‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 297 sur 455 · MATHIEU DUMAS · texte numérisé non relu

MATHIEU DUMAS

Général français (1753-1837.)

Ordonnance royale' qui réunit la Bibliothèque Mazaline à celle de l'Institut. — Création du BÛnistère de l'Instruction publique. — Création de TAcademie de médecine. — Fondation de la Société des Bibliophiles français.

Recette de l'octroi en iSiO : 20,142,598-

Ln vie de la me.

M'aurhall du Musée, rue Dauphine. 24 (Bals). — Spcctachs (/c M. Fondard de Joannique, passage de Flore, place du Palais-dc-Justice (physique, ventriloquie, etc.) — Salon rosmoyraphique, pussagedes Panoramas (F.xposition de Babylone, de 1 île i^ainte-Hé> lène, etc.)

Fondation, rue Cadet, du Bazar français. * On y voit depuis les plus sublimes ]iroduclions des arts jusqu'aux jilus siirples produits de l'industrie. »

Beaux-Arts.

Peinture :< \ij<, Portrait au comte Roy. — G^.hard Duc et duchesse de Berry. — Sculpture : Odiot. Déjtuutr de la duchesse de Berry (orfèvcrie) ; Phai.ier, (.1 II taure et bacchante : Daman ainr, Telemaque.

lie» lUres de l*annéc.

Chateaubriand : Mémoires, lettres et pièces autheut'ujues touchant la vie et la mort de S. A. R. Mf/r Charles-Ferdinand d'Artois, fils de France, duc de Berry. — Mme de Souza : Mlle de Tournon. — Ch. Nodier : Lord liuthwen ou les Vampires. — Lamartine : Méditations poétiques. Paris, Didot, 1820, in-8o (publiées sans nom d'auteur).

ThéAtre (Dédits et Premièkes).

Théâtre Français. — C mars. Marie Stuart, tragédie, par Lebrun (succès). — 6 juin. Clovis, tragédie, par Viennet.

Opëra. — Viotti remplace Pcrsuis comme directeur. — Après l'assassinat du duc de Berry, on décide que la salle Louvois sera détruite et l'Opéra s'installe dans la salle Favart. — 17 juillet. Aspasie et Périclés, paroles de Viennct, musique de Daussoigne.

Opëra-Comique. — 29 Javril. Les Voitures versées, 2 actes, paroles de Dupaty, musique de BoTeldieu (mal accueilli à la première représentation, se releva ensuite). — 18 décembre. L'Auteur mofl et vivant, i acte, paroles de Planard, musique d'Hérold.

Odëon. — 6 janvier. Les Comédiens, 3 actes en vers, par Casimir Delavignc (succès). — f mars. Charles de Navarre, tragédie, par Briffant.

Vaudeville. — 11 janvier. 0 l'Impie ou Enfin la voilà. 1 acte, par Dieulafoy, Désaugiers et Gersin (parodie d'Olympie, opéra représenté h la fln de l'année 1819).

Variétés. — 10 février. L'Ours et le Pachn, folie de carnaval, 1 acte en vers, par Scribe et Saintine. — Il avril. Marie Jobard, parodie de Marie Stuart, par Dnpin, Scribe et (^rmouche.

Gymnase dramatique. — Ouvert le 23 décembre, ne pouvait jouer que des pièces en 1 acte. (Delaroserie directeur; Poirson et Cerfbeer, administrateurs; Dormtuil cl Lachabeaussière, régisseurs). — 23 décembre. Le Boulevard Bonne-Nouvelle, prologue vaudeville, par Moreau, Scribe et Mélesville.

Les morts de l'année.

Clérisseau, peintre et arclîitccte (19 janvier). — Le libraire O. Debure (H février). — Le duc de Berry (14 février). — L'invalide M. Le Clerc, mort à 104 ans (3 mars). — L'historien Volney (26 avril). — le poète Charles Loyson (30 juin). — Mlle Montansier, directrice de théAtre (13 juillet). — Vigée, auteur dramatique, lecteur du roi (7 août). — Le poète Cubières-Palmeseaux (23 ao(it). — I* maréchal Kellermann (13 septembre). — Le maréchal Lefebvre (14 septembre). —L'abbé Barruei, historien (5 octobre). — L'ancien conventionnel Tallien (16 novembre). — Le duc Decrés, ancien ministre de la marine (7 décembre). — Naldi, acteur de l'Opéra Italien (15 décembre). — L'ancien intendant Auger do Monthyon (S4 décembre).

