LA VIE I PT SE EURE
J'ai démontré scientifiquement, qu'aujourd'hui, soutenir la fixité des espèces est absurde : — j'ai prouvé que la vie apparue, d’abord sous sa forme la plus simple, la plus élémentaire, il y a au moins cent millions d'années, sur notre planète, à passé par toutes les phases des êtres qui se sont succédés, depuis cette époque jusqu'à maintenant, — l'homme compris comme dernier chainon de cette série successive de transformations, Mais la conception, que j'ai exposée avec détails, aux deux séances précédentes ct que je viens de résumer en quelques lignes, enlève-t-elle à l'homme le droit, la faculté, le privilège d'admirer l'oeuvre de la création et d'en être étonné? Pas du tout. Si à l'origine Dieu a rempli l'univers de particules à la fois matérielles et actives, et qu'en vertu de leur activité propre, ces particules puissent se transformer en astres, en eau, en métaux, en pierre, en bois, en tissus vivants, etc., par leur propre vertu initiale, c'est-à-dire sans que le Créateur y mette la main tous les jours, à toute minute, à toute seconde, en quoi, je le ‘lemande, celui-ci serait-il moins puissant que le Dieu qui passerait son temps à faire le cosmos par détails, puis à en entretenir le jeu par une succession d'efforts, de racCommodages, de démolitions et de reconstructions ?
Non, messieurs, il suffit que la substance originaire, primitive, ait contenu, comme elle contient encore et comme elle contiendra sans doute toujours, la force, l'énergie, le mouvement. que nous lui connaissons, pour que tout s'explique: la formation des astres, l’origine de la vie, la succession des êtres qui ont peuplé notre planète, depuis qu'elle a passé de l'état d'agglomération incandescente, à l'état J'agglomération tempérée. J'ai démontré que le mouvement des astres était
réglé par la dynamique, et qu'il est aussi impossible aux planètes de
changer leurs orbites, qu! est impossible aux poissons de marcher, ou
Feu
s PA RE A FN
LA VIE
aux plantes de voler. Qui parmi vous croit que, chaque fois que l'on échappe un corps d'une certaine auteur, Dieu intervient par un mi racle et pousse ce corps vers la surface de la terre, et le tient ensuite là, par un effort continu? Non, ceci est enfantin, L'on sait que cela se passe en vertu de lois que Newton à parfaitement démontrées, Tenez Je prends ce eravon, je le souiève, puis j'ouvre la main, = il tombe par terre, — cela ne surprend personne, n'est-ce pas. Encore une fois, qui croit que c'est là l'effet an miracle? Comment expliquons-nous ce phénomène? Tout simplement en disant que les corps s'attirent. Et pourquoi? En vertu d'une loi qui régit la matière, et qui veut qu
masse attire la masse. Personne ne songe sans aucun doute, que chaque fois qu'un objet tombe par terre, une puissance extérieure y met
la main et que cela arrive par un effort continu, répété de la divinité.
Eh bien! Messieurs, toute la mécanique céleste, tous ces mouvements réguliers de la terre, du soleil, des planètes, ete., devant lesquels nous nous extasions souvent, que nous considérons parfois comme une succession de miracles, tout cela marche en vertu de propriétés inhérentes à la matière, que Newton a parfaitement définies 11 v a déjà deux siècles: et cette ordonnance du cosmos est nécessaire en soi: ct cette marche de l'univers ne deviendrait miraculeuse, que si elle s'arrétait dans sa course, ou si elle prenait une direction différente. Il est
aussi impossible à la terre de se soustraire aux lois de l'attraction, de la
gravitation, qu'à ce crayon de se soulever et de s'élancer vers le pla-
fond.
