ATTRIBUÉS À SOREL
1. 1621. — Les thèses ou conclusions amoureuses contenant Lxvi articles, adressées aux dames, par le Bachelier. L'rophile, avec les réponses par le docteur Philarète ; à la suite, Les antithèses des dames de Cypre contre le Bachelier Erophile et le docteur Philarète. Paris, Samuel Thiboust, 1621, 1 vol. in-12. EM de
1630. — Id. Réimprimé danslelomeI®',livreIle,des Pensées du Solitaire du comte de Cramail, qui dit que « ces thèses furent portées en masque, soutenues et disputées par des docteurs en amour. »
Dans la Setence universelle, Sorel dit que son premier maître fut le comte de Cramail, qui ne le retint pas longtemps à son service, mais avec lequel il conserva de bonnes relations. Nous avons cité divers faits 1 quiconfirment cette assertion. [reste à chercher quels sont lesouvrages du comte de Cramail, auxquels son secrétaire Sorel a pu collaborer.Le premier en date est probablement celui qui porte le titre des Thèses ou Conclusions amoureuses (1621). Ce livret est cité avec éloge dans les Remarques sur le IX® livre du Berger extravagant, et Sorel a repris le pseudonyme d'Erophile dans deux pièces du Recueil de Sercy de 1644, p.120 et 155.11 a encore collaboré au Tombeau des Romans et au Tombeau de l’Orateur français cités plus loin.
2. 1622. — La louange et l'utilité des bottes par le chevalier
(1) Rappelons les principaux. Sorel à eu entre les mains et a cité dans le Francion de 1623 et dans le Berger exlravagant diverses petites pièces du comte de Cramail, telles que le Cérophyte et le Courtisan grotesque, plusieurs années avant qu'elles ne fussent recueillies et imprimées dans les Jeux de l’'Inconnu, 1630.— IL a donné comme soustitre à sa Maison des Jeux et au Recueil de Sercy de 1644: «pour faire suite aux Jeux de l'Inconnu, etc.»
Rosandre. Paris, Robert Daufresne, 1622, in- 80, pièce. B.N: Réserve Li N° H
En tête, un éloge du brave Rozandre, à propos de bottes.
Sorel porte le pseudonyme du chevalier Rozandre dans le Palais d’Angélie, etil a reproduit textuellement la Louange des bottes dans le Francion de 1633, livre XI, p. 421 à 495.
3. 1626. — Le Tombeau des Romans (par Fancan) où il est discouru 1° contre les Romans, 2 pour les Romans. Paris, chez Claude Morlot, 1626, 1 vol. in-12. BaN:
1634. — Id. réimprimé dans le Roman de l'Inconnu (le comte de Cramail), ensemble quelques discours pour et contre les romans. Paris, André Soubron, 1634, 1 vol. in-12.
B. de l’Arsenal. B.L.. 16,903.
id. sous un autre titre, L’orateur inconnu pour les romans. Sand ol tin 12: B. de l’Arsenal. B.L. 12,908. Sorel a certainement collaboré à ce petit pamphlet, dont il a reproduit toutes les idées, et dont il a rappelé letitre dans la préface du Berger extravagant. Il a inséré textuellement dans le Tombeau des Romans, p. 6, le pastiche du style des Amadis, qui se trouve déjà dans le Francion de 1623, (Edition Colombey. p. 128).
4. 1627. — Méditations amoureuses. — Dans les Remarques dulivre II du Bergerextravagant,1646, p..53à 55, Sorel a inséré une longue pièce de vers extraite d’un recueil de ses poésies intitulé: Méditations amoureuses. Il est possible que ce livre n’ait pas été imprimé, car l’auteur le rappelle, à la fin de la Setence des choses corporelles, 1635.
