ALTÉRATIONS DE L'URINE DANS LES MALADIES
Changements dans la coloration et la transparence de l'urine. — La colororatiou liabituelle de ruiiiic est jaune. Sa teinte se funcc, sauf dans le diabète, à mesure que la somme des matériaux solides qu'elle contient augmente. Sa pâleur prouve que l'individu qui l'a émise n'est pas atteint d'une affection aiguë. Sa teinte devient verdâtre dans l'ictère et dans diverses maladies du foie. La présence d'un excès d'urates ou le mélange d'une petite quantité de sang peut lui donner une teinte rougeàti'e. Lorsque la coloration rouge est due à la présence du sang, ce qui se reconnaît facilement au microscope, cette coloration indicjue une liémorrliagie dans un point des voies urinaires : reins, vessie ou urèthre.
*A Paris, les médecins les plus instruits, ceux des hôpitaux par exemple, bornent généralement leurs investigations chimiques à rechercher dans l'urine la présence ou l'absence du sucre et de l'albumine. Quant à l'analyse quantitative, la seule cependant qui puisse fournir des indications utiles dans un grand nombre de maladies, elle est délaissée d'une façon k peu près absolue. L'utilité des renseignements que de semblables recherches pourraient fournir semble généralement, du reste, peu comprise. Il y a quelques années, réunissant des matériaux pour la rédaction d'un Traité (T analyse chimique appliquée a la physiolorjie et à la médecine, qui sera bientôt tei'miné, je fis annoncer dans les feuilles médicales que je ferais gratuitement, à mon laboratoire, toutes les analyses (lait, sang, urine, calculs etc.) qui pourraient intéresser les médecins. Cet avis m'amena plusieurs élèves, des étrangers surtout, mais presque pas d'analyses. Ce n'est pas là, du reste, un exemple isolé, car un des pharmaciens de Paris auxquels les médecins s'adressent le plus iiabituellement pour ce genre d'opérations, m'a affirmé que toutes ses analyses se bornent ordinairement à rechercher dans l'urine la présence ou l'absence du sucre et de l'albumine, et qu'il ne lui arrive pas une fois par an qu'on lui demande de doser la proportion de l'urée, des phosphates ou des divers ])rincipes que ce liquide contient.
Dans plusieurs maladies, notamment dans le choléra et la fièvre typhoïde, l'urine prend, comme l'a démontré Gubler, une teinte bleue quand on y verse lentement, par petite quantité , de l'acide nitrique concentré. L'intensité de la coloration paraît alors proportionnée à l'intensité de la maladie elle-même, avec laquelle elle croît et décroît. Cet indice est très-précieux pour reconnaître le début d'une fièvre typhoïde , et plus d'une fois nous l'avons utilisé avec succès.
L'administration de certaines substances, la rhubarbe notamment, peut donner à l'urine une coloration se rapprochant de celle qui lui est communiquée par la bile ou par le sang.
L'urine normale est toujours transparente. Diverses matières, pus, mucus, urates, vibrions, phosphates, corps gras etc., qu'elle tient accidentellement en suspension*, peuvent troubler sa transparence. En parlant de chacune de ces substances, nous indiquerons les affections dont leur présence est le symptôme. Dans la très-grande majorité des cas, le trouble de l'urine est dû à un excès d'urates ; il disparaît immédiajement alors sous l'influence de la chaleur.
Changements dans l'odeur de l'urine. — L'odeur ammoniacale de l'urine, odeur due, Comme nous le savons, à la décomposition de l'urée en carbonate d'ammoniaque, indique que ce liquide s'est trouvé mélangé de mucus ou de pus, ou a séjourné longtemps dans son réservoir, ce qui arrive notamment dans le catarrhe de la vessie et les rétrécissements de l'urèthre.
L'odeur de violette de l'urine indique que la personne qui l'a émise a absorbé de la térébenthine ou des carbures ahologues, ce qui arrive notamment quand on respire l'atmosphère d'un appartement fraîchement décoré. Son odeur alcoolique après un séjour prolongé dans le vase qui la renferme indique qu'elle contenait du sucre. Dans le cancer de la vessie, elle possède une odeur caractéristique extrêmement fétide.
Les substances odorantes du safran, des asperges, du cubèbe passent dans l'urine et lui communiquent leur parfum jjlus ou moins transformé.
