‹ La vie et los éerits de PlatonChapitre 26 sur 73 · Le Charmide, ou de la Sagesse · texte numérisé non relu

Le Charmide, ou de la Sagesse

Dialogue peirastique, qui forme dans la cinquième tétralogie la deuxième pièce.

L'ouvrage est du genre narratif, airiYni^atixoç, car

Socrate est censé raconter h des personnages présents, mais muets et non nommés, un entretien qu*à son retour de Texpédition de Potidée, il a eu dans la Palestre de Tauréas, située vis-à-vis du Portique de r Archonte roi, avec Gharmideen présence de Ghéréphon et de Gritias.

Ghéréphon, ami d'enfance de Socrate, qui appartenait au parti démocratique dont il avait partagé les périls^ était un homme généreux, ardent dans ses amitiés comme dans ses antipathies et passionné pour la philosophie. G'estlui qui demanda à la Pythie s'il y avait un homme plus sage que Socrate.

Charmide, fils d'un Glaucon qu'il faut distinguer du frère de Platon, était de Tillustre et opulente famille des Gritias; il se recommandait non-seulement par sa beauté et sa jeunesse, mais encore par son goût pour la philosophie et la poésie, par sa modestie {{) et son esprit. Nous le voyons figurer parmi les auditeurs de Protagoras dans le dialogue de ce nom : c'était l'oncle de Platon.

Gritias est au contraire l'oncle et le tuteur de Charmide, fils de GallaBSchros, et s'est rendu tristement célèbre par sa participation au gouvernement des XXX (2). Il soutient une partie de la discussion

(1) Xénoph., Mém.t lU, 7 et 9; lY, 29. n est là représenté comme pauvre ; il aurait donc perdu sa fortune dans les folles dépenses nécessitées par les Jeux Néméens , où il avait voulu concourir, malgré les conseils de Socrate. Theag, 12S, e.

(2) Le scbol. de Platon dit de lui que c'était une nature noble et ardente ; qu'il se plaisait aux conversations philosophiques , et qu'on avait pris l'habitude de l'appeler un Idieûtiic parmi les philosophes , et un philosophe parmi les IdCttrat.

i74 LES ÉCRITS DE PLATON.

engagée d'abord avec Charroide. Chéréphon ne fait que saluer Socrate à son entrée dans la Palestre, et assiste en silence à tout le reste de l'entretien.

Socrate dans ce dialogue réfute quatre définitions de la sagesse, ou plutôt de la acocppoauvY), mot trèsvague qui s'entendait parfois de la tempérance, parfois de la science, cppowiaïc , parfois de la vertu tout entière.

La sagesse n*est pasla mesure, {leTpiotiQc; car la mesure s'entend du calme, de la réserve, et il est des occasions où la lenteur est inférieure à la rapidité.

La sagesse n'est pas la modestie ni la pudeur, :^ alSY){iuxruvTi, par la même raison.

La sagesse ne consiste pas à faire ce qui nous appartient, T& éauTou TrpatTsiv , Car, prise dans son sens littéral, cette définition est manifestement fausse et absurde ; et ses autres significations sont trop nombreuses pour ne pas induire en erreur ceux qui ne pénètrent pas la véritable.

La sagesse consiste -t- elle donc à se connaître soi-même comme le dit l'inscription de Delphes? elle est alors une science et la science de soimême (1), n'ayant pas un objet déterminé, autre qu'elle-même; mais une science qui ne sait rien que la science , et qui ne connaît pas les objets des autres sciences, en supposant qu'elle soit possible, et elle l'est pas (2), nous serait parfaitement

(1) Le passage deimaxyiit^r^ êautoû à iimjrriit.ii iavxvic est vraiment sophistique.

(7) Elle De Test pas : car ce serait supposer une vue de la vue* mais qui ne verrait rien de ce que voi( la vue; elle seriHt ainsi

LES ÉCRITS DE PLATON. i75

inutile. Or la sagesse est sans doute une belle et bonne chose.

