PRÉFACE V
l'intercaler aussi dans la vie d'Urfé, vers l'année 1619, c'est-àdire au moment où paraît la troisième partie, la dernière que l'auteur ait lui-même publiée, et où commence à s'affirmer le succès prodigieux du roman.
Cela dit sur l'ordonnance générale de ce livre, de courtes observations sur les deux parties qui le composent auront leur utilité.
Quand Auguste Bernard, dans les d'Urfé^ écrivit en 1839 sa notice sur Honoré d'Urfé, il savait de lui peu de chose; ce qui ne Ta pas empêché de trancher avec assurance certaines questions qu'il ne connaissait pas, et de tomber ainsi dans de lourdes méprises.
Depuis Auguste Bernard, si on en excepte les aperçus dont j'ai parlé plus haut, on n'a guère ajouté à cette maigre biogra^ phie, et les mêmes erreurs se sont perpétuées, en particulier touchant le mariage d'Honoré d'Urfé et ses rapports avec Diane de Châteaumorand.
En exhumant les informations enfouies dans des ouvrages imprimés, mais la plupart anciens ou rarement consultés, et dans divers documents manuscrits (1), il était facile d'enrichir défaits nouveaux l'histoire d'un homme plus célèbre que connu. Je n'y ai eu d'autre mérite qu'un peu de patience et de ténacité.
Cependant je n'aurais pas repris cette tâche, si je n'avais rencontré des ressources exceptionnelles, un Honoré d'Urfé tout à fait inédit, aux archives de Châteaumorand; mais je ne puis les séparer des archives de Léran. Les titres de Châteaumorand ont été portés en partie au château de Léran, dans le département de l'Arièg^ où ils sont classés et catalogués sous
(i) On trouvera dans les notes la mention des sources nombreuses que nous avons utilisées.
la rubrique de Fonds de Ckâteaumorand. Ce sont encore les archives de Châteaumorand, mais émîgrées sous un autre ciel, bien loin du Forez. Ce fonds a été mis à ma disposition par M. le duc de Lévis-Mirepoix, avec une libéralité dont je lui exprime ma profonde reconnaissance. Sans doute les archives restées à Châteaumorand m*ont donné beaucoup plus que le chartrier de Léran; mais celui-ci n'en a pas moins été pour moi un appoint des plus précieux (1).
En somme, on trouvera ici, non plus des lueurs intermittentes et des renseignements interrompus sur Honoré d'Urfé, mais une biographie suivie, ayant de la consistance et de la continuité (2).
Ce n'est pas que nous ayons cru devoir descendre jusqu'aux actes les plus infimes de sa vie. Tout ce qui est affaires^ intérêts privés, administration domestique, histoire purement locale, a été volontairement sacrifié, et on n'en a retenu que ce qui pouvait donner une idée de la vie du baron féodal à Châteaumorand et à Virieu, détruire une légende, préciser un point de biographie.
Des faits même plus importants ont été souvent abrégés; car il fallait se restreindre et se souvenir qu'Urfé n'est pas, après tout, de ceux dont les moindres gestes aient un intérêt capital pour la postérité (3).
(i) Les archives de Léran étant inventoriées et classées, la cote des documents empruntés au Fonds de Châteaumorand a été indiquée ; ce qui n*a pu se faire pour les archives de Châteaumorand, dont le classement est à peine ébauché. — Les archives de Virieu-le-Grand n'existent plus; l'inventaire dressé en 1 62 5 , et que j'ai souvent cité, n'en donne qu'une idée très imparfaite.
(2) Aucune pièce justificative n'a été ajoutée à ce volume ; mais quelques documents d'une spéciale importance ont été insérés dans le texte même.
(5) Rien n'eût été plus facile que de doubler, de tripler même l'étendue matérielle de ce livre. Nous nous sommes tenu en garde contre cette tenta-