ARMANCE » ET PROSPER MERIMEE
Dans une lettre inédite de Prosper Mérimée à Henri Beyle, l'auteur du Théâtre de Clara Gazul déclare à son ami qu'il est impuissant à lui trouver une épigraphe pour tous les chapitres d'une de ses œuvres ; mais, en revanche, il lui donne des conseils pour la publication. Il est d'avis que Beyle doit la signer. « Vous ne pouvez pas changer votre style cassant, écrit Mérimée, et tous vos lecteurs vous reconnaîtront. On dira : M. B. a eu honte de signer même son nom supposé, donc il a honte de son roman, — donc le roman est mauvais, — donc ne le lisons pas, concluront ceux qui entendront ces conclusions. » Mérimée est d'avis de supprimer le sous-titre : ou le faubourg Saint- Germain : il voudrait un titre où le mot amour fût prononcé, ce serait une suite au livre De V Amour.
On reconnaît la logique serrée de Mérimée, qui n'était pas toujours la lo-gique chère à Stendhal.
Mais un petit problème se pose ici. Quelle est l'œuvre dont il est question, dans cette lettre non datée ? Sans être devin, nous croyons qu'il s'agit d^Armance ou quelques scènes d'un salon de Paris en 1827, dont l'action se passe dans ce « noble faubourg )) que l'auteur voulait désigner sur le titre.
Beyle suivit à peu près les conseils de son ami, puisque l'édition originale d'Armance parut sans nom d'auteur sur la couverture, mais avec un avant-propos, daté de Saint-Gigouf, et signé de Stendhal, qui n'a pas été reproduit dans les éditions suivantes. Et Mérimée trouva un nombre respectable d'épigraphes, puisque sur les trente et un chapitres de ce roman, vingt-six en sont pourvus — et dans toutes les langues !