Tous les autres phénomènes dont je viens de donner un aperçu très raccourci, sont de même ordre: je l'ai prouvé déjà, par deux fois,
dans mes conférences précédentes. J'ai démontré que la chaleur, la
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lumière, l'électricité, Je magnétisme, ne sont que des formes diver
du mouvement; que la vie n'est qu'une succession interrompue d'a tons chimiques et dynamiques, de méme ordre que les actions chimi ques et dynamiques des prétendus corps inanimes : que la question de la génération spontanée n'existe Pas, la vie n'étant que le résultat l'un STOURRMENT Special de certains atomes, dans lesquels réside cet attri but; que tout enfin dans la nature repose sur l'atome force-maticre fondamental, ilentique, cause et ortgine de tous les phénomènes que nous percevons. Mais maintenant, cette Malicre qui n'existe nulle Par sans énergie, de méme qu'il n'existe pas d'énergie sans matière, — dans le domaine expérimental du Moins, = qui l'a créé? Ici, messieurs, nous touchons aux limites du matérialisme, À ce sujet, les philosophes, les penseurs se divisent en deux Camps : les matérialistes, les dualistes, Les matérialistes, où l'aprés Hacckel Qui à rajeuni cette école par un nom nouveau, les monistes affirment que la matière et tous les attri- ‘buts qu'elle possède, ont toujours existé, Tout au début, c'est-à-dire AVant Son organisation, sous la forme :i “sgrégats que nous lui connaissons par l'impression qu'elle fait sur nos sens, elle existait, lisent. ils, à l'état d'éther : éther qu existe encore entre les astres, dans toute l'immensité de l'univers. Les dualistes: les chreuens, les Juifs, les mahométans, les D mdhistes, les disciples de Conficius, etc., etc., professent qu'un Dieu personnel et volontaire a tout créé de rien, parce que les éléments des choses matérielles, des êtres sensibles ne peuvent exister par eux-mémes. Alors les premiers répliquent que cette conception de la cosmogénie ne fait que reculer la question sans la résoudre, puis-
que l'on peut se demander: qui a créé Dieu? Une seule réponse est
possible : Dieu à toujours existé. Que si maintenant nous mettons en
lace ces deux antinomies : la matière éternelle, — Dieu éternel, — sur
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quoi va s'appuyer notre raison pour décider ? Entre ces leux affirmi tions, notre raison reste perplexe. I n'y a pas de doute que par la froide raison seule, il est impossible d'acquérir une certitude. Pour un croyant, il demeure, pour décider en définitive: li preuve historique, c'est-à-dire la révélation qui nous fut transmise par la tradition, par les Ecritures, — preuves que nous examinerons plus loin,
Toutes les preuves dites métaphysiques: ainsi l'ortre du monde ;
toutes les preuves morales: ainsi la finalité dans le Teveloppement des
choses et des êtres, la téléologie des allemands, ne résistent pas à un examen critique raisonné.
Kant, le grand penseur, de Koenigsberg, le plus profond des philosophes allemands a examiné cette question sous ces deux aspects, dans deux traités célèbres: l'un “Critique de la raison pure”, l'autre “Critique de la raison pratique”. Disons d'abord, pour la compréhension de ce qui va suivre, que Kant entend par noumène, la chose en soi, la raison du phénomène, le noumène extériorisé en quelque sorte. Dans sa dissertation, il se sert aussi souvent du mot catégorie, et les catégories seraient les notions, les concepts propres à l'entendement pour arriver à déterminer les premiers principes, les premières données de toute chose : le temps, l'espace, Dieu, l'âme, etc.
Connaissant ces données, voici maintenant comment le philosophe allemand raisonne dans sa “Critique de la raison pure”: Des choses, nous connaissons seuls les phénomènes ; le noumène est inconnaissable par la sensibilité, par l'entendement. Puis il soutient qu'il est impossible d'appliquer les principes de l'entendement pur au monde des nou mènes, c'est-à-dire à la chose en soi, c'est-à-dire à Dieu; — ces procédés de nos connaissances ne sont v:lables que pour les phénomènes.
Aussi, affirme-t il en conclusion, que c'est par un usage illégitime des
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catégories, (c'est-à-dire des concepts de notre intelligence, pour arrives à démontrer les premiers principes), que l'on a construit ces trois idées “le la raison : celle de l'âme, comme substance pensante, celle du monde, conçue comme totalité des phénomènes et enfin celle de Dieu, comme être personnel, extra-mondain, volontaire ct créateur,
Mais, dans la “Critique de la raison pratique”, le noumène, (la chose en soi, Dieu) inconnaissable jur la sensibilité et l'entendement, est accepté au point de vue pratique, par la raison, en tant que soumis à la loi du devoir, Kart, appelle les croyances rationnelles, des postu lats, puis il étudie le postulat de la liberté, qui est la condition de la moralité; le postulat de l'immortalité de l'âme. qui est nécessaire pour l'achèvement de la vertu, où la sainteté; enfin le postulat de l'exister. de Dieu, qui, auteur de la loi mo-ale et les lois naturelles, assurera l'union finale du bonheur et de la vertu.