Changements dans la réaction de l'urine. — L'urine normale possède une acidité qui paraît due à la présence du phosphate acide de soude. Elle devient alcaline quand, jîar suite de son séjour prolongé dans la vessie, l'urée s'est transformée en carbonate d'ammoniaque. Dans la néphrite chronique et la convalescence des maladies aiguës et dans certaines maladies de la moelle épinière, l'urine peut devenir également alcaline. L'usage prolongé des médicaments alcalins peut lui communiquer aussi la même réaction. Ces urines se troublent inondant l'ébullition, par suite de la précipitation des phosphates terreux qu'elles contiennent, et s'éclaircissent par le repos.
Le régime a une influence considérable sur la réaction de l'urine: une nourritui-e A'égétale la rend alcaline comme celle des herbivores. Lorsque ces derniers sont soumis à la diète, leur urine devient acide, parce que, se nourrissant alors de leur propre substance, ils deviennent en réalité carnivores.
Changements dans la densité de l'urine et dans la proportion de matériaux
solides qu'elle contient. — L'élévation ou la diminution de la densité de l'urine indique que le ^joids des matériaux solides qu'elle contient augmente ou diminue. Quand la densité devient supérieure à 1030, ce que l'on constate très-facilement eu
* On écrit li.nliituellement dans les livres spéciaux que les vibrions ne se forment que quelque temps après la sortie de l'urine de la vessie, par suite de sa décomposition; j'en ai trouvé cependant en quantité extrêmement abondante dans de l'urine immédiatement après son expulsion, alors que, par suite d'un catarrbe vésical , ce liquide avait s/journé longtemps dans son réservoir.
plongeant un ai'eomètvc dans le liquide, il est pr()1)able que cet accroissement est dû h la présence du sucre, et il devient indispensable d'y rechercher cette substance.
La diminution habituelle de la quantité de matériaux solides C(jntenus dans l'urine,, quantité qui, en 24 heures, atteint normalement le chiffre de 50 à 60 grammes, est l'indice que l'activité des tissus est considérablement ralentie. On l'observe dans la chlorose, l'anémie, lorsque l'organisme est épuisé, ou encore dans les affections du cœur où cet organe fonctionne mal. Cette diminution des matériaux solides s'observe dans la vieillesse d'une façon normale. Dans presque toutes les affections fébriles, la proportion des matériaux solides éliminée journellement est, au contraire, au-dessus du chifl're normal, par suite de l'exagération de l'activité des divers organes.
Changements dans la quantité d'urine rendue en 24 heures. — La quantité d'urine rendue journellement varie de 1200 à 1500 grammes; elle augmente considérablement ù la suite d'ingestion de boissons et dans le diabète; cette augmentation est souvent alors le premier symptôme qui attire l'attention sur cette dernière affection,
La sécrétion de l'urine diminue dans les maladies des reins, dans la période aiguë de toutes les maladies fébriles (pneumonie, pleurésie, fièvre typhoïde etc.) et dans la dernière période des maladies du cœur. Sa diminution ou son augmentation régulière, dans les cas qui précèdent, indique alors que la maladie progresse ou se ralentit.
La sécrétion de l'urine diminue également et d'une façon considérable aux approches de la mort, ce qui jJrovient sans doute du ralentissement qui s'opère dans l'activité de toutes les fonctions.
Présence de sédiments dans l'urine. — Les indications que fournit la présence des sédiments iirinaires varient suivant la nature des principes divers: mucus, pus, urates, phosphates etc., qui les constituent. Les sédiments formés de mucus flottant dans l'urine s'observent dans le catari'he de la vessie; les sédiments d'urates et de phosphates, dans les cas que nous mentionnerons plus loin; ceux de sang, dans les hémorrhagies des voies urinaires. Leur examen microscopique, aidé d'un très-petit nombre de réactifs, fournit en quelques minutes les renseignements les plus précis sur leur nature*.
Les sédiments qui se déposent dans l'urine peu de temps seulement après son émission sont presque tous constitués par des urates, qui, en raison de leur peu de solubilité, repassent à l'état solide aussitôt qu'elle se refroidit. En chauffant le liquide dans lequel ils se trouvent, on les voit immédiatement disparaître.
Les sédiments d'urates sont les plus communs de tous ceux qu'on rencontre dans l'urine. Un repas un peu trop abondant suffît pour déterminer passagèrement leur présence.
