‹ La vie & la mortChapitre 37 sur 43 · CONFESSION · texte numérisé non relu

CONFESSION

Il était vieux, très vieux. Il était blanc, très blanc. Il avait un long bras inerte sur le flanc Tel un arbre chenu porte une branche morte) Et, muet, immobile, assis près d"une porte, Le chef tremblant, les pieds sèches, l'œil grave et dur, Depuis quatre ou cinq ans il regardait un mur.

Dehors, confusément, bruyait L'énorme Vie.

Un jour, il se sentit la poitrin

icement par des bl u montaient.

Il eut froid jusqu'au cœur.

Au loin, .

l'archet des zéphyrs, leur vague chanson verte.

lin, il tressaillit. La porte était ouverte

Un prêtre entra, couvert d'un surplis éclatant.

Mon frère, Le s au pécheur repentant

rache à l'éternelle fLams Pécheur, n'avez-vous rien qui vous pèse sur l'àni»

Le vieux très Liane, al irda le curé,

2 • im son invétéré.

Gravement, d'une voix étrangère et farouche Qu'il nereconnul plus lui-même dans sa bouche Et qu'av liée eux-mêmes ses tympans,

Il dit:

« Oui, j'ai péché, mon père, et me repens. »

Puis il parla, sentant les vagues blocs de glace Monter a chaque mot dans sa poitrine lasse :

« Oui, j'ai péché. Souvent ! Tenez, il m'en souvient, J'ai vu passer, jadis, des femmes, oh ! combien !... Avec des yeux si doux, avec des chairs si blanches 1 Avec des cous, avec des seins, avec des hanches !... 0 printemps échappés ! ô paradis enfuis !...

Je ne possédais, moi. qu'une femme, depuis

Je ne sais combien d'ans, une seule, vous dis-je !

Eh bien, toutes ces chairs qui donnent le vertige.

Ces yeux, ces cous, ces seins, ces voluptueux seins,

Dont l'approche emplissait ma tète de tocsins,

Ces seins que je mordais, chaque nuit, dans mon rêve,

Je les ai vus passer, passer, passer sans trêve,

Sans me jeter dessus comme un tigre alléché !.'..

Mon Dieu, pardonnez-moi, parce que j'ai péché. »

Le prêtre révolté trembla, puis dit :

Ensuite ?

— Ensuite, j'ai péché souvent par inconduite.

J'ai travaillé des jours qu'il faisait du soleil :

Été probe, loyal ; rêvé dïm appareil

Qui rendrait tout le monde heureux sur cette terre :

Accompli, là-dessus, un oeuvre utilitaire

Très beau, très grand, très noble, et très je ne sais quoi

Et puis, j'ai, tour-à-tour, — que vous dirai-je, moi? -

Été très studieux, très savant et très cuistre;

Et sauvé mon pays comme un simple ministre !

Alors que j'aurais pu jouer au chat perché !...

Mon Dieu, pardonnez-moi, parce que j'ai péché. »

Le prêtre bondit.

Puis?

— Puis un crime, un noir crime Dont le remords me hurle au cœur et me l'opprime. Ah! jeunesse ! jeunesse !... A vingt-cinq ou six on-. J'aimais le jeu. le bal, les chiens, les alezans; Or, j'étais misérable et travaillais pour vivre. Attendant que la Mort secourable délivre Mon père riche et vieux de ce terrestre enfer. Mon père avait vraiment une sauté de fer. Mais je savais, au fond d'un grenier, une hache, Qui. d'un seul coup discret, son- qu'un vivant le sache. Aurait tranché son col .'...

Je ne l'ai pas tranché '.

« Mon Dieu, pardonnez -moi, parce que j'ai péché. »

Le prêtre se leva.

« Restez ! restez encore!

Clama le vieux, jetant au soir sa voix sonore;

LA VIE ET LA MORT i point terminé, je m'accuse à présent

Un grand rayon, glissant D'une haute fenêtre, effleura son vis

■ idain. relevant sa tête âpre et sauv . pleins de soleil, haletant, attendri.

Le moribond pou- L'espace un grand cri.

- )ir était ti et les feuille- très vert

■ntait des parfums de corolles offert ptueusement aux papillons Et, d . des vil:.-

ta lumière amoureuse et iv Un v lossal chant de el rire à la v.

>entit deux larmes dan- ses veux.

— Moi?... de rien ! •> dit le vieux.

Puis :

« Pardon! je m'accuse, à cette heure suprême Où le doigt de la mort touche ma face blême, Où mon vieux sang se fige en mon cœur délabré, De n'avoir pas compris que, tout considéré, Malgré les lois, les us, les mœurs innaturell Malgré les rêves d'or pleurant dans nos cervelle- . La vie est bonne, oh ! oui ! même au seuil du trépas ! Et qu'hélas ! la sagesse est encore, ici-bas, De se taire, et d'agir comme agit à la ronde Ce profond philosophe appelé Tout le monde :

— Ah! vous admettez donc, fit le prêtre exalté. Dieu, les Mœurs, la Famille...

— Et la Pro-pri-é-lé

Dit le vieux.

Et, Fœi3 doux, comme un feu qui se voile,

11 mourut, en voyant, là-bas, poindre une étoile.

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