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LE MONDE SURNATUREL ET LA VIE DE LA GRACE

Non ; à moins qu'il ne plaise à Dieu, notre Seigneur et Maître, de nous mener « par les voies extraordinaires» (de nous faire sentir les touches de la grâce), il n'y a pas d'autre moyen de connaître le monde surnaturel et tout ce qui s'y rapporte, que la foi et l'enseignement des Maîtres, des Docteurs approuvés par l'Eglise.

L'ascétisme chrétien, — en dégageant, de la théologie dogmatique et de la théologie morale, les conclusions, les principes qui servent le plus à l'acquisition de la perfection chrétienne, pour les développer et les mettre à la portée de toutes les âmes éprises de cette même perfection, — l'ascétisme chrétien ne se propose précisément pas autre chose que de donner cet enseignement.

L'ascétisme est la science des voies de Dieu d'après les données de la foi et de la théologie. « Les lumières surnaturelles extraordinaires, les touches de la grâce», par lesquelles il plaît à Dieu de mener certaines âmes à la connaissance de ses voies,

ne sont pas du domaine de l'ascétisme : elles appartiennent à la mystique.

42. — Ces seuls mots de « voies extraordinaires», DE (( mystique» me

METTENT EN DÉFIANCE ET ME FONT TOU- JOURS PENSER AUX ILLUSIONS DANS LESQUELLES DONNENT TROP SOUVENT LES AMES PIEUSES ET PARFOIS MÊME LES AUTEURS DE SPIRITUALITÉ. COMMENT ME DÉFAIRE DE CETTE APPRÉHENSION?

Mystique! il est peu de vocables dont on fasse un plus déplorable usage, soit qu'on l'emploie comme adjectif, soit qu'on l'emploie comme substantif.

Très souvent, prise au sens péjoratif, cette épithète est synonyme d'affecté, d'alambiqué, de raffiné, d'inintelligible ou bien de sentimental et d'enthousiaste à l'excès.

Les incrédules rationalistes l'appliquent d'ordinaire, par malveillance réfléchie, à la doctrine catholique en bloc.

Pour eux, religion révélée équivaut à mysticisme, et mysticisme équivaut à doctrine incompréhensible, injustifiable au

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tribunal de la raison ; irrationnelle, partant inadmissible, puisque la foi est, à leur avis, le contre-pied de la raison.

Pour les écrivains sans prévention malveillante, mais peu au fait de la théologie, « mystique ))' est synonyme de « figuré», d' « imaginaire », de « symbolique » ; c'est dans ce sens qu'ils diront, par exemple, que l'Eglise est le corps mystique de Jésus-Christ )) (cf. Larousse, au mot « mystique ))). Ces écrivains ne feront aucune difficulté d'entendre dans le même sens « l'union mystique de Jésus-Christ avec les âmes », « la vie mystique de Jésus- Christ dans les âmes », « la mort mystique de Jésus-Christ » sous les espèces sacramentelles de l'Eucharistie.

Appliquées aux choses de la religion (dogme ou ascétisme), ces diverses manières de parler constituent tout autant d'acceptions abusives, injurieuses ou erronées du mot « mystique » pris adjectivement.

Les commentateurs les plus orthodoxes de la sainte Ecriture parlent, il est vrai, souvent du « sens mystique» et font alors « mystique » synonyme de « figuré» ;

mais quiconque a étudié la théologie sait fort bien que cette acception particulière de l'adjectif « mystique» est exclusivement réservée au langage exégétique.

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