5. 1629. — Le Tombeau de l'Orateur français, ou discours de Tyrsis, pour servir de réponse à la lettre de Périandre touchant l’Apologie pour M.de Balzac. Paris, chez Adrian Taupinart, 1629, in-12. BANa 7 INT
Ce pamphlet contre Balzac a été composé par le sieur de Vaux, qui servait de pseudonyme au comte de Cramail. (ComparerSorel, Bibliothèque française, 1664,p.118, 170.— It. Mémoires de l’abbé de Marolles, 1755, tome, p. 79). Sorel est comblé d’éloges dans ce pamphlet (p. 13, 51, 65, 67, 141, 398), dont il a écrit la fin sous le nom de Tyrène,
6. 1635.— Les Visions admirables du Pélerin de Parnasse, ou divertissement des bonnes compagnies et des esprits curieux. Paris, Jean (Gesselin, sur le Pont-Neuf, 1635, 1 vol. in-80 B. de l’Arsenal. B.L. 14,425.
Id.Paris, Eustache Daubin. B.deRouen,Coll.Leber,N°2429.
Le titre rappelle les Visions de Doni, etles Aois du Parnasse de Boccalini ; mais le livre est en réalité un recueil de scènes de mœurs parisiennes, plein de réminiscences du Francion et du Berger extravagant. Le recueil est certainement de Sorel qui annonce dans l’Avertissement de la Science des choses corporelles, 1635, qu'il a « un livre de songes et de visions plein de descriplions agréables, » non imprimé, et quisupprime cet avis dansles éditions suivantes de la Science universelle.
7. 1637. — Le jugement du Cid composé pur un Bourgeois de Paris, marguillier de sa Paroisse, in- 8° de 16 pages, sans lieu ni date.
Id. en plus gros caractères, in-8, 24 pages.
Id. réimprimé dans le Recueil de dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine, publié par Granet, 1740, tome I, p. 90.
Id. dans le Tableau historique. de la poésie française au X VÆ siècle, par Sainte Bcuve, 1828, in-8v, tome I, p.386. Id. Œuvres de Corneille,éd.Marty-Laveaux.t.XIT,p.502à504.
Le jugement du Cid composé par un Bourgeois de Paris, marguillier de sa paroisse, est, comme le titre l'indique, Pœuvre d'un bourgeois de Paris, malin et dévot. Sorel, nous l’avons souvent remarqué, faisait sonner bien haut sa qualité de bourgeois parisien. Il a toujours aussi manifesté ses sentiments religieux, et surlout vers le temps où parut le Jugement. En 1634, nous le voyons publier les Pensées chrétiennes sur les commandements de Dieu; en 1641, un Aecueil de lettres morales el chrétiennes; excellents titres pour un marguillier. D'autre part, comment le premier historiographe de France, placé directement sous les ordres de Richelieu, aurait-il osé signer un éloge du Cid? Le Jugementdu Cid ne porte pas de nom d'auteur, mais il est facile de retrouver les idées et le style de ce pamphlet dans les autres ouvrages de Sorel.
1° À Scudéry accusant Corneille d'avoir copié la pièce de Guilhen de Castro, l’auteur du Jugement répond: « Il m'importe fort peu si c’est tradnction on invention. » Un an auparavant, Sorel s'était exprimé dans les mêmes termes sur la question de l’imitation en littérature. Dansles Visions admirables du Pèlerin de Parnasse, 1635, p.31, il suppose que les dramaturges espagnols se plaignent des emprunts des Français, et il leur réplique: « On vous fait beaucoup d'honneur. »
20 L'auteur du Jugement se moque des scrupules de Scudéry, « qui s'amuse à condamner » des expressions comme « au surplus qui est de chicane, » ou bien comme «ec guerrier s’abat,» qui rappelle le mot sabat. Sorel a raillé les mêmes scrupules dans le ÆRôle des Présentations (1634), et plus tard dans le Discours sur l’Académie française (1654). Le bourgeois de Paris se moque encore du grand guerrier Scudéry, qui a mal à propos repris le terme de «brigade », et il le lui explique. Ainsi Sorel (Bibliothèque française de 1664, p. 212 et 213,) expliquera aux traducteurs le sens des termes militaires de régiment, poster, etc.
