle est frauduleusement apportée par les externes. Chez le cardinal de Retz, on s'amuse à s'écrire des questions sur VAstrée, par exemple à quelle main est le couvent des vierges de Bonlieu au sortir du Pont de la Bouteresse, et qui répond mal paie pour amende une paire de gants de frangipane. D'Ecquevilly prit un parti plus sûr; il alla lire VAstrée dans le pays même de M. d'Urfé (2).
Si on me dit qu'on avait donc alors bien des heures à perdre, je répondrai que ces menus délassements de la conversation valaient bien les vides commérages de nos soirées; qu'ils ne faisaient aucun tort aux affaires sérieuses; que chez la marquise de Sévigné, après avoir plaisamment demandé des nouvelles de Dorinde, on savait aussi parler de sujets plus graves, et que l'histoire de Laonice et de Tyrcis n'empêchait pas du tout de trembler aux sermons du Père Bourdaloue.
Les compagnies n'étaient pas rares oii, comme à V Académie des Parfaits amants, on prenait les noms et quelquefois les habits des héros de VAstrée (3). De grandes dames étaient représentées en costume de bergères (4). Dans le parc de Rambouillet, au détour d'une allée, les promeneurs arrivent à de grands rochers entremêlés d'arbres, et trouvent, assises sur ces rochers, des jeunes filles travesties en nymphes, " qui faisoient le spectacle le plus agréable du monde (5). „ N'est-ce pas comme une vision ouverte sur les jardins du palais d'Isoure ?
(i) Mémoires du. cardinal de Retz, éd. Feillet, II, 170.
(2) Tallemant des RÉAUX, Historiettes, éd. Monmerqué, t. V, p. 181.
(3) SOREL, Berger extravagant; Le Pays, Amitiez, Amours et Amourettes; etc.
(4) Les vrais pourtraicts de quelgues-unes des grandes dames de la Chrestienté, déguisées en bergières, Amsterdam, 1640, in-4", obi. — D'après Tallemant (t. II, p. 183), le sage archevêque de Lyon, Richelieu, se serait lui-même déguisé, en berger.
(5) Tallemant, Historiettes ^ t. II, p. 489. Cf. les Lettres de Voiture (lettre du 2 mars 1627).
La société de Mlle de Montpensier et de ses amis au château de Saint-Fargeau est une des mieux connues du milieu du siècle; il n'y en a point où les souvenirs de VAstrée reviennent plus souvent, où soit plus sensible l'influence du roman sur les idées, le tour d'esprit et les entretiens. Dans la Relation de l'Isle Imaginaire (1), la Grande Mademoiselle suppose qu'un chasseur, battant les fourrés de la forêt de Livri, rencontre une bergère. Il croit voir Astrée, se résout à être son Céladon et s'habille en berger, et ils s'en vont ensemble visiter la Fontaine de vérité d'amour. A cette grande dame, désabusée des folies de la Fronde et fatiguée d'intrigues, la vie pastorale aurait paru en effet le suprême bonheur; elle trace à Mme de Motteville le plan d'une sorte d'Arcadie où il lui semble qu'elle aimerait à fixer son rêve d'apaisement : " Je voudrois qu'on allât garder les troupeaux de moutons dans nos belles prairies, qu'on eût des houlettes et des cappelines, qu'on dînât sur l'herbe verte de mets rustiques et convenables aux bergers, et qu'on imitât quelquefois ce qu'on a lu dans VAstrée, sans toutefois faire l'amour; car cela ne me plaît point, en quelque habit que ce soit (2).
Les portraits étaient en grande vogue. On doit compter entre les meilleurs ceux qui furent composés par Mlle de Montpensier et sa petite cour (3). Là encore reparaissent à chaque instant les souvenirs de VAstrée. Les personnages portent des noms popularisés par le roman, Lindamor, Philis, Silvanire. Le chevalier de Béthume avoue qu'il a été un Hylas pour la légèreté, mais qu'à cette heure il serait un Cyrus pour la fidélité. On se représente Cloris " comme la princesse Galatée, lorsqu'elle alloit en déshabillé à la Fontaine de la vérité d'amour,. n'estant accompagné que du petit Méril. „ Le roi, dans toute la bonne grâce de sa jeunesse, est peint sous les traits du berger Tirsis, et aussi aimable que ceux qui habitent les bords du Lignon. Le 30 novembre 1658, pendant le séjour de la cour à Lyon, Mademoiselle trace le portrait de Mme de Thianges. Elle pense descendre de Rosanire, fille de Polycandre, roi des Pietés, qui parfois avait la fantaisie de s'ha-
(1) Sans lieu, 16(9, in-8" (en collaboration avec Segrais). {2) Mémoires, édit. d'Amsterdam, 1735, 8 vol. in-12, t. VII, p. 124 (lettre du 14 mai 1660).
{]) Divers portraits^ 1659, in-4°.
28o LA VIE ET LES ŒUVRES D'HONORÉ D'URFÉ
biller en bergère avec Galathée, et de se mêler aux ébats des pastourelles du Forez.
Avec cette demi-préciosité pour lors à la mode, et qui est si apparente dans les Mémoires de Fléchier sur les Grands Jours d'Auvergne, Segrais a décrit les divertissements de la princesse Aurélie en son château des Six-Tours (1) : Aurélie, c'est Mlle de Montpensier; le château des Six-Tours, c'est Saint- Fargeau. La princesse est visitée par des dames de beaucoup de mérite, " l'agréable Gélonide, l'aymable Aplanice, la spirituelle Silérite et l'incomparable Uralie „ !
Le bal, la comédie, la promenade, la conversation, la lecture remplissent honnêtement les journées. Pendant une excursion aux environs, une des promeneuses dit que le pays est si beau, qu'il pourrait bien être celui d'Astrée. Cette réflexion amène l'entretien sur les romans : " Les beaux romans, dit Aurélie, quoy qu'on en veuille dire, ne sont pas sans instruction, principalement depuis qu'on y mesle l'histoire... Qu'y a-t-il de mieux fait, de plus touchant et de plus naturel que les belles imaginations de VAstrée? On en peuton voir de plus extraordinaires et de mieux écrites que dans le Polexandre? Mesme le pont de la Bouteresse, pour estre un peu plus éloigné, me semble estre bien plus propre à produire des avantures que le pont de S. Cloud ou celuy de Charenton. „ Et la conversation continue, longtemps encore, sur les romans et les héros de romans.
