BOTANIQUE MYCOLOGIQUE
De tous les végétaux, il semble que la connaissance des champignons soit la plus indispensable au médecin, et surtout au médecin de campagne, puisqu'il n’est pas de plantes qui, chaque année, amènent un aussi grand nombre d'accidents:par la confusion des espèces comestibles avec les espèces vénéneuses ; et qu’il n’en est pas pour lesquelles Je médecin soit aussi souvent consulté. Et cependant 1l n’en est pas non plus dont l’enseignement soit aussi négligé. M. Bertllon raconte lui-même dans un de ses écrits comment 1l fut amené à s’occuper de cryptogamie : « Je me suis aperçu de bonne heure dans ma pratique à Montmorency de cette grave lacune dans les enseignements que j'avais reçus à l'École. J'ai entrepris de la combler dans la mesure de mes forces et des loisirs que me laissaient mes autres travaux. Mais cette entreprise fut laborieuse, car sur ce sujet nous ne possédons en France aucun ouvrage scientifique, au moins depuis la grande publication de Bulliard ; encore celle-ci n’est-elle pas achevée, elle date du siècle passé, et est aujourd'hui très rare. Sans doute cet ouvrage reste toujours fort précieux par ses magnifiques et nombreuses planches, mais il est aujourd’hui bien suranné en ce qui concerne la pliysiologie, l’anatomie et la classification. C'est donc dans les mémoires spéciaux el les traités étrangers, allemands, anglais, italiens,
suisses el surtout suédois, que j'ai dû m’initier à ces connaissances. Après bien des automnes consacrés à ces études préliminaires, théoriques et pratiques, j'ai été très heureux de rencontrer la direction du Dictionnaire encyclopédique disposée à entrer dans mes vues pour introduire dans l’encyclopédie des sciences médicales un exposé complet et scientifique de l’histoire naturelle des champignons, rédigé de manière à permettre aux médecins de s'initier, à moindres frais que moi, à la mycologie. » | Dans les articles nombreux qu'il a publiés sur ce sujet, il s’est attaché à décrire les espèces qui croissent dans l'Europe occiden'ale, et spécialement en France. Il a même eu occasion de nommer plu-
sieurs espèces que personne m'avait décrites avant lui. :
st
I. — Champignons comestibles et champignons vénéneux. | (Union médicale, nos 33, 36, A1 et 43, 1861.)
Nous avons dit plus haut à quelle occasion ces articles ont été écrits. La fâcheuse Znstruclion à l’armée publiée par le ministère de la guerre en a été l'occasion.
IT. — Hygiène publique. — NÉCESSITÉ D'INSTITUER EN FRANCE UN ENSEIGNEMENT DE LA MYCOLOGIE.
(Presse scient. des Deux-Mondces, 1860.) * Il a été donné longtemps après satisfaction au vœu de l'auteur. La
mycologie est enseignée aujourd'hui dans quelques écoles.
HIT. — Champignons vénéneux. — LE VINAIGRE CONSTITUE-T-IL UN MOYEN PRATIQUE ET ACCEPTABLE DE PRÉSERVATION ?
(Presse scient. des Deux-Mondes, 1861.)
IV. — Plusieurs articles dans divers journaux. (La Science, 1855; le Messager de Paris, 1858, etc.)
V-XXIX. — Les articles mycologiques publiés dans le Diclionnaire. encyclopédique par M. Bertillon sont les suivants :
AGAnRIC (leucospores). — AÂGARICINÉES. — ACREMONIUM. — AMANITES.—
LACTAIRES. — BOLBITES. — BOLET. — LEPIOTES. — LÉOTIACÉS. — LENTINUS. — LENZITES. — LYCOPERDACÉES, — BySSACÉES. — LYSUROIDÉES.— MARASMES. — MÉLANCONIÉES. — CHAMPIGNON. — MITRULA. — MONTAGNITES. — MORILLES. — CARPOBOLÉS. — CHANTRELLES. — (CLAVARIÉS. — (CLINOSPORÉS. — CLINOTRI-
CHÉS, etc.
Plusieurs d’entre ces articles sont des monographies considérables. J’attirerai surtout l'attention sur l’article Champignon.
Après une exposition complète de l'organogénie des champignons, on aborde la question récemment agitée de leur copulation; on y fait connaitre les doctrines françaises et allemandes sur ce sujet, les diffé-
rents modes de reproduction sexuelle, etc. ; puis le polymorphisme des champignons, leurs métamorphoses multiples, car ils peuvent prendre jusqu’à cinq formes successives, toutes fécondes; leur respiration toute spéciale (absorption d’oxygène, émission d'acide carbonique, d'eau et d'hydrogène, etc.). — Enfin on y étudie les différents modes de germination des champignons, et particulièrement des parasiles qui intéressent à si haut point la médecine. On y discute la persistance des spores, c’est-à-dire leur résistance à la destruction physique et le maintien de leur faculté germinative, et plusieurs autres questions récemment soulevées à leur sujet.
Après avoir indiqué sommairement le rôle des champignons dans la nature, et dit leur impuissance à constituer de toutes pièces les composés carbonés ou tertiaires, et au contraire la faculté qu'ils possèdent de créer de l'albumine avec ces matières organiques tertiaires ‘qu'ils extraient des détritus sur lesquels ils croissent, on fait connaître la composition chimique suivant les différents auteurs (Payen, Gobley, Lefort, Boudier, etc.).
