ET SES SATIRES ÉTUDES LIITÉRAIRES, HISTORIQUES ET MORALES
Par M. Au^. l^IDAL.,
l*rofeMeur h 1a Facalté dei lettres de BesAnçon.
Oeaxième édition. 1 vol. in-ia. *- Prix : 8 fr. SO.
On 8C tromperait fort si on Jugeait de ce livre par son iMre trop modeste. L*ourmec de M. Wldal n'est pas seulement une étude savante, solide et attrayante à la fois sur Juvénal et son siècle, élude faite d*apré8 les meilleurs lextes et avec la connaissance la plus exacte des derniers travaux de la critique et de la philologie allemandes, cet ouvrage est encore et surtout une étude comparée d'histoire et de morale. On s'aperçoit bien vite, en effet, que tout en s'appliquant à nous peindre dans une série de tableaux lucides, animés, semés de nombreux traits de critique et de philosophie morale, la société romaine de l'ère des Césars, M. Wldal s'est laissé entraîner bien an delà de l'antiquité latine. Son sujet lui a été une occasion toute naturelle, une tentation irrésistible de jeter par-dessus la décadence romaine un regard clair et pénétrant sur le relâchement, la corruption, et, disonsle, sur la . décomposition sociale du temps présent. A propos delà décadence romaine, Tauteur a soulevé avec une singulière compétence des questions morales et sociales toutes brûlantes; ce qui donne à l'ouvrage, en bien des endroits du moins, un caractère tout à fait contemporain. En observateur sagace, M. Wldal a constaté avec chagrin, mais
avec cournge, cl cela sli oa sept mois avant l'effondrement moral, iliUitaire et politique 4e ^^ France» les priocipaux symptômM du omI qui a été la cause plus ou moins directe de cet effondrement; ei, à Toccasion de certain» types de la décadence romaine ou de telles on telles autres peintures de Juvénal, M. Widal s*e8t fait bien bamblement et bien modestement iRns dou|e, mais non sans esprit ni sans finesse, Taccusotear e( le Jm|e des |«rops préteots.
Aussi la moitié au moins da rintëréc qu^offre JuvéncU ei ses satires gll-il dans une série de rapprochements Instructifs et curieux et souvent aussi inattendus que piquants. Ces parallèles témoignent en général de beaucoup de sens critique^ d'un esprit Juste et perspicace, habile à saisir des points de contact entre deux civilisations, après toat, bien éloignées l'une de Tautre ; lis supposent ainsi une mémoire riche et fidèli% do vattaa laotures fuites et retoaues dans les domaines les plas variés el les plus opposés. C'est là un des c<)tés particulièrement instructifs du livre de M. Widal, considéré, on l'a déjà dit, comme étude de phi-, losophie morale.
Le livre de M. Widal a été Tobjet, de la part de la presse |>arisienne, de l'accueil le p!us sympathique et le plus bienveillant
Nous citerons ici quelques exi rails des Jugt^ments portés sur Juvénal et ses satires par des critiques et des écrivains autorisés.
« Le travail de M. Widal, dit M. E. Despois dans la Revue des cours iittétaires,e$l eneore moins une étude do texte et mémo une ciodc littéraire qu'une élude morale et historique sur la société romaine telle qu'on ia voit dans les satires. En plus d'un endroit M. Widal trouve dans les satiriques latins des travers, des vices, des scandales que la société actuelle nous présente, il convient, du reste, qu'en général nous
valons beaucoup mieux
Il n*a d'ailleurs négligé aucune des observations essentielles que lui suggérait une étude approfondie de la société romaine à celte triste époque. Sgn livre est l'œuvre d'un historien et d'un moraliste ; c'est la vraie manière d'étudier les anciens : l'étude parement lliiéraire a fait son temps.
« Cette étude, dit SI, Javel, e&l Intéressante à un double point de vue ; d'abord elle donne aux lettrés la liste et l'anolyse des derniers travaux de la critique allemande sur le satirique latin et leur offre pour chaque satire un commentaire plein do rapprochements ingénieux et d'interprétations heureuses ; ensuite, et c'est le principal mérite du livre de M. Widal, Il fait connaître Juvénal aux gens du monde, mêlant heureusement la traduction à l'analyse et nous faisant (tasser successivement en revue toute la société de l'empire. C'est un traité de morale et d'histoire comparées.
« A propos de Juvénal cl de l'effroyable corruption de son temps, M. Widal t^it sans cesse le procès, la guerre même à notre corruption contemporaine, en sorte que son livre a incontestablement un Intérêt ac* tuel, un véritable à-propos. » (Le FmnçaiSy 3 juillet 1870.)