3° Tout en louant le Cid, l’auteur du J/ugementne ménage pas Corneille ; il aurait même voulu que celui-ci ne fit point imprimer sa pièce, faite, selon lui, pour lascèneet nonpourla lecture !. A laréflexion, on y découvretrop de cesexpressions emphatiquesel de ces pointes tropcommunes chezles poètes. Le bon bourgeois s’égaye fort aux dépens des rides qui savent « graver des exploits, » et du sang qui parle et qui écrit sur le sable le devoir de Chimène. On retrouvedans le Berger extravagant (1628) les mêmes plaisanteries aussi justes que lourdes. Sorel avait déjà remarqué chez d’autres poètes les expressions quidevaientlechoquer plus tardchez Corneille ; il s'était moqué d'avance du rôle joué par le sang dans la poésie, (Remarques sur le VIe livre du Berger extravagant, p. 195), et surtout des gravures faites par les rides.
(1) On a souvent reproché au Bourgeois de Paris cette faute de goût. Disons, pour l’excuser en partie, quil ne fait que rappeler une idée banale de son temps sur les pièces de théâtre, et qu'il répète les expressions de Corneille lui-même dans l'£Exaren de Mélite, édition Marty-Laveaux, tome I, p. 135.
(R. sur le VII livre du Berger extravagant, p. 211; Histoire de Fontenay.) — Ce dernier passage nous parait caractéristique : maisil n'est pas le seul.
5 Suivant le Jugement, il y a beaucoup d’invraisemblances dans le Cid. Rodrigue est un fou d’aller par deux fois, après le combat, chez le comte ; il devait être assommé, dès la porte du logis, par tous les valets. Don Sanche est un « pauvre idiot qui au lieu de venger sa maitresse et de se battre avec Rodrigue, attend sur ce sujet l'honneur de ses commandements. » Lesmêmesdiatribesreparaissentdans un: petit roman publié par Sorel en 1650. Quand on vient de relire l’un après l’autre le Parasite Mormon (édition de Sallengre, 1715, p.274 à 281) etle Jugement du Cid,il est presque impossible de ne pas attribuer lesdeuxouvrages au même auteur, tant la ressemblance des idées et du style est frappante. Pourquoi d’ailleurs, en 1650, Sorel choisirait-il comme sujet principal de ses critiques le Cid, si ce sujet ne lui était pas particulièrement familier ?
6 L'auteur du Jugement et Sorel ont le mêmeton brusque, ils coupent de même leurs phrases. Le début du Berger extravagant: « Je ne puis plus souffrir qu'il y ait des hommes si sotsque de croire...», ce début annonce celui du Jugement: « Je n’ai pu assez m’étonner de l’insolence de ceux qui ont osé faire vendre publiquement des libelles au désavantage du Cid. » Il serait trop long de relever toutes les expressions du Berger extravagant qui reparaissent dans le Jugement : « Une bonne partie de cette pièce est pleine de pointes si étranges — Cela n’est point bien parler — Mais voici de belles pensées. — Ces rides me font imaginer que l’on voit... » On pourrait multiplier ces rapprochements pour d’autres ouvrages. Dans le Jugement, Don Sanche, « ce pauvre idiot, » n’ose se battre sans l’aveu de Chimène « et attend sur ce sujet l’honneur de ses commandements. » Ainsi, dans le Parasite Mormon, satire des tragédies héroïques, « les grands badauds d’amoureux » n'osent se frapper eux-mêmes de leur poignard : « Que dirait leur maitresse s’ils avaient été si hardis que de sortir de la vie sans son congé ?»
En résumé, rien n'empêche de croire que Sorel ait composé le Jugement du Cid, et il y a de fortes raisons pour lui attribuer ce pamphlet.
8. 1632 à 1643. — Gazettes comiques. — Gazette et Nouvelles ordinaires de divers pays lointains, de la boutique de Mr Jacques Vaulemenard,musieienordinaire de la basse Andalouste1, le 9 Janvier 1632, in-40, pièce. B.N. Le?, N°10.