Chacune de ces dames régale la compagnie de sa nouvelle. Dans la troisième, contée par Gélonide, il est question de deux amoureux, Lucrèce et Orton, qui emploient pour s'écrire les ruses de VAstrée. Oiton " mettoit en pratique toutes celles qui se trouvent dans les romans, jusques au feutre radoubé de Céladon et jusques au saule creux, dont Astrée et luy avoient fait leur confident. Comme elle demeuroit dans le faux-bourg Saint Germain et qu'elle alloit souvent se promener au Luxembourg, il y avoit un ormeau creux que l'un et l'autre avoient remarqué, et qu'ils faisoient servir au mesme usage qu'Astrée et luy faisoient servir leur saule (2). ,/
(i) Les Nouvelles françoises, ou les Divertissemens de la Princesse Aurélie, Paris, 1657, 2 vol. petit in-8", — Nous parlerons plus loin de YAthis de Segrais.
(2) Dans l'épilogue de la première nouvelle, Aurélie fait allusion aux pro-
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Je me suis arrêté avec plaisir sur la société de la Grande Mademoiselle, parce que cette fois, par exception, nous avons des documents littéraires nombreux et précis, qui nous permettent de voir comment VAstrée s'empare d'un groupe d'esprits distingués, et lui imprime un certain pli. Mais, sans aucun doute, il a existé bien d'autres réunions mondaines à peu près sur le même modèle, où VAstrée suggère des manières de penser et de sentir, des sujets d'entretien, et où on revit quelque peu, dans une vie moite réelle et moitié idéale, les scènes du roman.
VAstrée a donc exercé, sur les mœurs et plus encore sur les relations de société et l'esprit de conversation, une influence qu'on ne peut méconnaître. Au contraire son action sur l'art semble se réduire à peu de chose. Elle fut même probablement nulle sur ce qu'alors on aurait appelé l'art noble, ou l'art tout court, la peinture et la sculpture. De 1610 à 1660, du moins d'après un très bon juge, pas un seul des sujets traités par les artistes ne vient de VAstrée, pas plus du reste que des autres romans et d'aucune œuvre littéraire de l'époque (2); l'art reste fermé à cette source d'inspiration. Quand on nous parle des motifs que le Poussin ou Watteau, par exemple, auraient tirés de VAstrée, parce qu'il y a des bergers dans VArcadie, des tableaux rustiques dans les Délassements champêtres, on oublie que VAstrée ne résume pas, tant sans faut, toute la tradition pastorale, que ce thème est vieux comme le monde, et qu'une œuvre ne descend pas de VAstrée par cette seule raison qu'on y voit des bergers (3).
Mais des scènes de VAstrée ont été peintes sur de vieilles
ces et jugements d'amour de VAstrée. — Selon Mario Proth {Au pays de l'Astrée, p'. 177), un intendant de Mlle de Montpensier « fut dépêché par elle en la province du Forez pour s'assurer qu'Honoré n'en avait point surfait les charmes. L'intendant s'attarda si bien dans son examen, que la pauvre Mademoiselle mourut en espérant son rapport. » Tout cela n'est guère vraisemblable.
(2) Lemonnier, l'Art français au temps de Richelieu et de Mazarîn, Paris, 1893, in- 16. — Gui DE LA Grye (Chantelauze), dans ses Portraits d'auteurs foréziens (Lyon, 1862, in-S"), dit qu'une chambre du prieuré de Marcilly en Forez était décorée de peintures murales représentant des scènes de VAstrée. En admettant que le fait soit bien établi, il aurait peu d'importance.
(3) a Pourquoi toujours des bergers? dit M. Jourdain; on ne voit que cela partout. »
faïences, probablement par les céramistes de Nevers. Une grande tapisserie en dix pièces de la fabrique d'Aubusson, exécutée en 1643, figure les principaux épisodes de \ Histoire de VAstrée (1), depuis la chute de l'infortuné Céladon dans l'onde bleue du Lignon. Cette tapisserie est sans doute celle que G. Sand a décrite dans les Beaux Messieurs de Bois-Doré.
Sur la littérature, l'influence de VAstrée a été très grande, peut-être dominante pendant vingt-cinq ans, et par elle tout un mouvement littéraire a été orienté vers d'autres voies. A peine est-il nécessaire de le prouver, après ce qui a été dit de son action sur la société; car ceux qui lisent le roman d'Urfé avec délices, qni se pénètrent de ses idées, et d'une certaine manière le font passer dans leur vie, sont aussi ceux qui écrivent ou pour qui l'on écrit. Comment donc une œuvre qui était un thème inépuisable de conversations et qui était ainsi entrée dans les mœurs, n'aurait-elle pas marqué la littérature de son empreinte?
Urfé, un des premiers, apprit à écrire dans une langue que nous ne trouvons plus parfaite, mais qui alors parut un modèle de simplicité élégante, de naturel et de limpidité. UAstrée fut une leçon du beau langage aussi bien que d'amour honnête, et cette leçon ne fut pas perdue. Urfé est même invoqué comme une autorité par des hommes aussi éloignés que possible de son idéalisme, entre autres par le traducteur du Gueux, qui déclare avoir dressé sa façon d'écrire sur l'usage et les auteurs les mieux reçus, parmi lesquels il nomme seulement le président du Vair et M. d'Urfé.
VAstrée alimente en abondance la littérature de sentiments, de développements, de variations. C'est par douzaines qu'il faudrait citer des pièces telles que la Mort de Sylvandre du Forézien Palerne, VOde à Alcippe de Maynard, le Trespas de Philandre du sieur d'Audignier, la Lettre de la Nymphe Galathée à l'inconstant Hy las, etc. Huet nous apprend qu'un de ses régents avait pris dans VAstrée tout ce qu'il croyait pouvoir servir à l'embellissement d'un poème épique qui depuis parut avec succès (2).
(i) PÉRATHON, Histoire d'Aubusson, Limoges, 1887, in-8^ — A vrai dire, nous n'avons encore que des vues incomplètes sur l'influence de VAstrée dans les arts, et nous recevrions, avec une particulière reconnaissance, les renseignements exacts et précis qu'on voudrait bien nous communiquer.
