‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 25 sur 52 · SECONDE ÉPITAPHE · texte numérisé non relu

SECONDE ÉPITAPHE

Si la loy donnoit loy à la loy de la vie,

Tes loys, Ô vive loy, eussent donné la loy

A la mort, loy de vie. Hélas ! mais avec toy La loy de mort nous a la loy de vie ravie (1).

Telles sont les subtilités, les recherches laborieuses et puériles où se complait trop souvent le poète. Lui arrive-t-il quelquefois de peindre ou de faire parler la passion, il lui prête un langage artificiel et affété qui fait beaucoup plus d'honneur à son ingéniosité qu’à son goût. Il faudrait citer en ce genre la longue description du « bois des Amours » qui se trouve dans la deuxième Semaine (2).

(1) Ces épitaphes se trouvent à la page 700 de l'édition de 1632. (2) Magnificence.

Aülleurs (1), toujours dans le même poème, on entend David s’écrier en voyant Bethsabée au bain :

. «+ -« . O clairs bains, si vos eaux Gelées vont roulant, d’où sortent les flambeaux Qui consument mon cœur ? Si vostre onde bouillonne, D'où vient ce froid hyver qui mon âme glaçonne ?..…. Las l'je meurs pour te voir et meurs pour ne te voir Que de loin...

Dans le poème de Judith, l'amour d'Holopherne ne s'exprime pas avec moins de mauvais goût. Que me sert, dit le chef Syrien,

La rondache d'acier, d’airain la bourguignote,

Et tout mon corps cerné d’une guerrière flotte, Puisque le trait aigu qui de son bel œil part, Faussant fer et soldats, m'outre de part en part ? Que me sert ce coursier dont la vistesse isnelle Devanceroit le vol de la viste arondelle,

Puisque, fuyant sur luy, je ne puis esviter

Le soin qui jour et nuit vient mon cœur pinceter ?

On le voit par tous ces exemples, du Bartas, le chantre de la Création, le grave et austère poète, n’est pas plus exempt de pointes et de puérilités raffinées que de trivialité et d'emphase. Ces défauts appartiennent sans doute à son temps ; mais, pour y donner à ce point, il fallait qu'il y fùt déjà porté de lui-même et que les circonstances ne lui eussent pas permis de cultiver et d’épurer un goût naturellement peu sain. Son manque de mesure et de tact l’a toujours empêché d'occuper dans notre poésie la place où semblent pourtant l'appeler tant de belles et hautes qualités, que de pareilles taches nous laissent malaisément estimer à leur juste prix.

(1) Trophées.

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