LES BOULEVARDS EN 18:20. — LE MONTREUR DR SINGES, OURS ET CHIENS S A V A N T S .

D'après une gravure du temps. — (Musée Carnavalet.)

L Cannée 1821 à F^aris est peu brillante. Elle se ressentait de la défiance et des complots qui entourent l'État.

Depuis six ans, Louis XVllI, de retour, a tenté d'étendre sa popularité par l'application en politique du t système de bascule ». Les passions restent concentrées, non calmées. Les libéraux se remuent, et poussent le pays vers le parlementarisme progressif. La politique générale oscille sans base fixe; les conjurations se multiplient en proportion des sévérités par lesquelles le ministère du ducde.Richelieu avoulu venger sur les libéraux l'assassinat du duc de Berri, tué t par une idée libérale ».

Partout l'agitation; les bonapartistes conspirent pour Napoléon II. Villèle, qui a succédé à Richelieu, ne sait pas réfréner les progrès de l'opposition libérale. Louis XVIII est malade; le comte d'Artois le supplée en

M. I>E VILLELE.

fait, et dresse en face des libéraux le parti ultra-royaliste. C'est un mélange de tout, dans cette chaudière qui commence à gronder. Les royalistes font des conciliabules; les Carbonari convoquent dans les ventes secrètes bonapartistes et républicains. Le pouvoir sévit comme il peut, et Paris a plusieurs grands procès pour se distraire en Tannée 1821. C'est le procès des troubles de juin, c'est l'affaire de la Conspiration du 19 août de l'année précédente, qui excitent la curiosité et portent la foule aux nombreuses audiences du mois de mai. C'est le procès de Sauquaire et (ioyet, impliqués dans la conspiration, jugés en mars; c'est la condamnation de Duvergier comme instigateur de rassemblements pendant les troubles du 6 juin; ce ne sont qu'affaires, instructions, plaidoiries politiques.

Les tribunaux ont des clients de marque : Déranger, traîné en décembre devant la Cour d'assises, pour ses chansons est spirituellement défendu par M. Dupin, dont on a fait des couplets satiriques.

Un autre grand procès sensationnel est

\.\ HIK A l'AHlS EN 1821. — LKS SlNdKS.

D'après une lithographie de Marlet. — (Bibliothèque historique de la Ville de Paris.)

celui de la caisse Lafarge et Mitouflet, qui dure de mars à juillet. 11 s'agissait de cette célèbre tontine Lafarge fondée en 1791 au capital de 110,000 livres divisé en actions de 100 livres productives d'intérêts d'autant plus élevés que les survivants de la tontine étaient moin^ nombreux. Car c'est là le principe de cette combinaison linancière imaginée en 1053, par le Napolitain Loren/o Tonti pour faciliter à Louis \1V un emprunt public. Les actionnaires jus(ju'à extinction devaient se partager les intérêts, et le capital, à la mort du dernier tontinier, faisait retour à l'État.

On voit à Carnavalet un vieux coflVe de bois cerclé de fer, et muni de serrures compliquées, don du sénateur Godin, petit-neveu de Lafarge : c'est dans ce coffre que furent déposées les parts de 100 livres des tontiniers au sujet desquelles eut lieu le procès de 18:21, que Lafarge gagna.

Mais il est temps de quitter Tantre de la chicane. Pourtant, avant les plaisirs, il faut encore signaler quelques deuils, car la nécrologie de Tannée a comporté des noms tels qu'elle en enregistre rarement de semblables. En mars, M. de Fontanes meurt, et les muses pleurent ce poète sage, cet administrateur habile, ce grand maître de TUniversité, qui ramassa sur lui tous les honneurs, donna de bons dîners, et reporta sur le comte

d'Artois la fidélité et l'amitié qu'il avait eues pour Napoléon. Il avait un lils adoptif, M. de Saint- Marcellin , dont il apprit la mort en duel, en sortant d'un copieux déjeuner. La nouvelle le foudroya. Il fut enterré au cimetière de l'Est. M. Hoger prononça un discours sur sa tombe au nom de l'Académie française. Ce glorieux est bien oublié aujourd'hui.

