I6 CUtophoriy ou l* Exhortation
Dialogue moral, qui formait dans la huitième tétralogie la première pièce.
C'est à peine ici un dialogue. Sur une interpellation deSocrate, Clitophon exprime à ce dernier dans un long discours, avec quelques éloges sur la beauté et la pureté de sa morale, les objections assez fortes et assez vives des orateurs et des hommes politiques contre Tutilité et Tapplication pratique dont elle est susceptible. Le style ne manque ni de bonheur ni de vie, quoiqu'il ne ressemble guère au genre du dialogue, et tombe dans le ton oratoire. Quelques anciens voulaient qu'on commençât par lui la lecture de Platon (1) : c'est assez dire qu'ils le considéraient comme authentique, et n'avaient pas à cet égard le moindre doute (2). Nous n'en au rions pas davantage s'il était vrai qu'Aristote y fit plusieui*s fois allusion, comme le croient Giphan et Zell (3) : mais les passages cités paraissent à M. K. Fried. Hermann se rapporter plutôt au Lysis (4) et à la République (5). On ne peut s'empêcher d'avoir
(0 Diog. L., ni, 62.
(2) On le trouve cité par Syncsius, Dion, p. 37.
(3) Ad Aristot,, Ethic, Nie, Vllf, 4, 4 ; Eudem., VU, 2; Polit,, H, 1, 16.
(5) ilep., J, 351,etV,462.
quelque soupçon sur cet ouvrage, que rejetait déjà de Serres parmi les voôeuoixevouç, en y voyant une attaque si vive contre Socrate, et surtout une critique qui porte, quoique souvent à faux , sur des points particuliers des dialogues de Platon, Pour expliquer cette contradiction, Tennemann (1) propose de le considérer comme le fragment d'un dialogue incomplet, où manque la réfutation des critiques, et Ritter (2), comme 1 ébauche ensuite abandonnée du commencement de la République^ où figure en effet en personnage presque muet Clitophon. Mais la macrologie, si opposée à la manière habituelle de Platon, ainsi que l'observent Schleiermacher (3) et F. Hermann (4) , Tinexactitude dans la reproduction des doctrines, que Tauteur dénature et ne paraît pas comprendre, expliquent, si elles ne justifient pas Topinion de M. Hermann, qui, malgré Tair d'authenticité que lui donnent la couleur du style et la méthode, voit dans ce morceau un de ces travaux d*école, où les disciples de l'Académie s'exerçaient à traiter avec la dialectique platonicienne et à la manière socratique un thème paradoxal.
(1) Syst. de Plat. Phil,Yo\. I, p. 112.
(2) Gesch, d. Philos. , vol. U, p. 176. (a) Trad. allem., voL H, p. 460.
(4) Gesch. u, Syst., p. 426.