Pour en finir avec la philosophie kantienne, je vous ferai simplement remarquer, messieurs, que la “Critique de la raison pratique" aboutit, non pas à la connaissance spéculative de ces réalités transcendantales, mais à la foi en ces réalités. Et en mon âme et conscience, j'en étais arrivé là, avant le connaître les oeuvres du grand penseur allemand. Au reste, j'ai défini d'une phrase, la longue argumentation du philosophe le Koenigsberg: “il est impossible de prouver l'existence Je Dieu et l'immortahté de l'âme, par des procédés scientifiques.
Si donc, mon confrère le Dr Parolet impute strictement et exclusivement au matérialisme, la non croyance à Dieu et à l'immortalité de l'âme, et qu'il prétende en trouver la condamnacion, la réfutation par
la science et dans la science, je crois sincèrement qu'il fait erreur: et
je répèterai avec Kant, “que c’est par un use ge illégitime des catégories,
on prétend arriver à démontrer les noumènes.” 14
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Lt maintenant, si nous mettons en regard les affirmations des mo nistes et celles des lualistes, la “Critique de la raison pure” et la “Cri tique de la raison pratique”, nous demeurons dans l'incertitude, parce que les dualistes et la Raison pratique ne nous ont fourni jusqu'ici, que des preuve le sentiment ee qui ne satisfait pas la raison.
me semble que tous ceux qui ont étudie cette grande, cette for midable question, n'ont pas suffisamment insisté sur la preuve ste rique. Cette démonstration, quoique non scientifique, ni philosophi que, satisfait cependant la raison et amène la conviction chez celui qui cherche. |
Un exemple fera toucher du doigt la valeur le ce procédé, Per sonne ne doute que Napoléon Ler ait existe, ilen va de méme de Charlemagne , de méme aussi d'Mexandre-le-Grand, qui a précédé le Christ de long mps, et cependant il est impossible de prouver scientifique ment que Napoléon, Charlemagne où Mexandre aient jamais existe, Sur quoi done repose notre conviction? Sur la tradition et sur les témoignages écrits de leurs contemporains ; et nous ajouterons foi à ces témoignages, proportionnellement à l'honnèteté, à la véracité, à l'autorité de ces contemporains. Eh bien! messieurs, quelles vérités peuvent être mieux fondées, que celles de l'existence de Dieu, de limmortalité de l'âme, si nous considérons la tradition et les Ecritures. Les Écritures sont l'expression de la révélation venant de Dieu, et faites sous son inspiration : et l'autorité des auteurs des Testaments est incontestable. Voilà messieurs, je crois, le comment et le pourquoi de notre foi: — c'est dire encore une fois, que rien n'est plus éloigné du matérialisme., que le concept que je viens de vous exposer concernant ja cosmogenèse et les procédés cosmogéniques.
Et maintenant, pour terminer, si j'avais un voeu à exprimer, je
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demanderais aux éducateurs, de notre jeunesse: à nos universités, à nos collèges classiques, méme à nos écoles élémentaires, d'adapter leurs Programmes d'enseignement aux vérités nouvelles 1 faut enseigner la
verte et non la dénaturer.
Comme je vous l'ai déja Hit, nous pourrions appliquer à notre prer vince, ce que le savant abbé Klein, professeur à l'institut catholique de Paris disait au sujet de la crise religieuse en France, et ce serait là, je crois, un avis salutaire pour tous les catholiques dirigeants du Ce nada: "La cause Principale du malaise, tient à ce quenous n'avons pas SU marcher di méme pas que la science et Jes evenements, L'oeuvre urgente, serait l'eélever les jeunes catholiques dans l'intelligence et l'a mour de leur temps: de leur expliquer toutes les fois que l'opportunité s'en présente, l'évolution politique sociale et scientifique du monde où ils vivent, en lémontrant, ce qui n'est pas difficile, qu'elle est conforme
au sens vrai du christianisme."
