‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 44 sur 52 · USAGE DES NÉGATIONS · texte numérisé non relu

USAGE DES NÉGATIONS

Ne forme très souvent une négation complète. Ex. : L’Eternel ne commet seulement A nostre père Adam ce bas gouvernement (IT, Ed.). Les luisans glaçons n’envieillissoyent les champs (Ibid.). Cf. La Bruyère : Je ne lui confierois l'état de ma garde-robe (II, 84); Racine : Si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours (Brit. 1250).

Ne est parfois supprimé. Ex. : Est-ce pas toy qui fis? (II, Ed.). Hé! Muse, vois-tu pas(Ibid.). Vois-tu pas que le bled ? (IT, Imp.). Perdis-tu pas l'audace? (T, 1). Vois-tu pas ces brandons? (I, 7). Voici pas le crayon d’un fleuve jaunissant? (II, Col.). Cf. Molière: : Dis-tu pas qu'on t'a dit?... Ai-je pas réussi ?...; Racine: Suis-je pas votre frère (Esth. 637)?

Du Bartas emploie la négation en bien des cas où nous la supprimons. Ex. : Dieu tonne plus souvent qu’il ne foudroye pas (II, Arche). Nul ne peut pas Se dire bienheureux jusqu’au jour du trespas (II, Cap.). L'huile ni la farine ne manquent point (II. Schis.). Sans que par trop couard Je n’esteignisse pas le chaud désir qui m'ard (Jud. 5). Et qui n’a point encor qu’un mol duvet pour ailes (II, Ed.). Elle n'a point que du ventre la place (II. Fur.). Cf. Bossuet : Ce n’est point ni un ennemi ni uu étranger; Racine : Ulysse ni Calchas n’ont point encor parlé (Iph. 1475). Il faut avoir l'esprit plus libre que je ne l’ai pas (Lett.). Il n’est pas permis à aucun de rien manger (Ibid); La Bruyère : Il ne daigne pas attendre personne (I, 65). Des gens qui ne savent pas discerner ni votre loisir ni le temps de vos affaires (I, 4).

Quelquefois on trouve la particule point dans une interrogation à laquelle on attend une réponse négative. Ex.: Mon père (dit Isaac),

ay-je point mis Dans votre plat sacré le mortel aconite ? (II, Pères).

Du Bartas emploie ne avec à peine, contrairement à l'usage moderne. Ex. : Il ne peut à peine D’un grand quart d'heure après reprendre son haleine (Il, Pères).

Il supprime ne après certains verbes, craindre par exemple. Ex. : Je crains que quelque mesdisant aille (I, 2). Que l’on m'estime jaloux (I, 3). Craignant Que son barbare prince en ait senti le vent (II, Loy). Il craignoit que la révolte semblast (IT, Imp.). Les constructions de ce genre sont très nombreuses chez Corneille. Cf. Sévigné : Je craindrais que ce cuisinier fût trop faible.

Ne est encore supprimé dans les locutions suivantes : Joint non moins nos vouloirs qu’il enhardit nos cœurs (Jud. 1). On verra sans rage la tigresse Plus tost qu’à nos despens il se monstre trompeur (II, Arche). Les bras qui me presseront plus que dans un bocage le lierre estreint (II, Voc.). Cf. La Bruyère : On ne peut mieux user de sa fortune que fait Périaadre (I, 251); Racine : Jamais père ne fut plus heureux que vous l’êtes (Iph. 358).

Par une tournure qui rappelle le nescio an des Latins, équivalent de je ne sais si... ne pas, du Bartas dit : Que sçavez-vous si, lorsque, charitables, Vous pensez recevoir des hommes à vos tables, Heureux vous festoyez les saints anges de Dieu — vous ne festoyez pas ? (II, Voc.).

Notons encore ne pour ni. Ex.: Ne plus ne moins (IT, Imp.). Il n’a force ne cœur (IT, Schis.).

Aussi se met pour non plus. Ex.: N'y venez point aussi (Jud., 5). Cf. Molière: Je n'irai pas aussi; Fénelon: Il n’est pas juste aussi, La Bruyère: Il ne faut pas aussi.

Non suivi d'un impératif est mis pour ne... pas. Ex. : Si fay-le. — Mais non fay (Jud., 6). — Non cela est mis pour ce n’est pas cela. Ex.: Non cela ne m'attire (Jud., 4).

Disons enfin que certaines formes négatives semblent dans l’usage moderne appeler nécessairement une correction, qui nient, chez Du Bartas, comme une négation ordinaire. Ex.: Dieu le tente, non comme Satan tente les siens et l’homme tente l’homme ; Satan toujours nous pousse, .. etc.

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