(2) Lettre à Mlle de Scudéry. Ce poème épique est le Constantinus, sive
Cette littérature est morte, il est vrai. Montons un peu plus haut. L'influence de VAstrée sur Fléchier ne semble pas douteuse. Je veux dire Fléchier à ses débuts, continuant l'école de Louis XIII, rimant une élégie sur le mariage de M. de Caumartin, et mettant en tête des Mémoires une nouvelle qu'on prendrait pour un épisode du Cyrus ou de XAstrée,
Le cercle de Mlle de Montpensier, comme on l'a vu, et les ouvrages qui en sont sortis ne s'expliqueraient pas, si on négligeait VAstrée. Segrais en particulier, secrétaire des commandements de la Grande Mademoiselle, et dont la fonction est de polir ses oeuvres, est bien « un fils intellectuel d'Honoré d'Urfé; il est né de VAstrée, ou au moins il y a été élevé (1) ». Plus tard Segrais s'émancipera de cette tutelle; mais vers 1660, il est encore tout aux impressions que lui a laissées VAstrée, Son Athis est une petite Astrée en vers, et lui-même nous en avertit loyalement dans l'avis au lecteur. Il a tâché de faire en vers à peu près ce que le marquis d'Urfé a fait en prose; comme lui, il a voulu honorer le lieu de sa naissance en y situant l'intrigue de son poème; les noms de bergers et de nymphes sont pris à la manière du roman de M. d'Urfé. L'épisode de la Guigne est une évidente imitation de celui de la Sorgue dans le troisième volume de VAstrée.
Si nous nous élevons encore, jusqu'à ces écrivains que nous avons l'habitude d'appeler les grands classiques, les résultats de notre examen seront plus incertains, excepté pour Mme de Sévigné et son groupe littéraire, et pour La Fontaine, grand lecteur de VAstrée, qui a contribué beaucoup à la formation de son esprit, qu'il n'a jamais perdue de vue, et dont les souvenirs lui reviennent souvent.
Mais.n'a-t-on pas été jusqu'à prononcer le nom de Bossuet? Nous ne croyons pas que le moraliste chrétien qui avait un si superbe mépris de « ces froides et dangereuses fictions », ait
Idololatria debellata, du Père Mambrun (Paris, 1658, in-4°). On y remarque en effet quelques ressemblances avec VAstrée, mais elles sont peu sensibles. — Le manuscrit français 12495 ^^ ^^ Bibliothèque nationale contient un long poème intitulé : Le sa^e conseil d'Hilas à Llndame et à Polémas, sur lequel nous appelons l'attention des chercheurs de curiosités littéraires. Voir aussi, dans le mscrit français 922$, f. 193 : Plaintes de Ligdamon sur l'absence de Sylvie.
(i) Faguet, Segrais {Revue des cours, 5'' année, p. 52). Cf. BrÉDIF, Segrais, Paris, 1863, in-8°.
jamais, si ce n'est peut-être en sa toute première jeunesse, donné la moindre attention à VAstrée. Ne parlons pas non plus de Molière, bien qu'il ait écrit pour le théâtre des divertissements pastoraux, et que Don Juan soit un Hylas perverti. L'influence de VAstrée sur Fénelon, Corneille et Racine est bien plus vraisemblable. Entre Urfé et Fénélon, on peut reconnaître quelque parenté. Corneille avait lu VAstrée, ainsi qu'on le voit par la Suite du Menteur. La lutte du devoir et de la passion, qui est comme la substance de la grande tragédie cornélienne, a des antécédents dans plusieurs épisodes du roman d'Urfé. Mais on peut surtout admettre que Racine, qui avait VAstrée dans sa bibliothèque (1), doit en partie à Urfé ces fines analyses de la passion, le langage raisonneur de ses amoureux, et cette fadeur sentimentale de quelques-uns de ses héros, que lui reprochait l'auteur de V Apollon charlatan :
Chacun par ce doux suc se sentist attendrir,
Et de leurs yeux mourans il coula tant de larmes,
Qu'on crut qu'ils en alloient mourir.
L'effet s'en répandit aux champs et dans la ville, Où les héros changez en amoureux transis,
Au lieu d'Alexandre et d'Achille,
Furent Céladon et Tirsis.
Cependant ce sont là des influences qu'on soupçonne, qui sont même très probables, plutôt qu'on ne peut positivement les établir. Mais en tout cas, en dehors des inspirations directes que les écrivains du dix-septième siècle ont puisées ou peuvent avoir puisées dans VAstrée, il faut tenir compte d'une action éloignée, souvent ignorée de celui qui la subit, et qui résulte des idées et des sentiments mis en circulation par le livre longtemps aimé.
En ce sens, VAstrée a sûrement agi sur la littérature de dçux ou trois générations, sans doute encore sur le dix-huitième siècle, et un peu sur le dix-neuvième. Seulement qu'on ne nous demande pas des conclusions trop arrêtées; car je ne sais pas au juste si, comme on l'a dit, il y a de l'Honoré d'Urfé dans Lesage, Prévost (2), Marivaux, Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, George Sand. Mais qui mesurera
(i) Revue d'hist. littér, de la France, 5* année, p. 169. (2) On sait du moins (|u'il aimait VAstrée, « composé enchanté d'intrigues intéressantes et de situations lieureuses i .
les répercussions lointaines de certaines formes d'esprit déposées dans la race, et se propageant mystérieusement à travers le temps? 11 est possible que des livres qui, à un moment donné, ont plié l'esprit français à une direction déterminée, quand même ils cesseraient tout à fait d'être lus, prolongent très longtemps leur action, par un obscur enchaînement d'effets.
Nous avons provisoirement laissé de côté le roman, la pastorale dramatique et la tragi-comédie, sur lesquels, pendant quarante ans, l'influence de VAstrée a été plus immédiate et plus étendue.
La production romanesque du dix-septième siècle, avant et après VAstrée, est énorme. Il s'écrit des romans pour tous les goûts : d'amour, de chevalerie, d'aventures, de mœurs, romans à clef, romans historiques, tragiques, réalistes, comiques, burlesques, romans édifiants. La plupart restent en dehors du mouvement imprimé par VAstrée, ou même vont à l'encontre de ce mouvement. Cependant il n'est pas rare de trouver, dans les romans les plus étrangers à son influence directe, tels que le Page disgracié, le Roman bourgeois, le Roman comique, V Histoire de Francion, des épisodes qui les rattachent encore à VAstrée.
