‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 75 sur 242 · Édition Barthélémy · texte numérisé non relu

Édition Barthélémy

L'étroit et vertigineux pont Cinvat, le même pour tous, était un reste des épreuves établies dans la croyance à la simple continuation de la vie. Dans toute la littérature mazdéenne, ce sont les hommes pieux qui parviennent à traverser le pont, non les jeunes et les adroits, et ce sont les impies qui tombent, non les vieux et les faibles. Cependant, le même pont pour toutes les âmes! C'était une énigme, à laquelle les théologiens pehlvis ont trouvé un remède. Le pont est construit « comme une poutre à plusieurs faces » (Dâtistdn, SI, 3 s.). Il est divisé en plusieurs passages. Le chemin des justes sur le pont est large de neuf longueurs de lance; mais celui des impies est étroit comme « la lame d'une rasoir » (Dinkart, IX, 20, 3). Cependant, l'Islam a emprunté le pont de Cinvat au mazdéisme comme un passage dangereux pour tous. Dieu a mis un pont sur le feu infernal; il traverse l'enfer; mais il est plus mince qu'un cheveu, plus aigu qu'une épée et plus sombre que la nuit 1 . La tradition mazdéenne n'a du reste pas universellement accepté la prosaïque transformation de l'antique pont des morts.

« Le fleuve immense, écumant », comme il a été déjà dit, a fourni un moyen de combattre les lamentations sur les morts. La rétribution n'est pourtant pas appliquée exactement. La difficulté de traverser le fleuve n'est pas pour celui qui a pleuré, mais pour les âmes sur qui les larmes ont été versées (Artd-Vtrdf, i6; Saddar, 98).

Pour ceux qui ont trop pleuré après la mort de leurs parents, ou ont donné d'autres témoignages soi-disant superstitieux de douleur, la doctrine de la rétribution a inventé un nouveau châtiment au bout du pont Cinvat. « C'est comme si Ton versait du métal fondu sur un homme » {Dinkart, IX, 17). L'ordalie par le feu était pratiquée dans le mazdéisme, comme un moyen religieux pour découvrir la vérité. En tant que châtiment qui purifie, il figure au renouvellement du monde, puis, plus tard, il est transporté au pont Cinvat.

Dans d'autres écrits pehlvis, on trouve au pont Cinvat la mention d'un autre châtiment qui ne semble être ni celui du

1. Wolff, Muhammedanische Eschatologie, Leipzig, 1872, 147 s.

« mêlai fondu », ni « la punition des trois nuits » : si un croyant a commis des péchés graves, mais qu'ensuite il ait lu son palet et ainsi se soit repenti, il ne va pas eu enfer. Mais quand le compte a été fait au pont, il lui faut, avant de le traverser, pour monter au ciel, être puni en expiation de sa négligence pour n'avoir pas accompli ni fait accomplir par les autres, pendant la vie terrestre, les devoirs religieux prescrits. Cette punition est dite « le châtiment du pont » \

Ces divisions de la vie future et ces nouveaux degrés de punitions qui se multiplient nous montrent le principe moral à l'œuvre dans la doctrine de rétribution. Mais pour la piété pratique, les raffinements des théologiens n'avaient que peu d'importance. Devant la mort, l'esprit de la piété s'exprime d'une façon qui est de tous les temps : chacun doit mourir ; « au Daxma, la tour des morts, va le grand comme le petit, le maître comme le serviteur, le coupable comme l'homme de bien 5 . » La vie est courte. Ce monde n'est qu'un caravansérail. Dans l'autre monde, nous attend un long chemin, un terrible adversaire, un juge équitable et on ne peut pas emprunter le mérite 3 .

Le sermon pehlvi sur la mort, nommé Aogemaidê, nous est un témoignage de ce qui pendant de nombreux siècles a été dit par les prêtres pour l'édification des fidèles et la conversion des hommes en présence de la mort; comme les prédications des autres églises qui possèdent des textes sacrés, celle-ci est munie d'une suite de citations do l'Avesta, appartenant pour la plus grande partie aux livres que nous avons perdus. Après les distinctions théologiques, rapportons quelquesunes de ces sentences d'édification au sujet de la mort, d'après

1. Telle semble être la signification des paroles du Saddar, 6, 1 s. ; 45» 10 et du Dâtistdn, 24, 4, quoiqu'elles ne s'accordent pas très exactement les unes avec les autres.

2. Ch. de Mariez, Le livre des conseils d'Aterpdt-î~Man$arspendân, dans Le Muséon, VI, 1887, p. 66 ss.

3. Casartelli, Two discourses of Chosroes the immortal-souled dans Bab, and Oriental Rucord, mai 1887, p. 100 ss.

la traduction de Darmesteter dans les Annales du Musée Guimet, XXIV. « Il vient un jour, ô Spitama Zarathustra, ou une nuit 1 ». Il vient un jour, ô Spitama Zarathustra, ou une nuit, où le maître abandonne le troupeau, ou bien le troupeau abandonne le maître, ou bien l'àme abandonne ce corps livré aux désirs. Mais sa vertu, qui est des êtres le plus grand, le meilleur, le plus beau, ne se sépare pas de l'homme.

« Le bœuf devient poussière, le cheval devient poussière, l'argent et l'or deviennent poussière, l'homme vaillant et fort devient poussière » ; à la poussière se mêle le corps de tous les hommes : ce qui ne se mêle pas à la poussière, c'est les A s dm vohû que l'homme récite dans ce monde et les charités qu'il fait aux saints et aux bons.

Quand un homme veut partir en voyage, il prend des provisions ; si c'est pour un voyage d'une marche, il prend des provisions pour deux ; si c'est pour un voyage de deux marches, il prend des provisions pour trois ; si c'est pour un voyage de dix nuits, il prend des provisions pour quinze nuits. Et il se dit qu'il reviendra en vie auprès de ses amis bien-aimés, auprès de ses parents et de ses frères. Et comment les hommes ne prennent-ils pas de provision pour le voyage inévitable qu'il faut faire une fois pour toutes, pour toute l'éternité?

1. Les citations de l'Avesta sont marquées par des guillemets.

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