‹ La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau;Chapitre 34 sur 58 · Suivent deux lignes ne présentant guère de sens · texte numérisé non relu

Suivent deux lignes ne présentant guère de sens

J.-J. ROUSSEAU

a la fleur de l'âge dans le monde, changeant de religion pour avoir du pain, livré par des moines corrompus qui l'outragèrent, misérable et trompé ; quel contraste étrange [existait] entre ses mœurs et la société, sa franchise et l'astuce d'autrui, sa pureté privée et la corruption universelle; vous verés l'origine de son caractère social. Pour moi je m'etone que son caractère naturel ait pu résister a tant de secousses, et combien l'éducation domestique donne a l'ame une trempe durable et forte. Il dut en résulter qu'il dut toutte sa vie se croire dans la société en pais ennemi, ce qui le rendit timide, solitaire et méfiant ; mais il résulta au moins de sa pauvre fortune qu'elle lui dona les moyens de revenir a son caractère naturel en mettant d'abord une barrière entre lui et les autres hommes peu curieux de la franchise; qu'elle lui laissa... ses opinions pures et nettes des préjugés du monde ; qu'il se forma une excellente judiciaire, et qu'il goutoit le calme d'une bone conscience

Aussi la liberté lui etoit si chère qu'il lui sacrifioit toutte espèce de liaison, come a la mere nourice des vertus du pauvre, et la seule portion de bonheur a laquelle il put prétendre sur la terre. Les riches r[ont] accusé d'être orgueilleux parce qu'il refusoit leurs diners ; mais les médisances, les calomnies, les disputes littéraires, les sous-entendus, les perfidies, les basses complaisances, les anecdottes malignes dont il faut meubler sa mémoire pour payer son ecot, les sottes opinions qu'il faut adopter, les haines de partis qu'il faut épouser, en bannissent naturellement tout home qui a l'ame tant soit peu honneste.

On l'a accusé d'être hypocrite, lui qui etoit l'home le plus sincère qui ait jamais paru, lui qui n'a flatté persone, qui a avoué ses propres fautes, et qui, dans ses écrits et dans sa conduitte, ne se soucioit en rien de l'opinion !

SUR LE CARACTÈRE

Pourquoi auroit il été hypocrite ? Qui auroit il voulu séduire, lui qui avoit attaqué tous les partis sans lesquels % corne il me le disoit, tout home dans la société est nul ?

$ 4 ou cinq causes ont contribué a altérer son humeur, dont la moindre a suffi quelquefois pour rendre un home méchant : la persécution, les calomnies, la mauvaise fortune, la maladie, le travail excessif des lettres. Il a observé avec raison qu'elles aigrissent les passions. Il

10 etoit, lorsqu'il ecrivoit, des semaines entières sans dire un mot a sa feme, mais jamais ces causes reunies ne l'ont détourné des lois de la justice 2.

Page 1