‹ La vie et les œuvres du Docteur L.A. BertillonChapitre 49 sur 51 · CLI. — Anthropologie · texte numérisé non relu

CLI. — Anthropologie

(Encyclopédie générale.)

Nous y relevons une définition de l'anthropologie qui a été souvent citée parce qu’elle indique les limites, souvent contestées, de

cette science : | « L’anthropologie est une science concrète ayant pour but la con-

naissance complète du groupe humain, considéré : 4° dans chacune de ses divisions typiques (variété, race, espèce s’il y a lieu) comparées entres elles et à leur milieu respectif ; 2° dans son ensemble et dans ses rapports avec le reste de la faune. »

CLIIT. — Plusieurs autres articles dans l'Encyclopédie générale (ACCIDENTS ; ACCLIMATEMENT ; ÂGE : ANGLETERRE; AUSTRALIE ; BApE, etc.), et dans l’Almanach de l'Encyclopédie (DémocraPuie, BIOLOGIE, etc.).

CLIV. — Valeur philosophique de l'hypothèse du transformisme. (Bull. de la Soc. d'anthropologie, 1871.)

. La partie essentielle et originale de ce travail est une classification des hypothèses scientifiques les plus généralement admises,

M. Bertillon les divise en trois catégories :

La première comprend les hypothèses investigatrices. Ce premier groupe est admis, réclamé même comme instrument puissant et nécessaire d'investigation par tous les logiciens, à quelque école philosophique qu'ils appartiennent : « C’est, dit Auguste Comte, une supposition provisoire et d’abord essentiellement conjecturale, une anticipation sur l'expérience. » M. Claude Bernard, dans la Médecine expérimentale, parle longuement et parfaitement de cette méthode qu’il appelle méthode à priori, dénomination qui n'a qu’un inconvénient, c’est de laisser présumer à une lecture superficielle qu’il est en opposition avec d’autres logiciens et notamment avec Auguste Comte, comme il semble lui-même le croire, tandis qu’il est absolument d’accord avec lui. Il décrit la méthode d'investigation décrite par Auguste Comte et qui consiste à poser à titre d’hypothèse provisoire une idée à priori inspirée par ce que l’on sait déjà des choses, quelquefois par un détail nouvellement aperçu et qu’on relie au resle du savoir par une généralisation spontanée et conjecturale. De cette hypothèse provisoire, on déduit une ou plusieurs conséquences qui soient susceplibles d'être vérifiées expérimentalement, et on interroge l’expérience. Cependant, si l'expérience est conforme à la prévision, la réalité de l'hypothèse n’est pas prouvée, mais sa valeur est devenue beaucoup plus grande, plus grande encore quand deux, trois, quatre de ces déductions se sont trouvées conformes à l'expérience.

Mais il est arrivé bien souvent, comme par exemple dans l'hypothèse

de l'émission de la lumière, celle du phlogistique, qu'une hypothèse, après avoir vu un grand nombre de ses déductions confirmées par la vérification expérimentale, est -ébranlée par une nouvelle expérience ou encore par une observation nouvelle qui n’est pas expliquée par l'hypothèse. Alors l'hypothèse peut être fausse; mais cela n’est pas nécessaire, et plus souvent encore elle est seulement incomplète. C’est ce qui est arrivé par exemple avec l'hypothèse des ondulations lumi-

neuses telles qu’on les avait d’abord supposées ; elles ne pouvaient ni faire prévoir ni expliquer les phénomènes de polarisation. On n'a pourtant pas rejeté absolument l’hypothèse des ondes, on a modifié leur direction. Ainsi ce premier groupe d’hypothèses appartient à la logique; c’est une méthode logique d'investigation d’un emploi journalier, permanent, indispensable, guide du savant qui va à la découverte et qui pour cela observe et expérimente.

Le second groupe d’hypothèses se compose de toutes les théories qui sont surtout destinées à l’enseignement : telle la théorie des deux fluides électriques magnétiques, etc. Ce ne sont le plus souvent que des spéculations de l'esprit qui, sans se préoccuper beaucoup de la réalité des choses, prétend relier un groupe de phénomènes à une même conception théorique. De ces théories, la réalité objective de la conception importe peu; ce qui importe, c’est que les choses se passent comme si elle était vraie, En voulez-vous des exemples? La . géométrie et le calcul infinitésimal, Ja mécanique rationnelle, la physique nous en offrent de très nombreux.

