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L'AIE

Si l'atmosphère ne contenait pas une certaine quantité de vapeur d'eau, les êtres vivants se dessécheraient rapidement et ne tarderaient pas à mourir, à l'exception de quelques espèces inférieures, qui jouissent, comme les rotifères et les tardigrades, de la propriété de pouvoir se dessécher sans périr. Baker a vu des vibrions du blé revenir à la vie après vingt-sept ans de dessiccation.

Poussières atmosphériques. Quand on fait passer un rayon de soleil à travers la fenêtre d'une chambre obscure, on aperçoit sur son trajet un nombre considérable de corpuscules en mouvement. Avec un faisceau de lumière électrique convenablement dirigé, on donne à l'air un aspect qui rappelle beaucoup plus celui d'un corps demi-solide que celui d'un gaz transparent, et l'imagination reste étonnée de la quantité vraiment incroyable de choses diverses que chaque mouvement inspiratoire introduit dans les poumons.

Les corpuscules qui flottent dans l'atmosphère sont constitués par des parcelles de tous les corps que l'industrie manie : débris de laine et de coton, fragments de silex, grains de pollen et de fécule, corpuscules de charbon etc. Dans l'atmosphère des cafés, ces poussières sont mélangées de vapeurs d'alcool, de nicotine* et des diverses essences que contiennent les liqueurs qui s'y consomment; dans les ateliers de tourneurs de métaux, l'air tient en suspension des particules des métaux qu'on y travaille etc. L'influence de ces différents corps est d'autant plus dangereuse que le poumon, ainsi que nous le verrons dans le prochain chapitre, a un pouvoir absorbant bien plus considérable que celui des autres organes.

Il est très-difflcile de débarrasser l'atmosphère des corpuscules qu'elle contient. Tyndalla vu qu'après avoir traversé des tubes contenant de la potasse et de l'acide sulfurique, l'air en renfermait encore. Ils ne disparaissent complètement qu'après avoir passé à travers des tubes chauffés au rouge ou renfermant une couche de coton. En respirant à travers une feuille de cette dernière substance ou simplement à travers un mouchoir plié en plusieurs doubles et appliqué devant les narines et la bouche, on peut rester im-

* Dans mon mémoire sur la fumte du tabac, j'ai fait connaître le moyen de doser exactement la quantité de nicotine que l'atmosphère des cafés contient.

punément dans une atmosphère rendue irrespirable par les corps étrangers qu'elle contient, tels que la fumée, ou dangereuse par les miasmes qui peuvent y être répandus, comme dans une salle d'hôpital, par exemple*. Des masques en coton seraient fort utiles dans ces industries nombreuses, telles que la taille des pierres, le tournage du cuivre, le dévidage des cocons de soie, la dorure au mercure, la fabrication du phosphore et de la céruse etc., qui abrègent

* En se basant sm- les expériences de Tyndall, le docteur Lister, professeur à Edimbourg, dit avoir obtenu les meilleurs résultats de l'emploi du coton pour le pansement des plaies, mais en prenant la double précaution de le débarrasser des corpuscules organisés qu'il peut contenir et ensuite d'en mettre à la sm-face des plaies une couche assez épaisse pour que les liquides qu'elles sécrètent ne puissent passer à travers. Voir, du reste, la description du pansement employé par ce médecin :

<t Après avoir imprégné le coton avec environ la deux-centième partie de son poids « d'acide phénique à l'état de vapeur, ou lavait la surface et le pourtour de la plaie « en employant à cet effet une solution contenant 1 partie d'acide pour 40 parties <( d'eau; on appliquait alors un morceau de soie builée de la grandeur de la plaie, en <(vue d'empêcher celle-ci d'adhérer au pansement. Une compresse de toile pliée en «plusieurs doubles et chargée de vapeurs phéniquées, de la même manière que le <i coton, était superposée ensuite à la soie huilée, qu'elle couvrait entièrement et dont <t elle dépassait même les bords. Cette compresse était destinée à absorber la sécré- <( tien il mesure qu'elle se produisait, beaucoup mieux que n'aurait pu le faire le coton, « qui ne s'imbibe que difficilement, et à empêcher ainsi les matières de suinter entre «les pièces du pansement et la plaie. Grâce à cette précaution, on prévenait l'appa- « rition trop rapide des matières à l'extérieur et la j^utréf action, qui en est la consé- «' quence immédiate. Finalement, un large gâteau de coton phénique recouvrait le tout <i et était maintenu en situation par un bandage.