Entre ceux qui visiblement se recommandent de VAstrée, je n'en citerai qu'un petit nombre, à titre d'exemples. Un des premiers en date est le recueil des Histoires tragiques de François de Rosset (1619). L'auteur raconte des événements réels ou qu'il donne pour réels; mais ses histoires, mêlées de lettres, de sonnets, de stances, ressemblent étonnamment à certaines pages de VAstrée. Les noms mêmes des personnages, qui s'appellent Lycidas, Silvie, Adraste, etc., viennent souvent en droite ligne du livre d'Honoré d'Urfé. C'est une application des procédés du roman à des aventures récentes.
La Carithée&ç: Le Roy deGomberville (1621), dédiée « aux belles et vertueuses bergères et aux généreux et parfaits bergers n, est une adaptation plus avouée de VAstrée. Le berger Cérinthe et la bergère Carithée rappellent d'assez près Céladon et Astrée. Gomberville a pris soin de vous faire savoir que, sous ces noms d'emprunt, il faut voir le roi Charles IX et une dame de sa cour déjà célébrée par Ronsard; ces allusions
historiques sont une ressemblance de plus entre son roman et celui d'Honoré d'Urfé.
La Polyxène de François de Molière (1623), qui eut les honneurs d'une Suite et d'une Vraie suite, nous paraît être comme un complément de l'histoire de Daphnide au troisième volume de VAstrée, imprimé depuis quatre ans, ou, en tout cas, s'inspirer de l'œuvre d'Urfé. Ces imitations se sont soutenues fort longtemps, jusqu'à une époque on le public était déjà refroidi de son culte pour VAstrée. En 1667, Du Perret publie sa Cour d'amour. Dans l'avertissement, il se donne des airs de faire la leçon à M. d'Urfé. Il n'a pas, lui, la présomption de penser qu'il rendra illustre le lieu de sa naissance, en y plaçant les scènes de son roman, et il s'abstiendra de mêler des guerres à son récit. Mais ces petites critiques ne l'empêchent pas d'ailleurs de marcher résolument sur les traces de VAstrée, comme on en jugera, au premier coup d'œil, par le commencement de son livre : " Au pied de hauts rochers, les eaux vives de diverses rivières se précipitent toutes ensemble pour former l'agréable rivière de Veaune. Tout contribue à embellir le fertile vallon qu'elle arrose. C'estoit dans cette admirable contrée que plusieurs personnes de qualité vivoient dans une société non moins douce qu'innocente. Le nom de bergers qu'ils affectoient de porter ne les obligeoit de suivre leurs troupeaux que par divertissement, etc. » On reconnaît les bergers de VAstrée, hommes et dames du monde en villégiature (1).
L'action de VAstrée sur les romans à longs développements qui passionnèrent le milieu et la fin du siècle est plus difficile à marquer par des traits précis, bien qu'elle soit manifeste (2).
(i) VAstrée suscita de singulières vocations au roman, qui heureusernent ne tinrent pas. Huet, vers l'âge de vingt-cinq ans, ayant lu VAstrée, écrivit un roman dont les héros étaient lui-même et les personnes de son entourage. Le janséniste forézien Duguet lut aussi VAstrée dans sa jeunesse, et se mit à faire son petit roman, oii il racontait l'histoire de quelques familles de Montbrison. — Rappelons, à ce propos, qu'Honoré d'Urfé encouragea Camus à écrire des romans pieux.
(2) Rappelons seulement, pour fixer les idées, quelques noms et quelques dates. Marin Le Roy de Gomberville, Polexandre, édit. définitive, 1637, j vol. — Costes DELA CalprenÈDE, Cassandre, 1642-1650, 10 vol.; Cléopâtre, 1647-1658, 12 vol.; Faramond, 1661-1670, 12 vol. (les cinq derniers volumes ne sont pas de la Calprenède). — Madeleine DE SCUDÉRY, Abrahim, ou l'Illustre Bassa, 1641, 4 vol. ; Àrlamène, ou le Grand Cyrus,
Ces œuvres immenses, aujourd'hui plus délaissées encore que VAstrée, ne sont pas sans mérite, et ont chacune leur caractère original : le Polexandre de G mberville avec une intrigue habilement nouée, des inventions personnelles, des tableaux assez vrais du Mexique. Les romans de La Calprenède plus vivants, des caractères fiers, des sentiments généreux, de magnifiques coups d'épée à la gasconne. Ceux de Mlle de Scudéry plus humains, plus tendres, plus subtils, touchant, dans leurs interminables conversations, à des questions d'un haut intérêt moral et social.
Ces romans renoncent à la fiction pastorale adoptée par Honoré d'Urfé, et aucun n'est, à proprement parler, une imitation de VAstrée. Mais tous, à des degrés divers, lui ressemblent comme les images lointaines d'un type consacré par l'admiration et qu'on a devant les yeux. Partout la même abondance diffuse, des intrigues complexes, l'histoire principale marchant au milieu d'un cortège d'histoires épisodiques; des monologues, des harangues, des lettres, des dissertations sentimentales; l'amour presque unique mobile de l'activité humaine; les héros, sans souci de la vraisemblance, idéalement amoureux et courtois; la femme fidèle, d'une vertu intraitable, souverainement respectée, passant comme Mandane, l'honneur intact, à travers des situations périlleuses. Ce sont des livres ennuyeux et, je le pense, inférieurs à VAstrée, mais de l'inspiration la plus pure et la plus élevée.
On ne peut douter que Mlle de Scudéry surtout ait pris VAstrée pour modèle, car elle l'a répété plusieurs fois (1). Dans la préface d'Ibrahim, après avoir exposé ses idées sur le roman, elle fait d'Honoré d'Urfé cet éloge que nous citons tout entier : " Je ne propose pour exemple que le grand et l'incomparable Urfé. Certainement il faut advoûer qu'il a mérité sa réputation, que l'amour que toute la terre a pour luy est juste, et que tant de nations qui ont traduit son livre en leurs langues ont eu raison de le faire. Pour moy, je confesse
lôjoetsuiv., 10 vol.; Clélie^ 1654-1661, 10 vol.; Almahide^ \66\-\66i, 3 parties en 8 vol.