Changements dans la proportion de l'urée. — L'urée que ks reins séparent du sang est, comme nous l'avons vu, le produit de la désassimilation des tissus. Plus le mouvement de désassimilation de ces derniers est rapide, plus sa proportion devient considérable. La quantité sécrétée journellement peut donc servir de mesure à l'activitc! des tissus.
* Les renseigiiemenls fournis par li! microscope pour l'analyse cliiinlqiie sont qiieltiuefois d'une rapidité et d'une précision qu'aucune autre méthode ne saurait donnrr. C'est en utilisant les indications fournies par l'examen microscopique que j'ai pu découvrir, dans un calcul qui m'avait été remis parle professeur Cruveillier pour être analysé, l'existence d'une proportion considérable de xantkine , matière infiniment rare, et qui, à cause de la présence d'une certaine quantité d'acide urique masquant sa réaction, aurait échappé aux recherches faites suivant la marche indiquée dans les ouvrages spéciaux. I.e moyen que j'ai employé pour reconnaître cette substani'e est résumé dans les Comptes rendus de l'Institut pour l'année 1871.
La proportion d'urëe sécrétée en vingt-quatre heures varie de 25 à 35 grammes. Elle diminue dans l'anémie, la chlorose, le diabète, l'alimentation insuffisante, la convalescence, les maladies qui gênent la respiration et la circulation, la grossesse et à la suite de l'ingestion de certains remèdes, tels que l'iodure de potassium etc. Elle diminue encore lorsque, par suite d'une altération des reins, ces organes ne peuvent plus éliminer toute l'urée que le sang contient, comme dans l'albuminurie chronique par exemple. L'urée est alors partiellement éliminée par l'intestin sous forme de carbonate d'ammoniaque en produisant des désordres plus ou moins graves.
L'urée augmente avec l'exercice, une nourriture très-animalisée, l'activité musculaire ouïe travail intellectuel prolongé, et lorsque la destruction des tissus se fait trop rapidement, comme dans les affections fébriles aiguës (fièvre, pneumonie etc.). Les fatigues exagérées, les excès, l'ingestion de certains aliments, tels que le café, la gélatine, le bouillon, le sel marin, semblent aussi l'augmenter.
11 faut se rappeler, pour éviter les erreurs dans les conclusions à tirer de la proportion d'urée contenue dans l'urine, qu'elle est très-variable aux différent* âges de la vie. Elle est beaucoup moindre chez l'enfant que chez l'adulte, diminution, du reste, seulement apparente et qui ne tient qu'au faible poids de l'enfant; à poids égal, il sécrète, en réalité, beaucoup plus d'urée que l'adulte. Chez ce dernier, la quantité d'urée sécrétée en 24 heures, est de 08,42 par kilogramme du poids du corps. Chez l'enfant, elle est de 08,81 gr. Chez le vieillard, la diminution est réelle ; elle tient à ce qu'il consomme moins d'aliments que l'adulte, et que l'activité de ses fonctions se ralentit. D'après les recherches de Lecanu, la quantité d'urée journellement sécrétée par un vieillard est de 8 grammes environ, c'est-à-dire à peu jirès le tiers de ce qu'elle est chez l'adulte.
Changements dans la proportion de l'acide urique et des urates. — Nous
avons vu que la plus grande partie de l'acide urique formé au sein des tissus se transforme, proba,blement par oxydation, en urée, ce qui fait que l'urine n'en contient normalement qu'une très-faible proportion, 1 gramme par jour environ. Chez un individu menant une vie sédentaire et consommant une nourriture trop abondante, son oxydation est incomplète et le sang en contient également en excès. Il en est de même lorsque le? fonctions respiratoires et, par suite, l'absorption de l'oxygène sont entravées, ce qui ari'ive dans les affections du cœur et des poumons, ou lorsque les fonctions de la peau sont gênées, comme dans les maladies de cette membrane, et a la suite d'un brusque arrêt de la transpiration. Dans ce dernier cas , les reins sont obligés de remplacer la peau dans ses fonctions, et l'urine contient plus d'acide urique qu'a l'état normal.