"Bien que, par suite de l'évaporation de l'acide phénique, les pièces de pansement «fussent, dans l'espace de un à deux jours, entièrement dépouillées de tout principe « chimique antiseptique, le coton prévenait indéfiniment la putréfaction, à condition «toiitefois que la sécrétion ne se frayât pas un passage jusqu'à la surface externe « de l'enveloppe.» (Extrait d'un discours sur le traitement antiseptique, prononcé au mois d'août 1871 par le docteur Lister, à la réunion annuelle de l'Association britannique.)

J'ai vu très fréquemment employer pendant la dernière guerre — et, je dois le dire, bien souvent sans succès — les pansements au coton et à l'acide phénique. Les insuccès tenaient peut-être à ce qu'on omettait de dépouiller préalablement le coton des corpuscules qu'il contient, comme le repommande Lister. Cependant je crois qu'ils tiennent aussi en grande partie à la façon dont on lave habituellement les plaies. Les lavages, tels qu'on les pratique généralement avec des compresses ou des éponges, sont tout h fait superficiels et n'atteignent pas le pus des anfractuosités des plaies, qui, dès lors, peut se décomposer et produire les accidents si souvent observés. Ce n'est qu'en dirigeant dans la plaie un jet d'eau puissant, au moj'en d'une forte seringue, ou mieux, d'un irrigateur, qu'on peut réussir à les nettoyer parfaitement.

considérablement la vie des ouvriers qu'une dure nécessité condamne à les exercer.

En respirant à travers une feuille de ouate ou un mouchoir épais appliqué devant la bouche, on ne pourrait rester que quelques inslants dans une atmosphère contenant une fumée un peu épaisse; mais en employant un tube renfermant une couche de ouate et une couche de charbon de bois humecté de glycérine, on pourrait séjourner presque indéfiniment dans une fumée aussi épaisse que possible, ainsi que l'a récemment constaté le physicien Tyndall dans des expériences faites avec le chef des pompiers de la ville de Londres.

Miasmes de l'atmosphère. Outre les corpuscules qu'il contient presque toujours, l'air peut tenir en suspension ou en dissolution dans sa vapeur d'eau diverses matières organiques nommées iniasmes et dont on démontre facilement l'existence en condensant dans des vases refroidis la vapeur d'eau de l'air des marais, des salles d'hôpitaux et, en général, de tous les endroits oiise trouvent des substances organiques en décomposition.

L'examen du liquide condensé y fait reconnaître, au bout de quelques heures, la présence d'un nombre considérable d'animaux et de végétaux microscopiques, et on en a conclu que les miasmes étaient constitués par les germes d'êtres organisés.

Les miasmes qui produisent la fièvre intermittente sont ceux dont l'étude est la plus avancée. D'après les expériences de Salisbury en Amérique, ces fièvres seraient produites par l'absorption des spores d'une sorte d'algues {palinellœ) qui existent en grande proportion dans l'atmosphère des marais et qu'on retrouve dans l'urine des individus atteints de fièvre intermittente, ce qui prouve leur absorption'. En transportant des plantes à fièvre dans des districts montagneux où jamais la fièvre intermittente ne s'était manifestée, on la voit immédiatement apparaître. Introduites dans l'organisme des malades atteints de fièvre, ces plantes s'y développent et tendent à être expulsées par les reins et par la peau. L'exercice et la transpiration favorisent leur élimination. C'est sans doute pour cette raison que les individus qui font beaucoup d'exercice

sont beaucoup moins sujets à cette affection* que ceux dont lexistence est sédentaire.

Les plantes à fièvre se développent surtout dans les terrains bas et humides; ce n'est qu'en les saupoudrant de chaux vive qu'on arrive à empêcher leur développement.