(1) Outre le passage à^ Ibrahim qu'on va citer, voir l'avis au lecteur à'Artamène^ et une lettre à Huet, dans RathÉRY et BOUTRON, Mademoiselle de Scudéry^ Paris, 187^, in-S", p. 29^
hautement que je suis son adorateur (1); il y a vingt ans que je le connoy, et c'est à dire qu'il y a vingt ans que je l'aime. En effect, il est admirable partout : il est fécond en inventions, et en inventions raisonnables. Tout y est beau, et ce qui est le plus important, tout y est naturel et vray semblable. Mais entre tant de rares choses, celle que j'estime le plus, est qu'il sçait toucher si délicatement les passions, qu'on peut l'appeler le peintre de l'âme. Il va chercher dans le fonds des cœurs les plus secrets sentimens; et dans la diversité des naturels qu'il représente, chacun trouve son portrait.
Enfin si parmi les mortels, Quelqu'un mérite des autels, Urfé seul a droit d'y prétendre.
Voilà comment, en l'année 1641, VAstrée était jugée par une femme d'esprit distingué et de culture délicate.
La sage Sapho s'intéressa jusqu'à la fin à ce livre qu'elle avait tant goûté; car elle avait quatre-vingt-douze ans lorsque Daniel Huet, pour satisfaire sa curiosité, mit par écrit ce qu'il savait d'Honoré d'Urfé et de Diane de Châteaumorand.
Cependant on devait se lasser, et on se lassa en effet de cet idéalisme artificiel. Le Roman bourgeois fut une réaction contre le sentimentalisme raffiné, invraisemblable, du roman héroïque, comme le Berger extravagant, trente ans auparavant, avait été une réaction contre les bergeries. Mais n'y avait-il point place pour un roman court, tout simple, qui ferait descendre l'amour du ciel sur la terre, qui peindrait des gens de la haute société, mais ayant les passions de tout le monde?
De cette idée est né, au moment oii commençait à pâlir la gloire du grand roman d'aventures, un genre nouveau dont la Princesse de Clèves est resté le modèle le plus exquis. ,
On peut se demander si Honoré d'Urfé a quelque chose à revendiquer dans les romans et nouvelles de Mme de la La Fayette. On peut le croire, quand on sait que Mme de la La Fayette et son entourage lisaient encore VAstrée. Nous serons cependant plus prudent dans nos conclusions que M. Germa qui, sur de vagues analogies, voit une sorte de filiation directe entre VAstrée et la Princesse de Clèves. Mais
(i) Ibrahim parut sous le nom de Georges de Scudéry, frère de Madeleine.
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notons, sans appuyer sur une parenté un peu incertaine, que la Princesse de Clèves a des digressions qui rappellent celles de VAstrée, et que le roman ressemble assez aux épisodes qu'Urfé a intercalés dans l'action générale. Accordons encore, avec M. Germa, que Mme de La Fayette n'a pas inventé, comme M. d'Haussonville paraîtrait le croire, le Roman d'une femme mariée {\). Des situations morales analogues à celle de la princesse ne sont pas très rares dans VAstrée. Mais en somme nous n'oserions affirmer que la Princesse de Clèves procède de VAstrée.
Mieux que toute autre chose, l'influence de VAstrée sur la pastorale dramatique et la tragi-comédie atteste l'engouement dont fut prise la société française pour cette œuvre qui la passionna et la ravit. Je suis bien loin de dire que l'action d'un roman, même son action littéraire, se mesure aux situations nouvelles qu'il suggère à ceux qui écrivent pour le théâtre; mais du moins aucun livre chez nous, probablement, n'a joui, à un tel degré, de ce genre de succès. On lit dans le Segralsiana que presque tous les sujets de pièces ont été tirés de VAstrée pendant près de quarante ans, et que les poètes se contentaient ordinairement de mettre en vers ce que le marquis d'Urfé fait dire en prose à ses personnages. C'est une exagération; mais il est vrai que vingt-cinq pièces environ viennent directement de VAstrée, que dix autres en sont plus ou moins inspirées, et que les imitations de détail sont innombrables.
Cette fortune unique de VAstrée a d'abord sa raison dans la popularité du livre : les spectateurs retrouvaient avec plaisir au théâtre les personnages qu'ils connaissaient par une longue fréquentation; on relisait encore une page du roman, en assistant aux émouvantes aventures de Madonte et en écoutant les bons mots d'Hylas. Elle s'explique encore mieux, je crois, par la richesse de VAstrée, ample matière toute prête, qui, avec ses tableaux infiniment variés, ses histoires sentimentales qui jamais ne se ressemblent, paraissait attendre et provoquer les adaptations dramatiques.
Les poètes de théâtre n'ont pas pris à VAstrée ce qu'elle a de meilleur, mais ce qui était à la portée de leur modeste talent
(i) Mme de la Fayette^ Paris, 1891, in-16, p. 196.
et convenait aux exigences d'un public plus curieux d'intrigues que de fines analyses ou de caractères bien tracés. Ce n'est pas que tout soit mauvais dans la littérature qui a exploité cette veine. Les Bergeries de Racan mériteront toujours des lecteurs, à défaut de qualités vraiment dramatiques, par une poésie délicate et un sens sincère de la nature. Des pièces mêmes si oubliées de Rayssiguier, de Mairet, de Mareschal, on pourrait détacher des scènes d'une heureuse venue.
Mais serait-elle tout entière médiocre, cette production aurait été encore utile au progrès du théâtre. La pastorale a préparé l'avènement de la comédie, et la tragi-comédie a été un acheminement à la vraie tragédie. L'art supérieur de Corneille, de Racine, de Molière, suppose une lente éducation du public et des auteurs, laquelle, pour nne bonne partie, s'est faite par VAstrée.
Si on considère la date des pièces qui sont issues de VAstrée, on verra qu'il n'en existe probablement aucune qui en soit bien certainement sortie avant 1623 (1), et que presque toutes s'échelonnent de 1625 à 1635. Après 1635, les accommodations du roman à la scène deviennent plus rares, tout en se prolongeant jusqu'en 1 653. Cette année-là, le Berger extravagant de Thomas Corneille, transposition théâtrale de la parodie de Sorel, annonce la fin du drame pastoral; car nous ne donnerons pas ce nom aux bergeries de Quinaut, de Molière et de Boursault. L'Astrée de La Fontaine (1691) n'est qu'un accident, la réapparition fortuite d'un type disparu, comme ces formes organiques éteintes que la nature, par une de sorte de jeu, fait revivre un instant.