Le Courrier véritable, du bureau des postes établi pour les Nouvelles hétérogènes, le dernier jour d'Avril, 1632, in-40, pièce{ BONE CAN
Le courrier véritable, arrivé en poste, on Le vend à l'enseigne du divertissement nocturne, Rue du mauvais passage, in- 4, pièce, Janvier 1633. BNALr an NA:
Dans son ouvrage intitulé Richelieu et la Monarchie absolue, 1884, tome I, p. 438à 442, M. le vicomte G. d’Avenel nous paraît avoir attribué à tort ces Gazettes à Sauvage. Elles sont de Sorel qui les a réimprimées textuellement, en changeant les litres et les dates, dans le Recueil de Sercy de 1644, et dans le Recueil de Sercey de 1658. Le Recueil de Sercy de 1644 contient de plus ure Gazette hétéroclite de Mai 1632, et une Gazette, tout court, de 1643, qui ont probablement paru isolément.
9. 1649. — Mazarinades.— Le courrier plaisant, apportant deplaisantes nouvelles dédiées aux curieux.Paris,chezlaVYe
: J.Remy,1649,in-8&. B.del’Arsenal, Mazarinades, tome VI.
L'auteur raconte le siège du fort de Carême par le prince Carnaval, et reproduit souventtextuellement une Guerredes jours grasetdes jours maigres que Sorel a insérée dansles Rem. du VIII livre de Z’Anti-Roman, tome IT, p.145à152.
1649. — Le Commerce des nouvelles rétabli ou le Courrier arrêté par la Gazette. Paris, in-40, 1649.
B. de l’Arsenal, Mazarinades, tome XXX VI, p. 47.
Cette Mazarinade quicontientde curieux détails surla presse au XVILsiècle, a été réimprimée presque en entier dans le Catalogue des Mazarinades de Moreau et dans l’/istoire dela
(1) Double allusion au méchant style du gazetier Renaudot, et au proverbe déjà cité par Antoine Oudin, Curiosités françaises, 1640, p.759, Parler francais romme ete.
Presse, par Hatin.Tous deux la déclarent une des meilleures pièces du temps.Elle estdeSorel, comme leprouvelarépétütion d’une expression bizarre: « Madame l’histoire et Messieurs les Mémoires, ses agents,» expression que Sorelavait déjà employée dans le Zecueil de Sercey de 1644, p. 362. 10. 1610. — La Comédie de Chansons, Paris, Toussaint Quinet, au Palais, 1640, 1 vol. in-12. B. de l'Arsenal. Réimprimée dans le tome IX del Ancien théâtre français, Paris, chez P. Jannet, 1857, in-16, (Bib. elzévirienne). It. dans le tome II du Théâtre français au XVIe ef au XVII° siècles, par E. Fournier; Paris, Laplace-Sanchez, in-12. En 1622, J. B. Andréini fit représenter à Paris Za Ferinda, comédie chantée où lous les personnages employaient un dialecte différent, le mauvais allemand, les patois napolitain, vénitien, etc. Cette pièce donna probablement à Sorel l’idée de composer la Comédie de Chansons1. 11 l'avait presque achevée dès 1626, car il en résume assez longuement l’intrigue dans l'édition du Zrancion quiparut la même année 1626°,mais il ne publia sa pièce qu’en 1640. Dans l’intervalle celle pièce avait subi divers remaniments, commele prouvent les cilations ajoutées des vers de Saint-Amant3, el diverses allusions au siège de la Rochelle et à la querelle de Balzac et du Père Goulu, 1627, 16284. En mème temps, Sorel qui ne voulait point reconnaître celte œuvre assez scabreuse, avait pris la précaution de modifier le passage décisif de l'édition du Franeion de 1626; dans l'édition de 1633 (édit. Colombey, p. 472) il n’est plus question d'un centon de chansons populaires, mais d'uncpièce, composée «de vers pris d'un côté et d'un autre, dans Ronsard, dans Belleau, dans Baïf, dans Desportes, dans Garnier ct plusieurs autres
(L) Francion, édition Colombey, livre XI, p. 472.
(2) Francion, édition de 1626, B. de l’Arsenal, livre XL..fin, p. 864 ct sq: « La comédie était composée de chansons françaises et n’y avait pas un mot, qui ne fût tiré des plus vulgaires, ete. »
(3) Suint-Amunt, édition Livet, tome [, p.37. — Comédie de Chansons, Acte !, Scène VE: «Portés sur l'aile du silence. »
(1) Comédie de Chansons, Acte 1, Scène VII :
Nous aurons la Rochelle en dépit de Calvin.