Que les miasmes soient réellement formés de germes d'êtres organisés , comme cela paraît infiniment probable , ou qu'ils soient simplement constitués , ainsi que le veulent quelques observateurs, par des particules douées de la propriété de transformer en substances identiques à elles-mêmes les corps avec lesquels elles se trouvent en contact, leur action redoutable n'en est pas moins certaine. Ils sont la cause des affections les plus meurtrières qui puissent sévir sur l'homme. C'est à eux que sont dues ces grandes épidémies comme le choléra, la peste, la fièvre jaune, qui moissonnent plus d'êtres vivants que les plus sanglants combats. Ce sont eux qui rendent un séjour prolongé dans certaines contrées, telles que la Cochinchine, le Bengale, l'Hindoustan, les Antilles, le Sénégal, impossible pour les individus qui n'y sont pas nés.

Une des causes qui rendent les miasmes si dangereux, c'est qu'en raison de leur propriété de se reproduire , les maladies qu'ils déterminent peuvent se propager sans une intervention nouvelle des causes qui leur ont donné naissance. Un seul individu porteur du germe d'une affection miasmatique peut devenir le foyer d'une épidémie meurtrière, comme cela s'est vu tant de fois pour le choléra.

Les corpuscules solides qui constituent les miasmes s'attachent aux objets avec lesquels ils sont en contact, comme les vêtements par exemple, et peuvent être transportés à de grandes distances. La fièvre puerpérale, la variole et le choléra notamment se propa-

* Nous avons indique (p. 104) par quels moyens les Chinois se préservent de la fièvre intermittente et comment on peut remplacer le tlié dont ils font usage par des infusions de plantes aromatiques (menthe, sauge etc.). J'ai plusieurs fois conseillé aux habitants de la Brenne l'usage exclusif, comme boisson, de pareilles infusions — pures ou additionnées de vin, — et les résultats obtenus ont prouvé l'efficacité de ce moyen préservatif.

gent facilement par l'intermédiaire des personnes qui ont donné des soins à des malades atteints de ces aiïections*.

Le milieu où les miasmes se développent a une influence considérable sur leur développement; on peut les comparer à des germes dont la croissance dépend de la nature du terrain qui les reçoit. Le choléra, par exemple, sévit particulièrement sur les individus dont la constitution est afl'aiblie par une cause quelconque; la fièvre intermittente, chez les individus non acclimatés et débilités par les voyages, une nourriture mal appropriée etc. ; ce sont là des indications dont l'hygiène peut tirer un utile profit.

Matières étrangères donnant à l'air sa coloration. D'après les recherches de Tyndall , la belle teinte bleue que possède l'atmosphère vue sous une certaine épaisseur, serait due à des corps d'une excessive ténuité qu'elle tiendrait en suspension et qui la coloreraient en la troublant légèrement, absolument comme des traces de corps savonneux: ou résineux dans l'eau troublent ce liquide et lui communiquent une teinte bleuâtre. La magnifique coloration bleue du ciel ne serait donc due qu'aux impuretés de l'atmosphère.

Selon l'illustre physicien que nous venons de citer, ces corpuscules seraient d'une ténuité telle, qu'en condensant toute la matière qui donne au ciel l'aspect d'une voûte bleue suspendue sur nos têtes, on pourrait la faire tenir dans une tabatière. Les comètes seules nous présentent un exemple de corps amenés à un état de division aussi extrême. Suivant le même expérimentateur, une sphère de substance cométaire de la dimension du globe terrestre serait lacilement supportée par un cheval.

Devant l'extrême ténuité de pareils atomes, des molécules n'ayant que la quatre-millième partie d'un millimètre de diamètre que nos puissants microscopes nous permettent d'apercevoir sont, malgré leur infinie petitesse, d'une étonnante grandeur; des instruments

* Le miasme de la petite vérole est un de ceux dont il est le plus difficile de se dëbarrasser. J'ai vu dans les salles d'un hôpital militaire dont j'e'tais le médecin traitant — et d'où les varioleux étaient immédiatement évacués — trois individus atteints d'aflfections légères contracter successivement la petite vérole pour avoir couché dans un lit où un varioleux avait séjourné quelques heures, et cela bien que les draps et la paillasse eussent été chaque fois changés.

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nouveaux nous y révéleront peut-être un jour des mystères d'organisation aussi étranges que ceux dont le microscope nous a depuis un siècle dévoilé les merveilles.

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