Voici comment, «le son côté, s^eiprime, sur ce sujet, M. Victor de l.aprade, de l'Académie française:
H l/occasion de relire, de mieux comprendre et d'admirer encore plus Juvënal, nous a été offerte par l'excellent livre que vient de publier M. Auguste Widal, professeur à la Faculté des lettres de Besançon, Juvétial et ses satires. O; livre peut tenir Heu d'une traduction, et même de l'original à tous ceux qui uc lisent pas le latin ou qui redoutent justement de salir leurs regards à certains passages du pofite. Les Jeunes gens, les ^^mrnes, les gens du monde, prendront une Idée Juste et suffisamment complète de ce grand auteur, sans en rien connaître de plus que ce qui est cité et parfaitement traduit par M. Wldal. Les commentaires moraux, historiques et littéraires qui encadrent le texte sont d*un érudii, d'un vi^rilabte critique et d'une Ame trôs-bonnôte et très-élevée. L'auteur possède tout ce que la philologie, l'érudlilon et la philosophie allemandes ont entassé de découvertes et d'hypothèses ingénieuses au sujet de Juvénal ; mais il réduit tous ces miracles de critique d'ouire-Rhin auxjuttes proportions du bon sens fiançais. . .
« M. Widal a profllé de toutes ces recherches pour nous donner le meilleur travail que nous ayons encore en France sur Juvénal. Nous devons lui savoir un gré tout particulier de ce que son érudition ne se borne pas à l'antiquité et aux reclierches allemandes. Il connaît aussi notre littérature contemporaine; Il mentionne, à propos do Juvénal et des Lutins, le ihéàtre, lu poésie, le roman et la presse moderne. Il glane ches nos |>eintres, nos poêtee, nos dramaturges comme ohes les grands érudits de l'Italie et de l'Allemagne, et II trouve alnM moyen de foire d*un livre très-savant un livre très*agréable. » {Le Correspondant, juin 1870.)
Un critique distingué du Temps parle de la manière suivante de Juvénal et ses satires :
K Je ne puis résumer ici l'analyse faite par t*auteur de chacune des quinte saiires do Juvénal. Un pareil travail veut être lu dans sa suite et son intégrité.
«M. Widal rencontre, chemin faisant, blendes scènes de mœurs que nos contemporains ont su retrouver sans grand effort par le seul effet de la bassesse et de la perversité humaims qui se développent spontanément à certaines époques de fermentation sociale. M. Widal, moraliste autant que critique, ne s'est pas refusé le plaisir de la com* paraison, et il y met une verve d'indigoalion et de sévérité qui vn parfois jusqu'à la rigueur.
« A propos d'OguInla, qui dans les Femmes romaines fait payer par ses galants un luxe que son mari n'est pas en état de lui donner, M. Widal s'éctic : n Quel siècle fut jamais plus fécond en Ogulnias « que le nôtre? Impatientes de rivaliser avant tout avec les heureuses du «Jour, elles demondent sans hésiter à d'autres ce que ne peut leur K donner un honoéte et laborieux mari , et sous l'aiguillon de l'envie « elles courent à leur ruine à travers le déshonneur, pour finir bien sou-
« Ycnt dans une ignoble misèro. Les Ogalnias de noire «époque s'appeU « lent les lionnes pauvres, »
« M. Widal ne se dérobe jamais à ces rapprochements; il les recherche, il les poursait au contraire avec une verve splrltaeile et honnête • Ils sont instruciifs, mais peu consolants, et de nature à faire réfléchir. La société française en particulier rappelle par des traits trop nombreux la décadence romaine. C'est une ressemblance qui n*4 rien de flatteur et contre laquelle II importe de réagir, M. Widal le pense évidemment comme noua, et cette pensée n'a sans doute pas été étranflërc à la composition de son livre, qui se recommande par cette intention, non moins que par ses mérites littéraires, à Patlenllon du public eioux suffrages des gens de goût. » {Temps^ 8 Juin 1870 )
Terminons enfin par le Jugement, sur ce même livre, dû à la plume flne et compétente de M. A. Msard-:
M M. Widal, dit cet éminent écrivain, a fait un livre de bonne science et d'excellente littérature classique. On pourrait y vouloir parfois un souffle un peu plus fort et quelque flamme d'artiste, mais nou pas ^ne connaissance du satirique plus consommée et plus d'élévation morale. •
a Où est donc l'intérêt actuel de ces études 7 il consiste dans les rapprochements ingénieux que M. Widal a faits de la civilisation romaine et de la nôtre. 11 y a telle satire où figurent des personnages avec lesquels nous vivons aujourd'liui sur le pied d'une sociabilité Irès-supportahle. Ils n*ont fait que quitter la terminaison en us de leur nom; ils sont demeurés ce qu'Us étaient au temps de Juvénal, des fcrsonnes fort civiles et d'un commerce de surface, avec un cœur gAté. D'autres étalent, à Rome, d'affreux scélérats, des gens de sac et de corde ; ils sont encore cela ches nous. M. Widal nous renvoie à la Gazelle des tribunaux. En effet, la lecture en est deux fois édifiante, étant corroborée par celle de Juvénal
« Il faut remercier notre savant professeur de nous avoir donné de Juvénal une iconographie achevée et qui fait autorité en bibliographie, en critique et en litléralurc. » {humai officiel, 2 mat 1870)