Au dix-huitième siècle cependant, on pourra encore, de loin en loin, reconnaître au théâtre des réminiscences de VAstrée. La pastorale en un acte de Piron représentée le 30 août 1734, les Courses de Tempe, n'est pas une imitation de VAstrée, mais un souvenir donné au roman d'Urfé. Une nouvelle édition du roman de Tarsis et Zélie (2), qui venait d'être favorablement
(i) Du moins si on n'a égard qu'aux dates d'impression des pièces tirées ou imitées de VAstrée. — L'influence du roman sur V Amour triomphant de Troterel (i6i 5) est très probable, mais non pas incontestable.
(2) Par une singulière méprise, dont il serait sans intérêt d'expliquer les causes, ce roman, où l'influence de VAstrée est d'ailleurs très apparente, a été regardé comme une œuvre posthume d'Honoré d'Urfé. Selon Brunet, Quérard et Barbier, il est de Rolland Le Vayer de Boutigny.
reçue, ayant réveillé en lui les images délicieuses dont VAstrée avait enchanté sa première jeunesse, Piron entreprit cette petite pastorale : « J'avois atteint l'âge, dit-il, oii l'on voit déjà qu'il ne seroit pas trop séant de se livrer encore à de si douces illusions, mais je ne les abandonnois qu'à regret. Elles m'avoient égaré le plus agréablement du monde; c'étoit donc comme un dernier adieu que je croyois leur devoir. ,,
La période de dix ans qui va de 1625 à 1635 marque donc l'apogée de VAstrée, ou plutôt de son action sur le théâtre. Après Rotrou, après les premières comédies de Corneille et le Cid, elle n'exerce plus une influence aussi marquée sur la littérature dramatique.
Mais vers 1635, un an seulement avant le Cld, une troupe qui s'en va faire sa tournée en province ne manque pas d'avoir dans son répertoire bon nombre des " rares subjects de VAstrée „ comme le Rosiléon de M. du Ryer, le Ligdamon de M. de Scudéry, la Chrisélde de M. Mairet. Un auteur de l'époque nous représente plaisamment des poètes gonflés de leur importance, parce qu'ils ont en portefeuille des " sujets de VAstrée ,t qu'ils ont traités selon les bonnes règles. Ils en importunent les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne et du Marais, qu'ils attendent à leur sortie du théâtre. S'ils sont éconduits,ils se consolent en se faisant imprimer chez quelque libraire de la Samaritaine, et ils ont la satisfaction de voir leur nom au coin des rues, couché glorieusement sur les affiches qui annoncent les nouveautés (1).
Il y a dans VAstrée deux éléments très distincts, un élément purement pastoral, et diverses aventures, chevaleresques et autres, dont les histoires pastorales ne sont que l'occasion. Il y aura donc aussi deux théâtres de VAstrée, qu'on peut appeler
(i) Prologue de la Comédie des Comédiens, de Scudéry (1635); Ouverture des jours gras, Paris, 1634, in-S"; La PiRALlÊRE, le Parnasse, ou la Critique des poètes, Paris, 163$, in-8°. — Le Mémoire de Laurent Mahelot, oui semble avoir été machiniste de l'hôtel de Bourgogne, mémoire écrit vers 103 5, mentionne environ dix pièces tirées ou inspirées de VAstrée, avec de curieuses indications sur les accessoires de la mise en scène. Par exemple, pour la Chriséide de Mairet, a au milieu du théâtre il faut un tombeau nommé le Tombeau des deux amans, qu'il soit enrichy de l'invention du feinteur... Auprès dudict tombeau, il faut un petit autel sur lequel il faut des lumières, des fleurs, un chapeau de fleurs pour un sacrificateur, et un mouton feint, etc. ».
des noms généraux de pastorale dramatique et de tragi-comédie (\).
On démontre par d'excellentes raisons que la pastorale est au théâtre un genre artificiel, faux, fastidieux, monotone, roulant dans un cercle étroit d'idées. Mais c'est pourtant un fait qu'elle a réussi, et que longtemps, en France, elle a été presque toute la comédie, et un peu même la tragédie.
Elle semble avoir commencé par des idylles sans action, simplement dialoguées, ornement des fêtes de cour, de châteaux et de collèges, des entrées solennelles (2), des fêtes officielles, des mariages de princes et de grands seigneurs, parfois des obsèques ou des anniversaires funèbres. Ces pastorales à personnages n'étaient même pas ordinairement récitées; sous la fiction d'un dialogue rustique, elles exprimaient d'une manière conventionnelle les sentiments publics. Ainsi dans une Eglogue d'Etienne Valencier (3), " qui contient une déploration des misères de la France „, deux petits cultivateurs, Pérot et Ténot, se plaignent que le malheur des guerres civiles les empêche d'aller vendre tranquillement à la ville leur lait et leur beurre. Je cite cet exemple entre cent autres, parce qu'Honoré d'Urfé a pu connaître Valencier, Forézien comme lui.
Au milieu du seizième siècle, tout en continuant à servir aux mêmes usages, la pastorale fait un pas décisif en avant; elle se constitue en genre dramatique. Jusqu'en 1625, elle s'alimente exclusivement, soit des thèmes anciens transmis par la tradition, soit des pastorales italiennes et espagnoles, qui lui apportent ses principaux caractères : cadre arcadien ou sicilien, mythologie, satyres, dryades, merveilleux, magicienne, lieux
(i) Il paraît inutile de distinguer entre la pastorale, la comédie pastorale^ la tragi-comédie pastorale et la tragédie pastorale. Nous appelons purement et simplement tragi-comédie tout ce qui n'est point pastoral. On trouvera à la suite de ce chapitre le catalogue de toutes les pièces, venues à notre connaissance, dont le sujet a été pris dans VAstrée ou qui ont été plus on moins inspirées du roman. Nous ne reviendrons pas sur la Sylvanire d'Honoré d'Urfé et la Silvanire de Mairet, en ayant parlé ailleurs, et nous ne dirons rien des menues imitations de détail, ni des ballets, mascarades et divertissements analogues, où on pourrait noter encore l'influence de VAstrée.