Si l'acide xirique ou les urates que le sang contient en excès sont éliminés par les reins, ils pourront, en raison de leur peu de solubilité, se déposer sous forme de concrétions plus ou moins volumineuses dans ces organes ou dans la vessie, et constituer la gi-avelle ou la pierre. Si, au lieu d'être éliminés par les reins, ils se déposent h. l'état de sels (l'urate de soude notamment) dans les articulations , ce dépôt sera l'origine de l'affection nommée la goutte. Une de ces trois échéances : goutte, gravelle ou pierre, menace fatalement, dans un avenir plus ou moins rapproché, les forts mangeurs et principalement ceux d'entre eux qui mènent une vie sédentaire et font peu d'exercice.
Il est probable que l'acide urique et les urates doivent pouvoir se déposer dans d'autres organes que les articulations, les reins et la vessie, et produire des accidents, l'obstruction des petites artères notamment, variant suivant les organes oii ils se déposent; mais ce point de la science est à étudier complètement, ainsi, du reste,
que la plupart des questions relatives aux maladies résultant d'une dépuration incomplète du sang.
L'acide urique diminue dans la chlorose, l'anémie et les affections des reins qui
Fig. 109, 110 et 111. —Formes diverses de cristaux d'acide urique vus au microscope.
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Fig. 112. — l'ratc d'ammoniaque cristallisé.
empêchent ces organes de fonctionner. Il diminue également pendant les attaques de goutte et augmente, au contraire, quand elles sont passées. C'est à l'état d'urate de soude qu'il existe dans le sang des goutteux.
Les dépôts d'acide uricjue et surtout d'uratcs sont, comme nous l'avons dit, les plus communs de ceux qu'on rencontre dans l'urine. Ils forment, dans les vases qui contiennent ce liquide , des de'pGts semblables à de la brique pile'c.
Les urates étant plus solubles que l'acide urique, leur présence en excès dans le sang a moins d'inconvénients que celle de ce dernier. Il faut donc, lorsqu'on ne peut empêcher la formation de l'acide urique, favoriser sa transformation en urates solubles par l'administration de médicaments alcalins.
Changements dans la proportion d'oxalate de chaux. — L'acide oxalique existe à l'état normal dans l'urine, mais en quantité excessivement minime. Comme l'acide lu-ique , il constitue un des produits de l'oxydation incomplète des matières azotées des tissus, produit plus ox3'dé que ce dernier, mais qui l'est cependant encore à un degré moindre que l'urée.
Fis. 113.
- Cristaux d'oxalate de chaux vus au microscope.
Fig. lu. — Graviers d'oxalate de cfiaux considérablement grossis.*
On trouve l'oxalate de chaux en excès dans l'urine des goutteux et dans celle des individus qui font usage de fruits verts ou d'oseille. On le trouve aussi dans l'urine des individus atteints de dyspepsie, de spermatorrhée , de plithisie, de rhumatisme et d'affection de la moelle épinière. Sa présence habituelle peut faire craindre, pour un avenir plus ou moins rapproché, la formation de graviers ou de calculs.
Changements dans la proportion des phosphates. — La proportion des phosphates que l'urine contient est très-variable. La quantité d'acide phosphorique journellement sécrétée est d'environ 3 grammes. Son augmentation semble être l'indice d'une désassimilation très-considérable du système nerveux et, par suite, de l'exagération de l'activité de ses fonctions. Un travail forcé, un exercice violent, un travail intellectuel prolongé, les affections du cerveau et de la moelle épinière, la méningite aiguë notamment, les paroxysmes de la manie, le ramollissement des os etc., amènent la production d'un excès de phosphates dans l'urine. D'après Sutherland, ils diminuent, au contraire, dans la période dépressive de la manie et de la démence aiguës et dans la dernière période de la paralysie des aliénés. Suivant le même auteur, on trouverait un excès de phosphates dans le cerveau des maniaques et une diminution dans celui des idiots.
■ On voit en b un gravier plus petit , formé seulement de deux cristaux en sablier.
L'urine peut parfaitement contenir un dépôt de iihosphatc de chaux sans que ce sel y soit en excès. Les pliospluites, n'e'tant solubles que dans les liquides acides, se déposeront chaque fois que l'urine deviendra alcaline, c'est-à-dire notannnent quand, par suite de son séjour trop prolongé dans son réservoir, l'urée qu'elle contient se sera décomposée en carbonate d'ammoniaque.
Fig. 115. — Cristaux dentelés île phospliale ammoniaco-mafinésien vus au microscope.
Vig. lie. — Cristaux prismatiques de phosphate ammoniaco-magnésieii vus au microscope.
