ARRIVÉE DE L IMPERATRICE M A R I E- LO U I S K A PARIS
Bas-reliet de l'arc-de-lriomphe de l'Étoile. — (Collection Paul Le Roux.)
FÊTES et bols, crroinonies ot rrcei^tions, voilà le bilan do 1810 à Paris. L'inrjniélanle rosislancc (J(»s Espagnols, b' rboc (les années françaises contre les Ani;iais en
MÉDAILLE FRAPPÉE A l'oCCASION DU MARIAGE DE NAPOLÉON ET DE MARIE-LOUISE.
(Musée de la Moanaie.)
Portugal, les démêlés avec le roi de Hollande, passent presque inaperçus. Paris ne s'occupe que de Marie-Louise, la nouvelle Impératrice.
La raison d'Etat a exigé la répudiation de Josépbino. Tous los regards sont maintenant si attentivement fixés sur ('«'Ile cpii la remplace aux Tuilei'ies {\\ià ])eine on détourne la tête quand on a}M'iToit le carrosse de la recluse de Malmaison.
3 Les Parisiens ne voient, il est vrai, dans le nouvel hymen de l'Empereur que les grandes solennilé's d'apparat qui l'accompagnent, et les grandes réjouissances ])opulaires et le déploiement du luxe, dont bénéficie le commerce.
Ils pardonnent A l'bomme qui les gouverne en despote pourvu qu'il y ait des plaisirs et de la re|)i'<'sentation.
Or, rEm|)ire ne laisse rien à désirer à cet égard. 11 ne fait pas les choses à demi : ba,tailles et fêtes, comme dit un historien de répo(pie impériale, tout est colossal.
Pour le mariage de l'Empereur, annoncé dès le commenc<Miient de février, on n'épargne ni les carrous(ds ni les feux d'artifice. Et cela rachète les tristesses de la guerre.
L'entrée solennelle de Marie-Louise à Paris doit avoir lieu le 2 avril.
C'est un événement qui attire des milliers de provinciaux et d'étrangers.
L'affluence est énorme dans les rues, plusieurs jours à l'avance, pour admirer les orillammes et les guirlandes et l'arc de triomphe simulé en toile, couvert d'inscriptions patriotiques et de souhaits de bienvenue en prose et en vers.
Ici l'Amour couronne de (leurs le casque de Mars avec cette légende :
Elle saura charmer les loisirs du héros.
Là un léopard rugissant symbolise TAngleterre, et on lit au-dessous : // riait de notre discorde, il pleure de notre union. Sur ce, l'on
RENCONTRE OFFICIELLE DE NAPOLt^:ON ET DE MARIE-LOUISE A COMPTÈGNE.
D'après une gravure de l'époque. — (Collection du prince Roland Bonaparte.)
se met à fredonner ce nouveau refrain de Désaugiers :
Ah! queu fêle
Pour les Français !
Sur mon lionnour. j'crois qu'j'pn pordrai la Irto!
Ali ! qinni fèto Pour los Français!
Et quoi dôcliol pour messieurs les Aniilnisî
Enfin voici le grand jour. On se presse en masses compactes sur le parcours du cortège. On se dispute les médailles commémoratives en or et en argent jetées sur les boulevards et les places publiques par les bérauts d'armes. La moindre fenélre se paye vingt-cinq louis. On acclame la jeune Impératrice, qui ne traverse pas sans un léger frisson d'horreur cette place de la (Concorde où, le H\ octobre 179.*J, Ton a guillotiné sa grand'tante Marie-Antoinette. Ouoi! est-ce bien le mt^me peuple qui, dix-sept ans auparavant, accablait d'injures ignobles la Heine montée sur l'infAme charrette et qui aujourd'hui applaudit avec délire une autre Autrichienne? Non, ce n'est point une illusion : partout des hymnes retentissent en rhonneur de la petite-nièce de madame Veto, un chœur de femmes s'approche et chante
ces vers d'Arnauld sur la musique de Méhul
Mars lui-même a cédé la terre Au seul Dieu que la Paix ne puisse désarmer. Sous un ciel plus serein, vois tout se ranimer,
Tout s'attendrir, tout s'enflammer;
Sous le chêne, sous la bruyère.
Vois, cédant au besoin d'aimer, l/aiirle altièro ollo-mème oublier son tonnerre.
La bonne Marie-Louise, « apathique » et « si naïve >•. selon le mot de Napoléon, ne s'étonne de rien. Il lui semble très naturel que les grands poètes du jour : ïissot, d'Avrigny, Delrieu. Tréneuil, Lemontey, Gampenon, et autres célébrités, convient toutes les divinités à lui souhaiter un bonheur éternel, et elle en est si ravie qu'elle écrit à son père, le soir même, Taccueil enthousiaste que lui a fait Paris. Il est vrai que si Paris était mécontent, il n'oserait rien en témoigner, car les journaux sont bâillonnés : les décrets du 5 février sur la censure leur ont enlevé les quelques rares libertés qui leur restaient. Aussi ne parlent-ils qu'en termes dithyrambiques de la nouvelle souveraine.
Le i" avril, aux fêtes du palais de Saint Cloud, il a fait un temps magnifique pendant quTi Paris il pleuvait. Le lendemain pour la
PARIS SOUS LK PREMIER EMPIRE
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cérémonie dans la capitale, Paris est inondé des rayons du soleil; et Je Journal dp T Empire fait remarquer que « c'est là un excellent présage pour l'union impériale y . Les hôtels aristocratiques du faubourg Saint-Germain se sont pa- ^ voisés. Oui donc songe à bouder le régime quand le chef de la maison de liasbourg lui-même donne Texemple de la réconciliation en prenant l'usurpateur pour gendre ! Les mauvaises langues, comme la duchesse (rAbrantès, trouvent cependant le moyen de dauber sur Marie-Louise, « dont le teint n'est pas rose, mais rouge : »
d'autres lui font une réputation de sotte : on raconte que pendant toute une soirée elle n'a fait que répéter à tous les maréchaux : « Hue pensez-vous de rEs})agne r i»
Et lorsqu'on apprend qu'à Saint-Gloud, après le mariage civil, on a, le soir, joué l'opéra de Gluck, Ip/iigénieen Aulide, les malicieux ne se font pas faute de voir là une allusion : l'Empereur François II n'a-t-il pas, comme Agamemnon , sacrifié sa fille!
Cependant les fêtes continuent. Les professeurs des lycées les célèbrent en latin. Des ambassadeurs rivalisent avec la Ville de Paris pour offrir de magnifiques cadeaux à l'Impératrice et de magnifiques soirées aux Parisiens. On donne des pantomimes symboliques en plein air; on distribue gratis du vin et des vivres ; le peuple de Paris est satisfait : il a du pain et des jeux.
L'incendie de Tliôtel Schwarzenberg n'arrête pas la furia des plaisirs. Paris gagne toutefois à ce sinistre la réorganisation radicale du corps des pompiers.
Un convoi funèbre traverse la capitale partout enguirlandée de fleurs. Les obsèques nationales de Lannes jettent une note de deuil au milieu de refîervescence populaire : on a la sensation de la mort qui fauche généraux
et soldats sur les chanq)s où poussent les lauriers teints de sang; mais cette sensation passe vite.
Le 2 décembre, jour anniversaire du cou-
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GRAND AUC l)i: TRIOMPHE