Ces jours derniers, le hasard me mettait entre les mains, une His toire Sainte, à l'usage des couvents ct des écoles élémentaires : la premère ligne de la première page se lit ainsi: “Création du monde, 4004, avant Jésus-Christ. Ce petit Ouvrage est canadien, Et plus haut, dans nos collèges, nos universités, nos maisons d'éducation supérieure, l'on enseigne la minéralogie, la géologie, l'après le petit traité de M. l'abbé Laflamme, professeur à l'Université Laval. Ces éléments de
géologie sont bien faits, dignes de la réputation de l’auteur, mais il
existe dans cet ouvrage, des lacunes voulues impardonnables. Que
penseriez-vous, messieurs ,d'un écrivain, qui faisant la biographie d'un contemporain célèbre, oublierait ou négligerait de mentionner l’époque
de Sa naissance, son âge ? Pourquoi cette omission de la part du savant
abbé canadien, dans sa biographie de notre globe? Sans doute, pour ne pas heurter de front, des préjugés séculaires, qui étreignent notre province, jusque dans ses hommes les plus instruits. Taire la vérité en de semblables circonstances, me semble presqu'un acte d'hypocrisie, en tous cas, sûrement de faiblesse et de malheureuse condescendance,
Des réformes pédagogiques s'imposent dans toutes nos maisons d'éducation, et j'appuie sur cette remarque, parce que Joliette est l'un des principaux centres d'instruction de notre pays. Il est temps de secouer l'apathie de nos éducateurs, de nos classes dirigeantes, afin que les nouvelles générations soient à la hauteur des sommets scientifiques.
Au surplus, pour former les jeunes gens d'élite, 1} ne suffit pas de leur inculquer la Bible, la morale, l'histoire, la littérature, les langues mortes et vivantes, les mathématiques, etc., non, il faut développer chez eux la méthode scientifique et l'esprit critique, sans quoi, un homme pourrait être un érudit, mais non un philosophe, un savant, mais non un penseur, une bibliothèque, mais non une intelligence dans un cerveau. Et cet esprit critique, appuyé sur des inéthodes raisonnées, seront les facteurs de l'alliance de la religion et de la science : car ce n'est pas en couvrant celle-ci d'un voile épais de ténèbres, que l’on parviendra à grandir l'autre dans l'esprit de ceux qui veulent connaitre. Au reste, messieurs, ici, j'ai déjà affirmé que “tout ce que nous pouvons savoir, nous avons droit de le savoir”, |l/humanité ne peut rien perdre, elle ne peut que gagner, au point de vue intellectuel et moral, par la diffusion de la science et de la vérité. Et en ces choses,
messieurs, je suis parfaitement d'accord avec Lacordaire, qui dit que:
“Quand l’homme veut faire de la religion sans le secours de la raison,
il tombe immédiatement dans la superstition”.
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À ce propos, il exists des auteurs catholiques au sens droit, aux vues larges, aux opinions justes, généreuses, et dont la science élevée est sans préjugés: tel est Mgr Guibert, superieur du “émimmire de l'institut catholique de Paris, Dans un volume intitulé: “Les origines”, que l'on devrait mettre aux mains de tous nos collégiens, le saant professeur traite toutes ces questions de création, d'origine, d'évolution ; et il expose toutes les opinions, toutes les théories, toutes les hypothèses, de même que tous les faits scientifiques qui peuvent jeter quelque lumière sur ces hauts et importants problèmes: et cela avec ne impartialité, une honnèteté, que nous ne rencontrons pas toujours
chez ceux qui se sont donnés la mission d'instruire la jeunesse,
Pour me résumer, messieurs: Si après avoir admis que Dieu, à l’origine, a cré cette substance primitive élémentaire et simple, que les physiciens appellent éther et en a rempli l'espace infini, — nous professons que tous les aggrégats, tous les agglomérats du cosmos se sont formés au cours les temps, aux dépens de cet éther ; que la matière toujours animé s'est différenciée dans divers états inorganiques ; puis qu'elle est passée de l'état inorganique à l'état organique : que la vie apparue d'abord nr notre globe, sous sa forme la plus simyle, s'est élevée graduellement jusqu’à sa forme actuelle la plus élevée, laquelle est personnifiée par l'homme : que toute cette série de phénomènes s'est lentement développée par voie d'évolution, de transformation; si, de plus, connaissant ces faits, nous concluons que tout dans la nature est animé, que tout se transforme sans cesse, que des mondes sont en progression, tandis que d'autres sont en régression; si C’est cet ensemble le doctrines que mon confrère le Dr Barolet appelle matérialisme, et si c'est ce matérialisme qu'il a prétendu réfuter par la
science, je crains beaucoup qu'il ait fait de vains efforts.
