Lettre à Rey, 27 avril
— 2. Voir la page écrite sur une porte à Bourgoin, intitulée : Sentiment du public sur.
mon compte dans les divers états qui le composent; Voir aussi, Lettre de Rousseau à une dame de Lyon, 3 septembre
1768. — 3. Lettres à Rey, 31 janvier 1769; à Laliaud, 18 janvier, 4 février 1769. — 4. Lettre à Moultou, 28 mars 1770. — 5.
Le 15 janvier 1769. — 6. 2 février, 28 février, 3 et 14 mars 1770. — 7. Au mois d'août 1769.
466 hk vit ET LES OEUVRES
tait beaucoup de satisfaction, et il advint qu'il n^en eut aucune. Par moments il se croyait forcé par ses persécuteurs (on ne voit pas bien pourquoi) à renoncer à cette science de la botanique qui lui était si chère. Alors il voulait vendre ses livres, se défaire de son herbier, mais la nature ne tardait pas à reprendre le dessus.
Ses défiances ne connaissaient pas de bornes. Il suffisait , par exemple , d'un vers égaré sans intention malveillante et sans application raisonnable 4 Rousseau, dans une tragédie du poète De Belloy, pour lui faire croire qu'elle avait été composée tout exprès contre lui. Il est vrai qu'il revint sur son appréciation; mais quelle lettre de plaintes, quels récits impossibles de persécutions occsusionna cette rétractation*.
Sa demeure de Monquin n'avait pas tardé d'ailleurs à lui déplaire ou à Tinquiéter : son honneur ne lui permettait plus, disait-il, de l'habiter. Le prince de Conti le rassurait de son mieux, cherchait à apaiser ses spupçons contre M"° de Luxembourg, élevait des objections et des difficultés contre ses projets de départ*; mais c'était bien peine perdue. Rousseau continuant à insister'^ Conti consentit à la fin à le recevoir, non à Paris, mais à Pougues, près Nevers. En attendant, il lui déclarait qu'il ne pouvait songer, comme il en avait le désir, à se choisir un asile par tout le royaume, et à en changer à son gré; que Lyon était impossible, ôomme étant dans le ressort du parlement de Paris; qu'un passeport
1. Lettre à De Belloy, 19 fé- ' 3. Lettre au prince de Con/i, vrier 1770. — 2. Lettre de Conti ' 31 mai 1769 et autre sans à Rousseau, 5 avril 1769. — ' date.
à Tétranger serait plus facile à obtenir; mais que rien ne le pressait de partir, les complots n'existant que dans son imagination K L'entrevue eut lieu au mois de juillet ' ; mais Conti ne réussit pas mieux par ses paroles que par ses lettres, et finit même, quoique à contre-cœur, par se prêter aux désirs du malheureux.
Malgré son impatience, Rousseau resta encore huit mois, non sans gémir sur les, complots qui l'enveloppaient et sur les nécessités qui l'enchaînaient à Monquin *. Il songea un moment à aller en Savoie, mais il ne tarda pas à revenir à Tidée de rester en France *. Dupeyrou lui proposa de se retirer chez lui ; son offre était d'autant plus méritoire qd'il venait de se marier et n'avait nul besoin de la société de Jean-Jacques. Celui-ci aurait bien fait d'accepter; mais il se défiait toujours de ses amis et, non sans raison peut-être, craignait de trop se rapprocher d'eux'.
Enfin, l'honneur, le devoir, (grands mots qui couvraient simplement le désir de changement et la volonté de Thérèse), faisant entendre leur voix, il écrivit à son hôte, M. de Cesarges, une lettre ridicule et impertinente ; c'était sa manière de dire adieu aux personnes qui avaient bien voulu le recevoir*.
Une fois de plus, il allait partir par un coup de
1. Lettre du prince de Conti | 1770; à Laliaud, 4 avril 1770.—
à Rousseau, 16 juin 1769, et une auire sans date, même époque. — 2. Lettre de Rousseau à Dupeyrou, 21 juillet 1769.