L'analyse quantitative seule, analyse qui, par le nitrate d'uranc, n'exige que quel ques minutes pour donner des résultats extrêmement précis, peut seule fixer sur la proportion réelle d'acide phosphorique contenu dans l'urine.
Un dëpùt habituel de phosjihate de chaux dans la vessie peut devenir Forigine de graviers ou de calculs , d"où la conse'quence pratique très-importante de vider plus fréquemment la vessie avec la sonde, dans les affections où son contenu n'est pas expulsé facilement.
Changements dans la proportion des chlorures ou des sulfates. — L'homme sécrète journellement une dizaine de grammes de chlorure de sodium et 4 à 6 grammes de sulfates. Dans l'état actuel de la science, on ne peut tirer aucune conclusion bien utile des variations que ces principes présentent. Les chlorures augmentent quand l'ingestion du sel ou des aliments salés devient plus considérable. Ils diminuent dans les maladies fébriles aiguës, sauf les fièvres intermittentes, à mesure que la maladie marche vers sa guérison. Mais leur diminution tient simplement, sans doute, alors à la petite quantité d'aliments salés qu'absorbent les malades; elle ne peut donc nullement servir, comme on l'a cru, à fournir des indications sur la marche de certaines maladies, la pneumonie par exemple. C'est tout au jilus si les variations quantitatives, que cette substance éprouve peuvent donner la mesure de l'activité avec laquelle la digestion s'opère.
La proportion des sulfates que l'urine contient paraît être subordonnée surtout à la nature des aliments ingérés. Ils augmentent avec l'exercice et une nourriture azotée, et diminuent sous Finfluence d'un régime végétal.
Changements dans la proportion du mucus. — L'urine à l'état normal contient toujours une petite quantité de mucus qui, par le repos, se dépose sous forme de léger nuage, au fond des vases qui contiennent ce liquide. Sa présence en excès indique une inflammation d'un point quelconque des organes urinaires. Dans le catarrhe vésical, il s'épaissit et forme dans l'urine des dépôts considérables.
Présence du pus. — Le pus existe quelquefois dans l'urine en quantité assez considérable pour former vin dépôt visible. Sa présence est l'indice d'une inflammation suppurative d'un point quelconque des voies urinaires. Ses globules sont habituellement très-faciles à reconnaître au microscope; mais quand l'urine, par suite de la décomposition de l'urée, contient du carbonate d'ammoniaque, la détermination devient beaucoup plus difficile, parce que ce composé transforme les corpuscules purulents en une masse gélatineuse très-ressemblante au mucus par son aspect.
Présence du sang dans l'urine. — La présence du sang dans l'urine, facile h reconnaitie au microscope , est le symptôme d'une hémorrhagie d'un point quelconque des voies génito-urinaires: reins, vessie, urèthre etc. Elle est le plus souvent l'indice de l'existence de calculs dans les reins ou la vessie.
Présence de moules de tubes urinifères. — Les moules de tubes urinifères (cylindres droits ou flexueux habituellement pleins de granulations) qu'on trouve dans l'urine sont généralement symptomatiques de l'existence d'une aftection des reins. Leur présence habituelle dans l'urine constitue un des meilleurs signes de la néphrite albumineuse {maladie de Bright). L'affection est d'autant plus grave que l'urine contient une plus grande quantité de ces tubes. Quand ils renferment des granulations graisseuses, cela indique généralement que les reins sont le siège d'une dégénérescence graisseuse et que l'aftection est passée à l'état chronique.
Présence de la bile. — La bile se rencontre dans l'urine toutes les fois qu'une cause quelconque (atrophie du foie, calculs biliaires etc.) s'oppose au libre écoulement de ce liquide dans l'intestin et amène, par conséquent, sa résorption dans le sang, ou peut-être encore lorsque, la sécrétion biliaire s'opéraut irrégulièrement, les substances que le foie devait séparer du sang et convertir en bile restent dans la circulation.
DEPURATION DU 8AXG ET SES PRODUITS. sm
Présence de l'albumine dans l'urine. — Cette substance se rencontre dans l'urine eu quantité (jui j)eut varier de 1 à 20 grammes et même 30 grammes par jour dans toutes les maladies où le sang laisse filtrer l'albumine qu'il contient à travers les vaisseaux rénaux, soit par suite des modifications qu'il e'prouve dans sa composition soit par suite de l'altération de ces vaisseaux, soit encore par la pression qu'il neut subir en raison d'une entrave apportée à la circulation.