(2) Dans la Triomphante entrée, son premier ouvrage, Urfé donne le texte d'une bergerie en vers latins, qui fut récitée par les élèves du collège de Tournon (voir le chap. n).
(3) Pans, F. Morel, 1 576, in-4°.
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communs de psychologie amoureuse. C'est le fond général des pastorales de Montreux, de Montchrétien, de Hardy. Même sous le règne de VAstrée, beaucoup de pastorales, échappant à sa domination, seront encore coulées dans le vieux moule.
Il est vrai que les Bergeries de Racan, imprimées en 1625, avaient été représentées dès 1618 ou 1619, sous le titre d'Arténice, et que l'influence de VAstrée y est certaine. Cependant les Bergeries se rattachent de bien plus près à la pastorale purement italienne du Tasse et de Guarini qu'à Honoré d'Urfé. Il faut se garder de prendre pour des imitations de VAstrée des procédés qui étaient le patrimoine héréditaire du genre. Dans les Bergeries, un miroir magique joue un rôle important, dans VAstrée aussi, mais dans la quatrième partie, imprimée en 1627; ce n'est donc pas à Urfé que Racan peut avoir emprunté cet artifice : il appartenait à tout le monde. De même la Sylvie de Mairet, publiée en 1 628, mais donnée à la scène en 1621, selon M.Bizos,se sent de VAstrée, mais sans en être une imitation formelle. En réalité, la série des adaptations directes du roman à la pastorale dramatique est ouverte par Honoré d'Urfé lui-même dans sa Sylvanlre.
Rayssiguier eut l'idée de réduire en pastorale les deux principales histoires du roman, les Amours d'Astrée et de Céladon, meslées à celle de Diane et de Sllvandre, avec les Inconstances d'Hllas. Le grand druide Adamas, la nymphe Léonide, un prêtre vaccie et un chœur de berger y paraissent aussi. Rayssiguier suit si exactement son modèle, depuis le désespoir de Céladon jusqu'à la conclusion de ses chastes amours, que cette agréable pièce pourrait tenir lieu d'une analyse du roman. On lit en tête des poésies envoyées à l'auteur par ses amis, entre lesquelles on remarque des vers de Pierre du Ryer, sur V adorable et divine Astrée.
Hylas égayait de s^s saillies la pièce de Rayssiguier. Antoine Mareschal, avocat au parlement, crut que ce ne serait pas trop d'une pastorale tout entière pour ce personnage qui a tant fait pour le succès de VAstrée. L'Inconstance d' Hylas est précédée de cet avis d'une fatuité assez amusante : " N'attends pas une longue préface au frontispice de cette pièce, pour la rendre plus recommandable. Après l'applaudissement général et l'honneur qu'elle a receu dessus un théâtre de cinq ans, je m'imagine que son titre luy sert de recommandation. C'est
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tout dire en deux mots : Volcy Hylas! Il est de bonne humeur, esprouve-le, si tu ne m'en veux croire, et ne crains point de t'ennuyer. „
Rayssiguier fit imprimer en 1635 la Célidée. Mais l'épisode de Célidée, de Thamire et de Calidon, dans la forme où il est raconté par Urfé, étant trop simple, il y entremêla d'autres intrigues, ce qui paraît avoir scandalisé les admirateurs à tout prix de VAstrée. Cependant Baro, l'ancien secrétaire d'Honoré d'Urfé, s'était accordé les mêmes libertés, et de plus grandes, dans sa Clorise : " Mon premier dessein, dit-il, étoit de prendre dans VAstrée de M. d'Urfé l'histoire de Célion et de Bellinde. Mais la voulant accommoder au théâtre, je me suis vu comme forcé d'y joindre tant de choses, qu'enfin j'en ay voulu changer les noms, aymant mieux qu'on m'accuse de lui avoir desrobé quelques accidents, que d'avoir eu la vanité d'adjouster quelque grâce à ses riches inventions. ,;
Certaines imitations étaient plus larges encore. On ne demandait plus à VAstrée qnçi de prêter les poétiques paysages du Forez. Dans la Comédie des Comédiens de Scudéry, qu'il a bien raison d'appeller un " poème de nouvelle invention ,;, les deux premiers actes sont en prose et se passent à Lyon. Les comédiens se représentent eux-mêmes, et causent entre eux de leurs affaires. Survient un amateur, M. de Blandimare, qui s'offre à entrer dans la troupe. On va faire séance tenante l'essai de ses forces dans la répétition d'une pastorale qu'on doit jouer le lendemain, et qui a pour titre : L'Amour caché par l'Amour... La scène change, nous voilà en Forez; après un dialogue burlesque entre le Prologue et l'Argument, les trois actes en vers de la pastorale se déroulent sur les rives bocagères du Lignon (1). Tristan l'Hermite, remettant au théâtre, sous le nom d'Amarillls, la Céllmène de Rotrou, transportait aussi l'action en Forez, près du* palais d'Isoure, au temps du roi Gondebaud.
Les tragi-comédies extraites ou imitées de VAstrée sont pour le moins aussi nombreuses que les pastorales dramatiques. Mais qu'est-ce qu'une tragi-comédie? On ne s'est pas encore mis d'accord sur le sens précis de ce mot, très mal imaginé
(i) Sur cette pièce, voir les pages spirituelles de Théophile Gautier, dans les Grotesques.
L'ASTRÊË igè
d'ailleurs, puisque la tragi-comédie n'a rien de la comédie, si ce n'est accidentellement quelque rôle épisodique. Desmarets la définissait une pièce dont les principaux personnages sont de haute condition, les péripéties graves et funestes, mais dont le dénouement est heureux. Peut-être serait-il plus exact de dire que la tragédie puise de préférence dans le fond antique, la tragi-comédie dans la tradition romanesque et chevaleresque : la Médée est une tragédie, le Cld une tragicomédie. L'intrigue de la tragi-comédie repose plus exclusivement sur l'amour, elle donne plus de place aux multiples aventures, sa marche est plus mouvementée et plus libre. Ce sont des vues d'une justesse sans doute approximative. Mais enfin est-il que la plupart des pièces tirées de VAstrée et qui ne sont pas des pastorales, s'appellent des tragi-comédies.