Cette question conduit directement à étudier l’usage comestible des ehampignons, et aussi les empoisonnements si fréquents qu'il amène, les différents modes d’action des champignons vénéneux et les traitements qu'il convient de leur opposer.
On y expose ensuite les divers modes de culture des champignons et les observations curieuses auxquelles elle a donné lieu.
Enfin, dans une dernière partie, on fait un rapide exposé historique des principes qui ont successivement prévalu dans la classification de ces innombrables êtres, telle que l’ont créée les principaux auteurs et surtout le grand législateur Suédois de la mycologie, Elias Fries. Enfin, l'article Champignon se termine par un tableau dichotomique complet des familles des champignons, travail qui, de notre temps, n'avait pas élé essayé.
Nous croyons que l’ensemble de ces articles de mycologie dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales constitue un traité de cette science tel qu’on n’en a pas encore tenté en France.
Peut-être ont-ils contribué à répandre en France le goût de la mycologie, qui occupe aujourd’hui plusieurs jeunes botanistes d'un grand mérite.
XXX. — Lecture à l'Académie sur les champignons comestibles et les vénéneux.
(18 janvier 1869; résumée dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie du 29 janvier.)
Le problème que l’auteur s'était posé était celui-ci : Pourquoi les assertions les plus contradictoires et les plus affirmatives se rencontrent-elles chez les auteurs les plus dignes de créance ? Des espèces bien déterminées, telles : Amanita rubescens, Amanila vaginata, etc., déclarées vénéneuses par les uns, sont dites certainement comestibles par d’autres, etc., etc. Quelles sont les causes de ces divergences ?
Voici comment 1l a abordé et résolu la question. Après un grand nombre d’expériences variées consistant plutôt en injections souscutanées, sur des couleuvres, des grenouilles, des lapins, des chiens, puis sur des limaces, il a trouvé et établi que toutes les espèces cidessus désignées (et quelques autres) sont certainement toxiques étant crues, mais deviennent inoffensives étant cuites, distinction et double expérience que les auteurs n'ont jamais faites et qui paraissent être la source des contradictions signalées. En outre, ses expériences sur les limaces l’ont amené à découvrir que ces mollusques se nourrissent impunément des espèces les plus redoutables pour nous : Am. phalloides, mappa, muscaria, mais que les sucs extraits par pression de ces mêmes champignons et injectés dans les tissus de ces limaces les - tuent rapidement. Ce fait réduit à néant la prétendue caractéristique qu’on avait voulu tirer en faveur de l’innocuité des champignons mangés ou entamés par les animaux mycophages.
Les expériences de M. Bertillon sur les couleuvres des thermes d'Ussat (Ariège), dont il était alors médecin-inspecteur, lui firent bientôt faire une observation digne d'intérêt. Les couleuvres, à qui il pratiquait une injection vénéneuse près de la tête, mouraient au bout de trois heures ; une autre série de reptiles, dont l'injection avait été faite à la moitié de la longueur du corps, n’a succombé qu'au bout de sept heures; mais, après ces sept heures, les individus de la troisième série, qu'il avait injectés près de l'anus, élaient encore très vivants dans la moitié antérieure de leur corps et s’efforçaient vainement, quoique avec une grande énergie, de traîner leur partie postérieure, inerte et paralysée. Cette paralysie paraissait porter sur le mouvement et sur la sensibilité, car la queue était piquée vainement ; la partie
antérieure, pourtant fort alerte, ne donnait aucun signe de sensation. Cependant, le lendemain, elles avaient toutes succombé.
Une plus ample analyse nous conduirait trop loin. Nous rapporterons seulement les conclusions de ce travail :
° Que Am. rubescens, Am. vaginala (variétés grisea et lutea), quoique vendues sur les marchés de plusieurs localités, sont toxiques étant crues, mais qu'une cuisson suffisante enlève ou détruit leur poison; FSupé | |
2 Que Ag. nebularis, édule d’après Fries et toxique d’après Cordier, est certainement toxique étant cru; 9° Que les expériences des auteurs, lorsqu'ils ne disent pas si le champignon essayé avait ou non subi la cuisson, sont presque sans valeur; | : 4 Les animaux à sang froid, serpents, grenouilles, crapauds, sont extrêmement sensibles au poison des Amanites vénéneuses, administré en injection sous-cutanée, et meurent plus rapidement que les animaux à sang chaud (lapins) ; |
5° Les limaces se nourrissent et prospérent avec les Amaniles les plus toxiques, mais elles sont très sensibles au même poison injecté dans leurs tissus ;
- 6° L’indice qu’on a prétendu en tirer en faveur des qualités alimentaires des champignons qui servent de nourriture aux animaux mycophages est donc fallacieux et doit être absolument rejeté.
ll. — DÉMOGRAPHIE
Nous avons réuni sous ce litre toutes les œuvres stalistiques de M. Bertillon, quel que soit leur objet spécial (mouvements de A tion, hygiène, anthropométrie, etc).
Nous avons hésité sur l’ordre à suivre dans cet exposé bibliographique. Nous nous sommes arrêté à l’ordre chronologique : il est curieux en effet de voir comment se transforme et se perfectionne la pensée d’un auteur aussi laborieux, aussi sincère et aussi curieux de vérité que l'était M. Bertillon.
L'ordre chronologique a pourtant un grave inconvénient. C'est de jeter un peu de confusion dans une œuvre qui formerait cependant un ensemble complet si elle était présentée dans un ordre méthodique.
Voici dans quel ordre nous pensons qu’on doit lire ses ouvrages quand on veut se rendre compte de l’état actuel de la statistique humaine :