La présence de rall)umine dans l'urine se constate habituellement dans les aftections du cœur, dans la cirrose, les hydropisies, les inflammations de la vessie et les maladies des reins, notamment dans l'atrophie et la dege'ne'rescencc graisseuse de cet organe {néplirite albumineuse). Elle constitue e'galement, d'après Gubler un des symptômes les plus constants de la fièvre typhoïde; quand la convalescence approche, elle disparaît.
On rencontre quelquefois aussi de l'albumine dans l'urine des femmes enceintes et elle est fréquemment alors, pour l'ëpoque de l'accouchement, le dangereux pre'saa-e des convulsions si souvent mortelles de'signe'es sous le nom d'éclanmne.
Un obstacle momentané à la circulation re'nale, la présence de "-raviers par exeihple, les altérations du sang où le sérum est riche en eau, l'emploi de diurétiques énergiques, l'usage de cantharides et toutes les causes qui augmentent la pression du sang dans les reins, peuvent forcer l'albumine de ce liquide h filtrer h travers les parois des capillaires et produire ainsi une albuminurie passagère.
On voit, par ce qui précède, que l'existence de l'albumine est loin d'être le symptôme d'une seule affectiou, comme on l'a cru pendant longtemps. Ce n'est qu'après plusieurs analyses quantitatives répétées et la recherche des autres principes que l'urine contient, tels que l'acide urique, les tubes urinifères etc., qu'on peut tirer des renseignements précis de sa présence.
Présence du sucre. — La présence habituelle et prolongée du sucre dans l'urine est le meilleur indice de l'affection nommée diabète sucrée ou fjlycosurie et sur laquelle nous aurons à revenir en parlant de la sécrétion du foie. En même temps l'urine est très-abondante et riche en urée, et le malade éprouve divers symptômes (soif vive, appétit exagéré, amaigrissement notable etc.), qui ne permettent pas de méconnaître rafl!"ection dont il est atteint.
Le sucre peut se rencontrer passajèrement dans l'urine d'individus se portant parfaitement bien, et il n'y a pas plus de raison de dire qu'un sujet est diabétique parce qu'il a du sucre dans l'urine, qu'on ne peut dire qu'il est atteint de néphrite albumineuse parce que sou urine contient passagèrement de l'albumine. Il suffit, en effet d'un repas riche en féculents pour amener la présence du sucre dans l'urine. Il est probable, dans ce cas, que l'oxygène introduit par la respiration dans les tissus n'existant pas en quantité suffisante pour oxyder et transformer en acide carbonique tout le sucre absorbé, ce dernier reste dans le sang, d'où il est éliminé par les reins. C'est sans doute pour cette raison que le diabète est si commun chez les individus se nourrissant bien et faisant peu d'exercice.
On rencontre encore passagèrement du sucre dans l'urine chez les individus atteints de maladies des organes respiratoires ou du système nerveux. Sa présence paraît due, dans le premier cas, à une oxydation insuffisante du sucre que les organes contiennent et, dans le second, à une exagération de l'activité des tissus qui sécrètent cette substance , le foie notamment.
Présence de la kyestéine. — On observe souvent dans l'urine des femmes enceintes, abandonnée au repos quelques jours, une couche huileuse qui vient surnager à la surface du liquide et semble constituée par un mélange de globules "-raisseux de vibrions, de champignons et de cristaux de phosphates anunoniaco-magnésiens.
La présence de ce mélange, qu'on a nommé hyestéine, peut être considérée comme un signe {probable, mais non certain, de grossesse, car non-seulement il n'existe pas toujours dans la grossesse, mais encore il peut se présenter hors de l'état de gestation.
Présence de spermatozoïdes. — Les spermatozoïdes se rencontrent normalement dans l'urine après les rapports sexuels. En dehors de cette cause, leur jirésence habituelle est l'indice d'une affection fort grave, à laquelle on a donné le nom de spermatorrliée.
Ce n'est qu'en examinant au microscope, après un long repos dans un tube étroit, les couches inférieures de l'urine, qu'on peut y constater l'existence des spermatozoïdes. Ils sont alors faciles à reconnaître à leur forme de têtards de grenouilles. Le sperme ne trouble nullement l'urine, comme le prétendent plusieurs auteurs. Les dépôts blanchâtres qui peuvent coïncider avec sa présence sont généralement constitués par du mucus, des uratcs ou des phosphates.