LA VIE
Non, messieurs, loin d'être en opposition avec la science, les doctrines que je viens de vous exposer, en sont le plus pur produit: ces doctrines sont les dernières expressions scientifiques des plus profonds penseurs ; elles sont les déductions logiques de l'observation et de l'ex
périmentation,
Mon confrère, dans son argumentation sur le matérialisme, n'a pas beaucoup sorti le la scolastique : 1! ne tient pas assez compte des données actuelles de la science: je vous l'ai dit, il est impossible de bâtir le monde avec des matériaux tirés de son cerveau ou par des spx culations abstraites : ce que l'on a tenté de faire tout le long du moyen-
âge et ce que malheureusement l'on veut encore faire ici dans notre
province. Seule, la méthode de l'observation, basée sur l'expérimenta-
tion et le raisonnement, nous feront pénétrer les secrets de la nature. En somme, pour démontrer la fausseté du système que je vous ai ex-
posé, il faut, non des syllogismes, mais des faits et les faits raisonnés.
Messieurs, pour en finir, si j'avais un conseil à donner, un désir à exprimer, je dirais à chacun de vous: soyez tolérants.
Soyez tolérants aux autres hommes, soyez respectueux pour leurs opinions, pour leurs croyances. Tous les jours, vous rencontrerez des hommes qui n'auront pas vos opinions, ne leur faites jamais violence, surtout, n'allez pas les haïr, — seule, la persuasion est l'arme que vous
devrez employer.
Ne blessez pas un adversaire, — qui peut-être hommète et convaincu, — par le sarcasme, par la raïllerie; ne dites jamais un mot cruel, que vous pourrez regretter amèrement plus tard: le Christ nous a défendu de rendre les coups: la vengeance est une dégradation de l'âme; ne méprisez pas ceux o'* <liffèrent d'opinion avec vous, le mé-
LA VIE
pris est une petitessse ; soyez tolérants, et plus tard, vous saurez recon
naître que j'ai raison
Le long de votre carrière, tous les jours, vous rencontrerez cles hommes qui n'auront pas la méme foi que vous, parfois méêém qui auront perdu toute crovance religieuse, non Par mMatvaIse CONMsCience, comme on l'affirme trop souvent, mais par conviction, [ls invoqueront Dieu d'une autre façon que vous, où ils auront renoncé À toute religion, pasce qu'ils seront dans l'impossibilité de croire davantage, et cela souvent après les luttes pénibles, des déchirements cruels, et si alors ces hommes sont honnétes, sans la crainte de l'enfer et apres avoir pendu l'illusion d'un ciel, respectez-les, mes amis, et soyez tok rants pour eux et leur croyance: dans Le milieu oùt nous vivons, voyez vous, personne n'a intérét à penser librement (1), C'est avec un profon | sentiment de tristesse, où de compassion, où de colère, où d'horreur, que nous considérons Athènes condamnant Socrate, l'un des plus illus tres de ses philosophes, à boire la cigüe, pour avoir préch? des doctrines hostiles à la religion de l'état ; les Juifs, crucifiant l'Homme de douceur et d'amour, pour son divin enseignement : Rome, versant le sang de milliers de martyrs par tout l'empire des Césars, à cause de leur foi; — et par un étrange retour des choses, l'Inquisition, allu-
mant Jes buchers par toute l'Europe, pour protéger l'ignorance, le
préjugé, pour étouffer la liberté de penser, pour condamner les initia
tives scientifiques à la stérilité,
(1) Ces belles pensées sur la tolérance, qui terminent cette conférence, il me souvient de les avoir recueillies chez un penseur philanthrope de France, dont je bé - = reppelie plus Îe noi.
LA VIE
Encore une fois, soyez tolérants, surtout à ceux qui cherchent, à ceux qui désirent la vérité, à ceux qui sont de bonne foi, à ceux qui
observent le sublime conseil du Christ: “Aimez-vous les uns les autres.”
Aimes-vous les uns les autres, c'est là le plus beau précepte qui ait jamais été donné aux hommes: en lui réside la base de la société, le fondement de la morale, la plu, grande somme de bonheur possible
pour l'humanité,
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