On ne peut nier que les arguments de la réfutation ne soient souvent un peu sophistiques, et que les définitions contestées ne se retrouvent dans les ouvrages de Platon, mais autrement entendues : par exemple, la définition de la sagesse par la connaissance de soi-même, définition qui est moins réfutée qu'esquivée. C'est ce caractère qui a fait douter à Ast (1) et à Socher (2) de l'authenticité de ce

à la fois plus^ petite et plus grande qu*elle-même ; car, étant la science des^sciences, elle contiendrait à la fois et ue contiendrait pas les objets de ces sciences.

(i) Platon's Leb.j p. 419. Doutes d*Ast fondés sur les points suivants :

1. La parenté de Critias et Charmkle, par conséquent de Platon par Dropide, avec Solon, mentionnée p. 157, e., est contraire au Timée^ p. 20, où il est dit de Solon qu'il était oixeto; xaX vfédpa çtXoç ApcoirCSou. Mais ce terme d*olxeTo( s*appliquait, dit Hésycbius, v. olxeTo^ aux parents par alliance et aux parents propres.

2. La mention de cette illustre origine est peu convenable chez un philosophe. Stallbaum et Schleiermacher répondent que cette bouffée de vanité démontre que le dialogue a été composé dans la jeunesse de Tauteur. Pour moi, elle ne prouve rien; si ce n'est que les philosophes ne sont pas insensibles à la vanité de la noblesse : cela s'est vu.

3. La manière dont Socrate exprime Timpression que lui fait fa beauté de Charmide laisse suspecter des sentiments quMl est impossible d'imaginer que Platon ait voulu lui prêter. C'est une accusation qu'avait déjà portée Athénée, V, 187, e., mais que la lecture du dialogue, étant données les habitudes du langage autorisé par les mœurs grecques, ne justifie en aucune façon.

(2) Veber Plat, Schrifl.y p^ 130,

dialogue que défendent K. Fr. Hermann(l), Steinhart dans la préface de la traduction du Charmide^ Schleiermacher, et Stallbaum dans ses prolégomènes. Le caractère socratique de la discussion , Tabsence de solution positive qui s'y rattache, le tour délié, subtil et parfois sophistique des raisonnements, ne nous étonnent pas chez un disciple de Socrate et chez un Grec. Suivant M* Stallbaum Platon a voulu faire entendre que la <no(ppoauvv) réunit et enveloppe toutes les définitions isolées qu'on lui applique, et suivant M. Cousin il a voulu montrer par un exemple que la définition de cette vertu était chose plus difficile qu'on ne le pense : ce serait donc une leçon de modestie et une excitation à une recherche plus profonde qui en serait le but.

On pourrait dire aussi que Platon se propose ici moins de détruire des erreurs , que de montrer comment on emploie fréquemment sur les points les plus graves des mots d'un sens vague et équivoque, qu'on est dans l'impossibilité de déterminer avec précision ; comment des opinions justes et des sentiments vrais, quand ils ne sont pas fondés sur des principes scientifiques et soutenus par une dialectique rationnelle, quand on ne connaît pas les paroles enchantées, le charme magique, lm^^^ c'est-à-dire la philosophie qui dissipe les nuages et fait fuir Terreur et l'ignorance, peuvent être facilement renversés au moindre souffle d'une discus-

(1) Guch, «I. s. d. Plat, PhU., p. 442.

LES ÉCRITS DE PUTON. i77

sion subtile et adroite. Non-seulement on n'a vraiment la notion d'une vertu, mais on ne possède même vraiment cette vertu, que quand on en peut rendre compte philosophiquement à soi et aux autres. Toute définition, si on la considère en soi, isolée, abstraite, est fausse : il faut la ramener à un principe supérieur et universel qui Texplique et .la contient, ce que Gharmide est hors d'état de faire. Il n*y a donc aucun indice sérieux contre l'authenticité de cet ouvrage.

Heindorff (1) a donné une édition spéciale avec un commentaire plus grammatical que philosophique,

Page 1