Présence de graisse dans l'urine. — La graisse qu'on rencontre dans l'urine sous forme de globules venant surnager à sa surface provient le plus habituellement des vases qui ont servi à recueillir ce liquide. Quand elle provient réellement de l'urine et que sa présence persiste pendant quelque temps, elle est l'indice d'états pathologiques divers, notamment de la dégénérescence -graisseuse des reins. On l'observe quelquefois encore chez les individus obèses ou chez ceux qui consomment une grande quantité de matières grasses.
Lorsque l'urine contient de la graisse, elle a un aspect opalin analogue à celui du chyle qui lui a fait donner le nom ï^Curine chyleuse. Quand on l'agite avec de l'éther, elle s'éclaircit immédiatement et la graisse vient surnager.
SUDORATION.
La peau humaine représente un immense crible dont les trous sont les extrémités des glandes sudoripares.
Ces glandes sont en nombre très-considérable; on les a évaluées, pour la surface entière du corps , à plus de deux millions. A la paume de la main on en trouve cent par centimètre carré.
Chaque glande sudoripare est constituée par un canal dont la partie inférieure, enroulée sur elle-même, forme une petite masse d'un tiers de millimètre de diamètre environ , nommée glomérule.
Ces glomérules sont situés dans les parties profondes du derme et entourés d'un réseau abondant de vaisseaux capillaires, à travers les parois desquels se fait le passage des substances destinées à être éliminées du sang.
Les glandes sudoripares sont, comme les reins, destinées à séparer du sang certaines substances qui doivent être rejetées au dehors.
Elles sécrètent un liquide limpide, odorant, nommé sueur, d'une réaction variable suivant les points du corps d'où il émane. Sa composition est très-analogue à celle de l'urine *, mais elle est bien moins riche en urée, et l'acide urique y est remplacé par un autre acide, V acide sudorique, présentant, du reste, les plus grandes analogies avec lui.
La quantité de sueur journellement sécrétée est très-variable ; après un exercice violent ou un séjour prolongé dans une étuve , elle peut s'élever à un litre dans l'espace d'une heure. Sous l'influence du système nerveux, sa sécrétion est susceptible d'éprouver des variations considérables. La peur, la joie, la colère ont sur elle une action bien connue. Ce n'est pas directement, sans doute, sur les glandes sudoripares elles-mêmes qu'agissent ces diverses causes, mais bien sur les capillaires qui leur apportent les éléments de leur sécrétion.
Ainsi que nous l'avons dit au commencement de ce chapitre, c'est par les glandes sudoripares, et non par tous les points de l'enveloppe cutanée, que se fait l'exhalation de vapeur d'eau qui s'échappe constamment de la surface du corps. La quantité de liquide perdue journellement par cette voie s'élève à un kilogramme environ. C'est également à travers les parois des glandes sudoripares que se fait l'échange d'acide carbonique et d'oxygène qui constitue la respiration cutanée.
La quantité de liquide sécrétée par les glandes sudoripares est en raison inverse de celle sécrétée par les reins. L'une augmente quand l'autre diminue. L'urination et la sudoration sont deux fonctions complémentaires l'une de l'autre qui peuvent se suppléer dans certaines limites. La sueur et* la respiration cutanée augmen-
• D'après Favrc, la sueur contient par litre:
Eau 995,57
Chlorure de sodium 2,23
Chlorure de potassium 0,24
Sulfates, phospliates et lactates alcalins . . . 0,35
Sudorates alcalins 1,56
Urée 0,04
Matières grasses 0,01
tent l'été, tandis que la sécrétion urinaire diminue. Le contraire s'observe l'hiver. Quand l'air est saturé d'humidité, c'est-à-dire quand il renferme autant de vapeur d'eau qu'il peut en contenir a la température qu'il possède, la perspiration cutanée se ralentit; elle augmente, au contraire, par un temps sec et est d'autant plus considérable que l'air est plus éloigné de son point de saturation.
La structure des reins et celle des glandes sudoripares sont trèsanalogues. Les reins, ainsi que nous 1 avons dit, peuvent être considérés comme une série de glandes sudoripares accolées, et les liquides que ces deux espèces de glandes sécrètent, c'est-à-dire l'urine et la sueur, présentent les plus grandes analogies. Rien de plus naturel, par conséquent, que de rapprocher, comme nous l'avons fait, ces deux importantes fonctions, V urination et la sudorctlion.