La volonté me change d'aller à Mcntauban.
Ibid. Acte If, Scène If :
«10, io, la Rochelle est rendue. »
poèles plus récents 1,» Cependant le véritable auteur se trahit encore dans la préface de la Comédie de Chansons : «Ne savons-nous point,dit-il, qu'avec de la simple paille l’on fait aujourd’hui des corbeilles, des vases, des guirlandes, et d’autres gentillesses qui sont plus estimées pour leur artifice que pour leur étoffe? Qui nous empêchera de croire que de même, ayant ingénieusement entrelacé des discours bas et populaires, cct agréable enchaînement les rend beaucoup plus estimables? » Cet éloge des discours bas et populaires, Sorel seul pouvait l'écrire. Pour l’allusion aux petits ouvrages de paille, il l’a répétée dans son roman de Polyandre, tome I, p. 380, 391.
11. 1650. — Ze Parasite Mormon, histoire comique. Paris, 1650, in-80, réimprimée dans l’histoire de Pierrede Montmaur par M. de Sallengre, la Haye, van Lom, 1715, in-&, tome II, p. 175 — 312.
Ce petit roman fait parlie des pamphlets dirigés contre le professeur Montmaur ; ilestimité de la Nouvelle espagnole de Marie de Zayas : le Châtiment de l’Avarice. Comme on le voit dans l'Avertissement de «l’un des auteurs de ce livre au public,» le Parasite Mormon est l’œuvre collective de plusieurs amis. J/abbé de Marolles nomme un de ces amis, l’abbé de la Mothe-Le-Vayer, dansle Dénombrement de ceux qui lui ont fait présent de leurs ouvrages. (Mémoires, tome lIlf, p. 824.) Sorel faisait partie de la même société, et l’on reconnait son style et ses idées dans le Parasite Mormon. Sous le pseudonyme de Louvot, il a parodié le Prince de Balzac, fait l'apologie des romans comiques, répété plusieurs plaisanteries dufrancionetdu Polyandre,etattaquélarègledes trois unités dans les mêmes termesque dans la Connaissance des bons livres. Les Variétés historiques et littéraires, tome VII, p. 117, contiennent une petite pièce intitulée l’Æistotre
Ibid. Acte Il, Scène IT :
« Elle répondra. car elle a lu Toutesles lettres à Père Dolu. »
(1)On reconnaît quelques-uns de ces vers dans la Comédie deChansons, Actelf, Scène IV: «0 nuit, jalouse nuit, contre moi conjurée.»(Desportes.) — Plus loin, Scène f, la chanson chère à Malherbe :
« D'où vencez-vous, Jeanne ? »
{444 ‘ AE, Cds,
dupoète Sibus,extraite du Recueil de Serey de 1658,tome Il, p.202 à 252. E. Fournierattribuait dèjà l’Æistoire du poète Sibus à Sorel, et sa conjecture était exacte.Cette Æistoire dupoëte Sibus n’est qu'un fragment, un épisode détaché du Parasite Mormon (édition Sallengre, tome IT, p. 252.) 42. 1670. — L'Histoire des Pensées mêlée de petits jeux. Paris. E. Loyson, 1670, 1 vol. in 12. B. N. Y?, 550: Recueil de petitsjeux desociété surannés. C’estprobablementun des derniersouvrages de la vieillesse besoignense de Sorel.
NowLve (Se rapporte aux pages #4, 6, 7, 8 du chapitre I)
L'ORIGINE DE LA LÉGENDE D'AGNÈS SOREL ET LES FRESQUES ALLÉGORIQUES DU CHATEAU DE LA GUERCHE EN TOURAINE.
