‹ La vie & la mortChapitre 23 sur 43 · LE NUAGE · texte numérisé non relu

LE NUAGE

Comme un grand chasseur rouge embusqué dans les cie

Le soleil me jetait des flèches dans les yeux.

Un déluge de sang engloutissait la terre;

Et, pour fuir les traits d'or qui les persécutaient ;

Des nuages blafards et farouches partaient,

S'engouffrant dans la nuit d'un grand vol de mystère.

Or. je vis s'avancer un nuage très lent.

H allait, calme, ainsi qu'un svelte cygne blanc

Eployant dans L'azur sa grande aile morose.

L'astre brutal braqua ses rayons acérés :

Et je vis vaguement, dans les cieux eii'ai

S'ouvrir aux flancs du cysrne une blessure rose.

Et le nuage alors saigna, morne et meurtri. is l'ouïr jeter dans l'espace un long cri Envoyant -'empourprer ses ailes misérable- : Et, vers le grand blessé, du fond des cieux béants. Semblèrent accourir des vols condoléants De nuaeres émus et de vents secourables.

« 6 frère, qu/avez-vous ? » dirent-ils, anxieux. Et les nuages blonds s'approchèrent, pieux. Berçant leur frère auguste avec des voix rythmiques, Et les vents attendri-, lout charge- de senteurs. Vinrent, en murmurant des mots consolateui oindre la plaie avec leurs souffles balsamiqu

Mais lui saignait toujours, saignait, inconsolé.

Il traversa l'azur d'un grand vol affolé.

« Laissez-moi ! cria-t-il. laissez-moi, bonnes brises!

Tout est vain, je suis mort ! » Et. dans le ciel fumant.

Avec sa flèche au cœur, il s'en alla, semant

Des haillons de chair rousre en les ténèbres crises.

Mais tout à coup, là-bas. énorme, grave et roux. S'épanouit un globe ainsi qu'un grand œil doux : La lune!... Alléluia ! Firmament, sors des voile- : Et le nuage en pleurs, ne saignant plus aux cieux. Le flanc fermé, le cœur guéri, l'essor joyeux. Partit, extasie, sous les jeunes étoiles :

Nuage, comme toi. bien souvent j'ai soigné. Nuage, comme en loi, bien souvent a régné Dans mon cœur douloureux le désespoir infâme !

Et j'ai maudit la vie ! et j'ai hué les dieux !

Las !... Et pour que l'espoir refleurit dans mes yeux.

— 0 lune ! — il a suffi d'un rearard bleu de femme î

Page 1