La composition du liquide de la respiration cutanée, liquide qu'il ne faut pas confondre avec la sueur, est encore mal connue. On le recueille facilement en introduisant un membre dans un cylindre de verre refroidi, aux parois duquel il ne doit pas toucher. Le produit de la respiration se condense à sa surface et on reconnaît qu'il forme un liquide transparent comme l'eau, mais contenant en suspension ou en dissolution plusieurs substances volatiles d'une odeur spéciale et qui s'altèrent très-vite. Ces substances, qui semblent ne pouvoir être éliminées que par la peau, constituent ce que l'on pourrait appeler le miasme humain, véritable poison qui ne peut être respiré longtemps à une certaine dose sans danger, comme nous le verrons en étudiant l'hygiène de la respiration.
Outre son rôle dépurateur, la sécrétion cutanée contribue à maintenir à un degré constant la température du corps. Quand il fait froid, l'évaporation qui se fait à la surface de la peau se ralentit, ce qui diminue le refroidissement. Quand, au contraire, il fait chaud, la transpiration augmente et refroidit le corps en lui enlevant de la chaleur pour se réduire en vapeur. Nous reviendrons sur ce point en traitant de la chaleur animale.
Les fonctions des glandes sudoripares sont aussi importantes que celles des reins, et pas plus que ces dernières elles ne peuvent être suspendues quelque temps sans que la mort arrive. Il suffit de re-
couvrir la peau d'un animal d'un vernis imperméable pour que la température de ce dernier s'abaisse considérablement et qu'il succombe rapidement avec tous les symptômes de la mort par le froid. La mort est due probablement alors à l'accumulation dans le sang, non-seulement de l'acide carbonique qui devait être éliminé par la peau, mais surtout des divers principes que les glandes sudoripares sont chargées d'expulser.
Une simple entrave passagère au fonctionnement régulier des glandes sudoripares, telle, par exemple, qu'un brusque refroidissement, peut devenir la source d'inflammations plus ou moins graves des reins ou des poumons par suite sans doute de la nécessité dans laquelle se trouvent ces organes de fonctionner avec une activité exagérée pour remplacer la fonction cutanée suspendue.
Les vêtements ne gênent pas la transpiration , parce que son produit peut s'échapper par les pores de leur tissu; il traverse facilement le cuir lui-même, mais non les étoffes imperméables. Ces dernières n'empêchent pas, il est vrai, la transpiration de se produire, mais la vapeur d'eau, ne pouvant s'échapper au dehors, se condense sur leurs parois et maintient à la surface du corps une humidité dangereuse. C'est donc avec raison qu'on considère les chaussures et les par-dessus recouverts de'caoutchouc comme trèsmalsains.
Les limites de cet ouvrage nous ont forcé à résumer en quelques pages ce que nous avions à dire des glandes sudoripares. Nous pensons cependant que cet exposé sommaire a suffi pour montrer l'importance d'une fonction dont l'étude est à peine ébauchée aujourd'hui. La peau ne sert pas seulement à donner au visage et au corps leurs gracieux contours; par les glandes qu'elle contient, elle concourt, comme les poumons et les reins, à la dépuration du sang, et cette essentielle fonction ne peut être entravée sans que les troubles qui en résultent retentissent profondément sur d'autres points de l'organisme.
C'est dans l'irrégularité des fonctions de ces glandes, irrégularité dont les effets varient suivant les causes diverses d'excitation auxquelles elles sont soumises, que se trouve, selon nous, le point de dé-
part d'un grand nombre de maladies et notamment de la plupart des affections qui peuvent atteindre les poumons, l'intestin et les reins. De tous les organes, elles sont les plus exposées aux injures extérieures et les ressentent vivement. Un simple refroidissement peut occasionner une fluxion de poitrine , une pleurésie ou un rhumatisme. Une brûlure un peu étendue , mais n'atteignant cependant que la surface cutanée, peut produire des lésions internes assez profondes pour amener la mort. Nous sommes convaincu qu'une étude plus complète de la physiologie des glandes sudoripares éclairera d'un jour nouveau l'étude des causes si profondément inconnues encore d'un nombre considérable de maladies.