Il est admis aujourd’hui qu'Agnès Sorel ne parut pas à la cour de France avant l’année 1944, et qu’elle n’a pu, par conséquent, exercersur le roi Charles VII l'influence heureuse qu'on lui a si longtemps attribuée. Telle est la conclusion du dernier historien de Charles VII, M. G. du Fresne de Beaucourt. Mais autre chose est de rejeter une tradition inexacte, autre chose est de rechercher la date et l’origine de cette tradition. M. de Beaucourt pense que la légende d’Agnès Sorel a été fabriquée de toutes pièces, à la fin du XVIe siècle, par l'historien du Haillan !. Divers faits, cités par Charles Sorel, laissent supposer que lalégende remonte beaucoup plus haut. Les homonymes d’Agnès Sorel sont nombreux en Picardie?; on trouve même assez facilement des ascendants de la Javorite, qui ont les mêmes armoiries parlantes3. Ce
(1) M. G. du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII. Paris, Tardieu, in-8°, tome III, p. 281.
(2) Voir les textes cités par M. Peigné-Delacourt dans deux brochures: Agnès Sorel élait-elle tourangelle ou picarde ? et Analyse du Ronan du Hem.
(3) Manuscrits Gaignières, Dénombrement du Comié de Clermont cn Beauvaisis, 1373, réimprimé en partie par M. le comte de Luçay, Paris, Dumoulin, 1878, in-8°: — 48:, fief de toutes les terres qui furent à
ne:
qui distingue les Sorel d'Ugnyt, c’est : 1° qu'ils n’ont jamais quitté le comté de Clermont en Beauvaisis; 2 qu'ils ont toujours affirmé leur parenté vraie ou fausse avec Agnès Sorel, dont la famille directe quitta le pays et s’éteignit assez rapidement. C’est done probablement cette famille Sorel d'Ugny qui a sinon créé, du moins conservé la légende d’Agnès Sorel, et qui a transmis au romancier Charles Sorel les faits cités par lui.
19 On connaît l’histoire du roi François I®r, inscrivant des devises au bas des dessins de Mme de Boisy, et improvisant le quatrain à « la gentille Agnès. » Charles Sorel prétend avoir vu le recueil de crayons de Mme de Boisy « dans un cabinet curieux? .» En tout cas, c’est lui qui le premier, en 1640, a mis en circulation l’anecdote du roi François Itr, Que cette anecdote soit vraie ou fausse, il est permis de supposer que Charles Sorel la tenait des Sorel d'Ugny, lesquels étaient alliés et amis de la famille de Mme de Boisy, née d'Hangest 3.
29 Sorel a plusieurs fois cité une longue pièce, connue du
Henri de Sorel, écuyer, tenu par Charles Sorel, d'argent à l'arbre à trois branches de sinople, au taureau de gueules sur le tout.
{1) Cabinet destitres, Dossier 60,485, pièces 15 et suivantes : Généalogie des Sorel, seigneurs d'Ugny le Guay, du Plessis-Godin, etc., qui portent de gueules aux deux léopards d'argent posés l’un sur l’autre. — Cette généalogie va sans interruption depuis Aubert de Sorel, 1418, jusqu'aux seigneurs et aux dames du XVII‘ siècle, avec lesquels le romancier Charles Sorel fut en relation. — Dans son Histoire de Charles VII, tome II, p.11 et 190, Valletde Viriville a déjà cilé Aubert de Sorel comme l'homonyme, le voisin et l’allié des parents d'Agnès Sorel ; il ignorait que cette famille Sorel d'Ugny s'était perpétuée jusqu'au XVII* siècle, et qu'elle conservait encore à ce moment la légende de la Dame de Beauté, comme on l’a vu dans les ouvrages de Charles Sorel, cités chapitre I.
(2) Sorel, La Soliluue et l'amour philosophique de Cléomède, 1640, p.327. L'aneedote a élé reproduite par P. de Saint-Romuald, Trésor chronoloqique, 1647, tome IT, p. 303 — On n'a pu retrouver jusqu'ici le Recueil indiqué par Sorel. Le Recueil À du cabinet des Estampes, et le Recueil de la Bibliothèque Méjanes, publié par M. Rouard, en 1863,lesquels ont passé successivement pour l’album de M" de Boisy, ne se composent que de médiocres copies. (Voir les Portraits au crayon des XVI et XFI: siècles par M.H. Bouchot, attaché au Cabinet des Estampes, Paris, Oudin, 1834, in-8'.