—3. Lettres à Dupeyrou^ 28 février 1770; à Mn« B., 16 mars
4. Lettre à Moultou, 28 mars et 6 avril 177U. — 5. Lettre à Dupeyrou, 7 janvier 1770. — 6.
Lettre à M, de Cesarges, fin d'avril 1770.
tète ; mais il est permis de se demander si ces coups de tête étaient bien réels, ou s'ils n'étaient pas un moyen calculé pour trancher les questions qu^il se croyait impuissant à dénouer d'une façon régulière. Ainsi, dans la circonstance présente, il voulait quitter Monquin ; il avait le désir d'aller à Paris ; mais Conti s'y opposait ; mais Saint-Germain lui faisait les objections les plus sensées * ; mais, en un mot, il n'en serait jamais venu à bout, s'il n avait pas pris le parti de brusquer la situation.
Pourquoi maintenant ce désir de retourner à Paris ? C'est le cas de poser un autre point d'interrogation : si, malgré son pouvoir, le prince de Conti ne se croyait pas en état de défendre son protégé à Paris contre les poursuites du Parlement ; si Saint- Germain, son meilleur ami, le dissuadait d'aller chercher là une foule d'ennuis et de luttes, dont il ne sortirait que fortement meurtri ; lui-même n'avait-il pas exprimé cent fois son horreur pour Paris? Paris n'était-il pas, dans sa pensée, le quartier général de ses ennemis, le siège du Parlement et du Gouvernement, la patrie des gens de lettres, le pays des mauvaises mœurs et des conventions mondaines, le Heu où il lui serait le plus difficile de satisfaire son goût pour la campagne et sa passion pour la botanique ? Jean-Jacques pensa à tout cela vraisemblablement; mais, suivant son usage, sa fantaisie lui tint lieu de loi et de raison. Il a prétendu que l'exiguïté de ses ressources l'obligeait de chercher dans son ancien métier de copiste de musique un supplément nécessaire. Mais ses ressources
1. Réponse de Saint-Gei^main à la lettre de Bottëseau du 20 février 1770. — Appendice aux
Confessions, édition Petitain.
— DUSA.ULX : De mes rapports avec J.-J. Rousseau,
n'avaient pas diminué, et il ne s'était jamais trouvé dans rembarras. On a pensé avec plus de vraisemblance que son obscurité lui pesait ; qu'il se trouvait repris d'un certain désir de renommée ; qu'il lui en coûtait, maintenant que ses Confessions étaient terminées, de les garder pour lui seul. Quoi qu'il en soit, il se rendit à Paris, et, comme s'il eût affiché la volonté formelle de se jouer des recommandations de Conti, il s'arrêta près d'un mois à Lyon. Rien ne prouve que Conti se soit formalisé de ce manque d'égards ; il est probable même que sa protection suivit Jean -Jacques à Paris, mais discrètement et pour ainsi dire en secret. On ne peut, en effet, s'empêcher de remarquer qu'à partir de cette époque, et même un peu auparavant, on ne trouve plus aucune trace de correspondance entre eues.
Après sa lettre à M. de Césarges, Rousseau n'avait plus qu'à partir. Il resta pourtant encore environ un mois ; il avait parfois de singulières fiertés. Il prépara, sans se hàter^ son départ* et prit^ à la fin de mai, la route de Lyon.
Nous n'avons aucun détail sur le séjour qu'il y fit. Nous savons seulement que Dupeyrou vint l'y voir. Depuis quelque temps, les rapports entre eux étaient un peu tendus, et leur correspondance était en grande partie consacrée aux reproches ou aux explications aigres-douces. Peut-être Dupeyrou pensa-t-il qu'une visite ferait plus que toutes les lettres. Il est à croire qu'il n'en fut rien, car Rousseau n'écrivit plus ensuite que deux fois à son ami, et sa dernière lettre est pour le moins aussi aigre que les précédentes *. Pendant qu'il était à Lyon, il
1. Lettre à Saini-Germain, { 13 novembre 1770, 23 février s. d. — 2. Letlret à Dupeyrou, \ 1771.
faillit avoir une aventure analogue à celle qu'il avait eue avec Thévenin. Un individu de Monquin s'avisa de lui envoyer par la poste une note de fournitures qu'il aurait négligé de payer avant son départ. « Ce Monsieur Rousseau était si bon, si généreux, dit la femme, que j'ai cru qu'il enverrait, sans examen et sans rien approfondir, le. montant de notre mémoire. » Saint- Germain tira Jean-Jacques de ce petit embarras \
1. Lettre à Saint-Germain, 3 juin, et Réponse de Saint-Germain, 6 juin 1770. — Voir
Mussbt-PaTHAT : Histoire de J.'J. Rousseau, 2* période, t. I, p. 174.