La plus ancienne, la Madontede Pierre Cottignon, sieur de la Charnaye, prend cependant le titre de tragédie. Avec une ingénuité toute nue, Cottignon, bon gentilhomme du Nivernais, nous apprend qu'il habite une maison d'une situation si ravissante, qu'il était impossible de n'y pas devenir poète; mais poète de la bonne marque, et non pas de ces poètes à la mode dont les vers sont riches de rime et pauvres de sens. Il tâchera, lui, de suivre ces sublimes esprits que la grandeur de leurs conceptions a élevés au-dessus du commun ! L'épisode de Madonte, un des plus beaux et des plus émouvants de VAstrée, a inspiré deux autres tragi-comédies, dont une est de Jean Auvray qui, en son Banquet des Muses, a écrit des " gayetez » beaucoup moins innocentes.
Les accommodations de VAstrée au théâtre vont souvent par séries. Il y a eu trois Madonte, deux Rosiléon, et quatre tragédies ou tragi-comédies sur les aventures entremêlées de Valentinien III, des deux Eudoxe, d'Isidore et de Genséric. V Eudoxe de Georges de Scudéry peut donner une idée des complications que des écrivains, non pas certes sans talent, mais sans expérience et sans goût, introduisaient dans ces sortes de pièces. On y voit des personnages romains, vandales et africains, et des amours extraordinairement enchevêtrés. Genséric aime en barbare ignorant de toute délicatesse. Pour échapper à sa brutalité, l'impératrice descend par une fenêtre, après avoir d'abord mis le feu à sa chambre. Le Van-
dale trouve des os calcinés, s'imagine que ce sont les restes d'Eudoxe, et leur fait rendre de grands honneurs!
Scudéry a écrit encore deux adaptations tragi-comiques de VAstrée, Ligdamon et le Trompeur piiny. Ligdamon et Lidias, ou la ressemblance, c'est le vieux motif des Ménechmes, ingénieusement rajeuni par Urfé, mais sur lequel Scudéry a semé les pointes les plus aiguës. Un berger demande à Silvie pourquoi elle ne veut pas du cœur de Ligdamon; elle répond sérieusement :
Qu'il garde ce beau don, pour moy je le renvoyé : Je ne veux point passer pour un oiseau de proye Qui se nourrit de cœurs !
Le Trompeur puny, ou V Histoire septentrionale est un autre spécimen de cette galanterie précieuse et de ces intrigues compliquées qui cependant ne déplaisaient pas. Notre pauvre grand Corneille a eu la faiblesse d'écrire pour cette mauvaise pièce des vers platement élogieux, dont il devait bien se venger après les Observations sur le Cid. Le Trompeur offre cette particularité nouvelle d'être une double imitation. VAstrée était dans toute la gloire de sa triomphante renommée, mais la première édition du Polexandre de Gomberville avait été aussi un grand succès. Scudéry combina les deux modèles et en fit cette tragi-comédie composite.
Je ne parlerai ni de la. Chrise'ide de Mairet, ni de la Dorlnde de Jean Auvray, purs et simples épisodes de VAstrée à peine modifiés pour être ajustés aux nécessités de la scène. Rayssiguier s'est mis plus à l'aise dans sa Palinice, Circeine et Florice. Il ne donne pas cette histoire telle qu'on la trouve chez Honoré d'Urfé : " Cette triple intrigue de frères, dit-il, qui seroit ennuyeuse sur le théâtre, et le commandement de personnes de condition m'ont obligé de la traiter autrement, et de faire la scène à Meudon. „
La Célinde de Balthazar Baro s'éloigne tout à fait de YAstrée, mais il est probable que Baro avait préparé cette histoire pour la conclusion du roman. Le romanesque y est poussé à la plus extrême fantaisie. Le drame, que Baro appelle un poème héroïque, est en prose, sauf un long morceau d'une tragédie à! Holopherne au troisième acte. A la dernière scène de la tragédie, Célinde, qui joue le rôle de Judith, s'approche de
Floridan, et lui plonge un poignard dans le corps... On voit encore un tombeau qui s'ouvre, d'où sortent Floridan et Parténice, et beaucoup d'autres incidents extraordinaires.
Il faut convenir que le théâtre tragi-comique né de VAstrée est encore plus médiocre que le théâtre pastoral, où du moins la simplicité relative des situations et des sentiments a, en général, un peu mieux défendu les auteurs contre les excès de la préciosité sentimentale et contre la complication de la fable dramatique. Mais quelle que soit la valeur assez faible de cette littérature, elle a été fort goûtée, elle a été comme un prolongement sur la scène de la vogue de VAstrée; elle prouve avec quelle puissance un roman a pu s'emparer d'une société qui commençait à applaudir les vers de Corneille.
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE THEATRE DE l' « ASTRÉE „
Les pièces où l'imitation est douteuse sont précédées d'un (?). Mais d'autre part il est très probable que bon nombre d'autres, inspirées en partie par VAstrée, ne figurent pas dans cette liste. Nous indiquons les pièces imprimées en suivant l'ordre chronologique des éditions qui ont passé sous nos yeux; les pièces manuscrites ou perdues sont mentionnées à leur place d'après les indications qui ont paru offrir le plus de garanties d'exactitude. — On trouvera cités, à la suite du chapitre xvi, divers ouvrages sur les rapports de VAstrée avec le théâtre (voir aux mots Arnould, Bizos, Brunetière, Dannheiser, Fournel, Marsand, Otto, Reynier, Rigal). - Les principaux répertoires bibliographiques à consulter sont : De Beauchamps, Recherches sur les théâtres de France, Paris, 1735, 3 vol. in-8"; les frères Parfaict, H'ist du théâtre françois, Paris, 1745-1749, 15 vol. in- 12; De Léris, Dictlonn. des théâtres, Paris, 1763, in-S"; Biblioth. du théâtre franco Is, Dresde, 1768, 3 vol. petit in-S"; P.-L. Jacob (Lacroix), Biblioth. dramat. de M. de Soleinne, Paris, 1843-1844, 5 vol. in-S". Voir aussi : Mahelot et Laurent, Mémoire, publié par E. Dacier dans les Mém. de la Soc. de l'hist. de Paris, t. XXVIII, p. 105-162 (Cf. E. Rigal, Alex. Hardy, p. 681, et L^ Théâtre français avant la période classique, p. 310).