(3) Sur les relations des familles d'Hangest etSorel d'Ugny, voir Vallet de Viriville, Histoire de Charles VIT, tome II, p. 190.
reste, que le poète Baïf a composée en l'honneur de la Dame de Beauté, et qu'il a dédiée à un de ses descendants, le seigneur Sorel d'Ugny. La pièce de Baïl (1573), qui raconte les mêmes faits que l’histoire de du Haillan, lui est antérieure au moins de trois ans !; ce serait donc le poète et non l’historien qui aurait inventé la légende d'Agnès Sorel, et l'on voit, en relisant les vers de Baïf, qu'il n’en est rien. Baïf se borne à féliciter la famille qui conserve précieusement ces souvenirs, et qui les conservait encore au XVIIe siècle, comme on l’a vu précédemment.
Avant les Sorel d'Ugny, d’autres parents d'Agnès Sorel avaient déjà cherché à relever la favorite des accusations portées contre elle par tous les historiens contemporains. Au témoignage de Baïf il convient d'ajouter le texte souvent cité du Roman de Jouvenceel ?; si la description suivante, qui a passé inaperçue depuisle XVII: siècle, estexacte, la légende d'Agnès Sorel a pu commencer du vivantmêmedelafavorile. Un des compilateurs de la Bibliothèque des Romans, (que ce titre ne nous arrête pas), après avoir critiqué toutes les histoires connuesd’Agnès Sorel, ajoute ceci :
« Nous trouverions plutôt des ressources pour faire ce portrait, dans une suite de peintures à fresque que nous avons vues dans un château situé en Touraine, le château de la Guerche appartenant à M. le marquis de Voyer d’Argenson (de Paulmy,)qui a appartenu autrelois aux parents d'Agnès Sorel. Cette belle personne y est représentée au milieu de différents ornements et figures allégoriques relatifs aux différentes situations de sa vie; d’abord méprisant et rejelant des trésors et jusqu’à dessceptres et des couronnes que l'on met à ses pieds à, ensuile on voit qu'elle se rend à
(1) Histoire de France par du Haillan, {‘* édition, 1576, in-folio, p. 1253. — Œuvres de Baïf, édition Marty-Laveaux, tome Il, p. 92 — Charles Sorel prétendait que la pièce de Baïf avait été remise à son grand-oncle, le prévôt de Sézanne; elle était dédiée en réalité au chef de la famille Sorel &Ugny, Antoine de Sorel, époux d'Antoinette de Montmorency, ou à son frère Pierre de Sorel, tué en 1569 à Montcontour.
(2) Le Roman du Jouvencel par Jean de Bueil, édition Favre et Lecestre, in-8°, 1887, Introduction.
(3) Comparer la pièce de Baïf.
Le. de. nt
l’amour d’un prince qu’elle croit sincère ; elle paraît enlevée par un aigle comme Ganymède, et par une devise latine elle se vante de ne s’ètre rendue qu’au Roi des Oiseaux. Quoique les traits de la figure principale de toutes ces peintures soient un peu effacés, on voit qu'ilsreprésentent une personne d’une assez grande taille, parfaitement bien faite ; ses cheveux sont blonds, ses traits réguliers et sa physionomie douce et spirituelle !. »
La description précitée n’est point à dédaigner, si l’on se rappelle que la Bibliothèque des Romans a été faite presque exclusivement avec les livres du marquis de Paulmy,que cette Bibliothèque est son œuvre, et qu'il aeu pour collaborateursdes éruditstels que Legrand d’Aussy. L’articlesur Agnès Sorel à certainement passé sous ses yeux: c’est un des premiers et des plus soignés de la publication. D'autre part, les fresques décrites semblent bien remonter au XVe siècle 2; on y remarque le même étalage d’érudition que dans l’épitaphe. d’Agnés Sorel par Jacques Milet :
Fulgor Apollineus rutilantis, luxque Dianæ Quam jubaris radn clarificare solent
Nunc tegit Ops, et opem negat atrox Iridis arcus, Dum Furiæ primæ tela superveniunt...