Ainsi la considération des centres de force, celle par exemple du centre de gravité, appartient à la théorie. On sait fort bien que ces centres n’ont pas d'existence réelle; on raisonne pourtant comme s'ils existaient, au grand profit du langage et des formules ; et je vais montrer tout à l'heure que l'attraction universelle elle-même doit aujourd'hui être classée dans cette catégorie des théories pures. Ce sont surtout ces conceptions abstraites, instrument d'exposition et d’enseignement, qui prennent le nom de système quand elles embrassent tout un groupe de connaissances. En un mot, les théories dont nous parlons sont des hypothèses consliluées, acceplées, classiques et fort commodes.

Cependant il y a une troisième catégorie d’hypothèses qui le plus souvent expliquent non seulement tout un vaste ensemble de connaissances, mais encore leur succession dans le temps et dans l'espace. Je citerai seulement trois ou quatre de ces grandioses conceptions :

L'hypothèse cosmogonique de Laplace, l'hypothèse de la philologie moderne, d’une langue mère, l’aryaque (Chavée en 1848), dont sont

sortis, comme autant de familles, dé genres et d'espèces, le grec, le latin, le slave, le tudesque, etc. ; puis les dialectes : le français, l’espagnol, l'anglais, etc., etc.

Enfin l’hypothése du transformisme,

Le reste de l'ouvrage est consacré à l'énumération et à l’anal yse des hypothèses de ce troisième groupe, et notamment à celle du transformisme,

CLV. — Influence du milieu naturel et du milieu social sur le développement de la civilisation et-de la pensée religieuse.

(Bull. de la Soc. d'anthrop., 1872-73.)

CLVI. — Sur les évolutions de l’anthropophagie. (Bull, de la Soc. d’anthrop., 1874.)

CLVIT. | — Discours prononcé à Saint-Germain devant la Société d’anthropologie.

(Revue scientifique.)

CLVIIT. — Mésologie ou science des milieux.

(Article du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.— Des résumés faits par l’auteur ont paru dans un grand nombre de Revues scientifiques.)

Ce mot est un de ceux que l’auteur a introduits dans la langue

française. Avant de paraître dans le Dichionnaire encyclopédique, il avait été accepté dans le Dictionnaire de médecine de MM. Littré et Robin, et adopté par plusieurs Re de l’Ecole, MM. Verneuil, Béclard et autres.

* Dès 1860, M. Bertillon avait nommé la Wésologie et en avait tracé le cadre dans un article de la Presse scientifique des Deux-Mondes Ce premier travail, publié sous le titre de Revue de biologie (anatomie, physiologie, mésologie), contient le rudiment de celui-ci qui est plus étendu et plus complet.

On peut dire que la mésologie a été créée par Iippocrate, dont le Traité des airs, des eaux et des lieux peut passer pour le premier traité de mésologie. Je crois que c’est aussi le dernier, et que depuis le père de la médecine aucun auteur n'avait réuni en un ouvrage spécial les influences de toute sorte que le milieu ambiant exerce sur les or-

ganismes vivants.

Si l'on remarque que tout être animé dépend de deux facteurs : l'ancêtre qui l’a créé, et le milieu qui le modifie (autrement dit le passé et le présent), on concevra combien il est utile d'isoler ces deux sciences : l’hérédilé et la mésologie.

On peut adopter deux modes de division très différents pour la mésologie.

On peut étudier les influences exercées :

4° Par les modificateurs d'ordre physique (lumière, chaleur, hygrométrie, électricité, gravité, etc.) ;

2° Par les modificateurs d'ordre chimique, suivant les affinités pro-

pres aux éléments et aux composés de l'être vivant et du milieu (res-

piration, alimentation, etc.) ;

3° Par les modificateurs d'ordre biologique, c’est-à-dire par linfluence réciproque des activités organiques en présence.

On peut y ajouter, pour l’homme et pour les animaux qui vivent en société, les modificateurs d’ordre psychologique, etc.

Dans une autre division de la mésologie, on prend pour raison de classification la nature des modifications survenues. On étudiera donc successivement les influences exercées :

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