‹ La vie et los éerits de PlatonChapitre 24 sur 73 · L'Ion, ou de riliade · texte numérisé non relu

L'Ion, ou de riliade

Dialogue peirastîque, qui forme dans la septième tétralogie la troisième pièce.

L'entretien du rhapsode Ion et de Socrate a ur objet de montrer que le rhapsode qui est Tinpgrp?èîe du poëte, comme le poète est l'interprète de la muse, ne doivent leurs succès ni à l'art ni à la science, mais à une inspiration divine (2), au souffle d'un délire poétique envoyé par les dieux, et dont ils sont possédés plutôt qu'ils ne le possèdent. La poésie est donc chose inférieure à la science et à la philosophie, a L'Ion tout entier, dit M. Cousin dans son très-bel argument, est dans la

(1) Ce nVst pourtant pas l'opinion d'Âst, p. 454, qui ne voit dans cet ouvrage .qu*une imitation froide et maladroite du Pro'tagoras : Dat Ganze hat hein dramatisches Leben^ tmd sa ist die Charakterschilderung elend. l\ est cependant difficile de ne pas admirer le magniûque portrait de Socrate, p. 188, c, d. : « Lors* que j^entends parler de la vertu et de la science à un homme vraiment homme j et qui sait mettre sa vie au niveau de ses discours, c'est pour moi un charme inexprimable. Cet homme, dit Lâchés, m'offre l'image d'un concert sublime, qu'il ne tire ni de la lyre, ni d'aucun autre instrument, mais de sa vie tout entière montée sur le ton le plus pur; et dans l'harmonieux accord de ses acUons et de ses discours, je ne reconnais ni le tou ionien, ni le phrygien, ni celui de Lydie, mais le ton dorien, le seul qui soit vraiment grec. »

(2) 6ëî^ (&o{pqf, OeC^ 6uva|jiet.

célèbre comparaison que Platon y fait du poëte, du rhapsode et des auditeurs avec une chaîne aimantée dont la muse est le premier anneau, le poëte et les rhapsodes les anneaux intermédiaires^ le public le dernier. » Ce n'est donc point à Tart, mais à Tenthousiasme et à une sorte de délire, que les bons poëtes épiques et les bons poëtes lyriques doivent leurs beaux poëmes. Semblables aux corybantes qui ne dansent que lorsqu'ils sont hors d'eux-mêmes, ce n'est pas de sang-froid que les poëtes composent : il faut que l'harmonie et 4a mesure entrent dans leur ftme, la transportent et la mettent hors d'elle-même. . . « Les poëtes nous disent que c'est auprès des fontaines de miel, dans les jardins et les vergers des Muses, que, semblables aux abeilles et volant çà et là conmie elles, ils cueillent les vers qu'ils nous apportent, et ils disent vrai. En effet, le poëte est un être léger, ailé et sacré : il est incapable de chanter avant que le délire de l'enthousiasme arrive. »

Le but de l'ouvrage^ de diminuer l'influence et le prestige des poëtes (1), la beauté de cette comparaison fameuse qu'un autre que Platon aurait diffi* cilement trouvée et exprimée avec une pareille éla* quence, la conformité des principes avec ceux du Phèdre et des Lois (2), ne permettent guère de

(1) Qu'on se rappeUe la place immense que tenaient, dans réducalion et dans la vie grecques, les poètes, surtout Homère.

(2) Phœdr,^ 245, a.; de Legg.^ IV, 719, c; Apol, 5., p. 22, c. Conf. Cicér., de Orat,, II, 46, et de Divin., I, 37 ; Horat., £p. Qd Pis., T. 297. On les retrouve dans Xénophon , J/em., IV, 2,

douter de Tauthenticité, malgré quelques longueurs dans la discussion, quelque langueur dans les raisonnements, quelque monotonie dans Texécution. G*est une scène de la lutte entreprise par Platon contre tout savoir qui n'a que l'apparence, contre toute influence et toute autorité qui n'est pas fondée sur la raison. M. Nitzsch a donné une très-bonne édition de ce dialogue, Leips., 1822, sur lequel on consultera avec fruit deux dissertations d'Arnauld, Mém. Acad. inscript, ^ t. XXVII, p. 1 sqq. et t. XXXIX, p. 249. Ast, Schleiermacher, Susemibl, condamnent le dialogue, dont l'authenti* cité est soutenue par Stallbaum^ Nitzsch, Socher et K,-Fr. Hermann.

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