Reste à chercher comment et par quel ordre ces fresques ont été exécutées. La question n’en était pas une, quand le
(t) Bibliothèque universelle des Romans, 1778, octobre, 2 volume, p. 129 à 130. Le texte a été oublié non-sculement par les historiens d’Aonès Sorel, mais même par les archéologues qui se sont spécialementoccupés des châteaux de la Touraine.Ex:/techerches historiques sur Les châteaux de Touraine, par Lambron de Lignin,Manuserit de la bibliothèque de Tours, n° 1431. — Ibid. Recherches sur Les artistes tourängeuux, legs Salmon, n° 1240 et 1241 — Ces documents nous ont été obligcamment indiqués par M. Dubos, conservateur de la bibliothèque de Tours, et par notre collègue, M.Belot.
(2) On trouve d'ailleurs souvent à celte époque des décorations empruntées à la mythologie. Voir la fable de Jason représentée (1453) au banquet du due de Bourgogne, décrit par Olivier de la Marche, tome II, p. 357 — ct Comples de la maison du Roi (1491), cilés par Monteil, Histoire des Français, tome IV, p.5f4: « A Jacques Lasnier, pour avoir fabriqué la maison de Dédalusavec un Minotaure.» Quant à l’allégorie, qui consistait à faire du roi de France l’Aigle ou le Roi des oiseaux, le roi des Moineaux francs, elle est très ancienne et son souvenir s'est perpétué jusqu'au XVI siècle. Voir le Roman des Oiseaux, dédié au Roi, par Boucher, Paris, Lesselin. 1661, in-8".
château de la Guerche passait, il n'y a pas si longtemps
encore, pour avoir été donné par Charles VII à Agnès Sorel. On sait aujourd'hui qu'il n'a jamais appartenu à la favorite, et la liste de ses propriétaires successifs est connue: Jehan de
Malestroit le vend, le 21 mai 1448, à Nicole Chambret, écuyer
de Charles VII, lequel le revend le 19 octobre 1450, à André de Villequier,”"mari d'Antoinette de Maignelais. Il reste dans la maison de Villequier jusqu’en 1604, passe alors aux d’Aumont, et enfin aux Voyer d’Argenson ?.
Il convient cependant de ne pas négliger une vieille tradition. On ne voit pas comment les fresques en question auraient été commandées par Antoinette de Maignelais, femme d'André de Villequier, cousine d’Agnès Sorel, sa rivale et sa remplaçante auprès du roi, et de plus en puissance de mari. D'autre part, beaucoup de châteaux de la Touraine passent pour avoir appartenu à Agnès Sorel, tout simplement -parce qu'ils ont reçu sa visite $, etd'aprèsune tradition constante, le château de la Guerche a servi de rendez-vous de chasse à Charles VII et à sa favorite $. Ne se pourrait il faire que Nicole Chambre, le favori du roi, lui ait servi de prètenom pour l'achat de la Guerche, et que ce Nicole Chambre ait voulu conserver le souvenir d'un des séjours de la favorite au château 5, en faisant exécuter les fresques que nous con-
(L Sur Nicole Chambre ou Chambers, chef de la garde écossaise et favori du roi, voir l'Hisioire de Jacques Cœur par Pierre Clément,
tome II. p. 227, et l'Histoire de Charles VIT, par M. de Beaucourt.tome HE,”
(2) Dict. qévg. ei biog. ŒIndre-et-Loire, par M. Carré de Busserolles Tours, 18Sû, tome III, p. 268$, résumé des notes de Dom Housseau.
(3) Ex. Foutenailles, Eves le Moustier, Semblançay, les Roches Tranche-Lion, :Cheillé, Champigny, ete., cités par M. R. de Croy, Journal des Artistes. IS, in", tome I, p. 216. Quand le roi séjournait dans un de ces châleaux. il payait les frais d'aménagement. Voir les comples pour le château de Razillv pour l’année 4445-46, cités par M. de Beaucourt, Histoire de Charles FIT, tome IV, eh. VE, p.168, ett. IH, p. 25, comptes du château de Bois-sir-Amé (1447).
(4 Le Paradis Délicieux de la Touraine par le R. M. Martin Marteau, Paris, 1661, p. 61.
(5) Pendant l'année 14H49, Agnès Sorel réside à Loches, qui est à quelques lieues du château dela Guerche. (Histoire de Charles FI, tome IV, p.217, note).