Le 24 aoiU, on apprend la mort de la reine d'Angleterre et la nouvelle ne produit guère d'émotion à Paris. Toute l'émotion est accaparée par un événement d'une autre enveriu^ure : la mort de Napoléon à Sainte-Hélène le 5 mai. C'est un soulagement pour les ultras, et un sujet d'allliction pour les demi-soldes et les fidèles de l'Empereur.

Le gouvernement défend toute manifestation; il veut ignorer la disparition du grand homme, et il perd l'occasion d'un hommage qui lui eût fait honneur.

Dix jours après l'Empereur, le gouverneur des Invalides, le maréchal duc de Coigny, pair de France, meurt aussi, comme si l'âme de Napoléon avait déjà fait passer son souffle puissant sur la place prochaine de son tombeau.

Échappons-nous, le 29 janvier, à travers les plâtras et les décombres d'une explosion de cinq livres de poudre apportées dans un barillet en plein salon des Tuileries, et dirigeons nos pas vers des lieux plus riants..

LA HIK A PARIS KN I82i.

D'après une lilliograpliie de Mahlet.

s A U T K l' H s EN F A C K LES VARIÉTÉS.

(Bil)liotlièquo historique de la Ville de Paris.)

Que fait-on dans la rue? Irons-nous inaugurer, parmi les drapeaux, le canal Saint- Denis? Ou nous môler à la foule parmi les illuminations qui célèbrent l'anniversaire de l'heureuse entrée du roi à Paris ? Oue de lampions encore! C'est fête à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux, à qui Ton offrira le château de Chambord par souscription nationale. L'Académie française a souscrit pour 500 francs, ce qui est un don modeste.

Mais quelle foule élégante! Ils sont tous à la mode du jour; les femmes portent le chapeau de paille ample, à cabriolet, formant auvent sur le front, qu'ornent deux bouquets de frisettes sur chaque tempe: un peigne large soutient à sa base un chignon excessif. La bride du chapeau s'attache au cou qu'entoure un carcan de tulle tuyauté; les manches plates sont boursoufllées à l'épaule; le corsage plat est boursoufflé sur les seins; des dentelles allongent la manche et recouvrent la main; les hommes portent la redingote longue, ou l'habit, la culotte collante et les bottes, ou le pantalon bouffant à la zouave, maintenant, par des sous-pieds, les escarpins vernis. Le chapeau est haut, poilu, évasé, avec les bords courts, relevés, collés à la toque, en accent circonflexe au-dessus des cheveux frisés au petit fer.

Où vont-ils? apparemment à la grande fête

littéraire que préside Chateaubriand, à moins que ce ne soit à la séance annuelle des quatre Académies, où M. de Walckenaër doit lire un éloge de Louis XIV, dont on lui fit force compliments auxquels on joignait ceux que lui valait son récent ouvrage, sa fameuse Vie de Lafoniuxne. A cette séance, on couronna le Visiteur des Pauvres de M. de (jérando, et on applaudit M. Népomucène Lemercier. ciui fit lecture du fragment de son Moise où il trace un magistral tableau des législations du monde. La matinée se termine par l'heureuse nouvelle qu'un prix nouveau était fondé par la générosité de l'auteur des Ruines, le prix Volney, — depuis annuellement convoité.

Cette réunion ne le cède en éclat qu'à la réception, en juin, de M. Villemain en remplacement de M. de Fontanes. Il était si sale, qu'on prétendait qu'il ne s'était jamais lavé les mains avant le jour de sa réception, et on l'avait surnommé Mains-Viles.

Quand ces dames élégantes, au sortir de l'Académie, se retrouvaient dans la cohue des salons, de quoi parlaient-elles? De modes, d'art, de littérature. — Avez-vous vu le nouveau Raphaël que le Louvre vient d'acquérir? — Quoi de nouveau en librairie? — N'avezvous pas lu le livre de M. Joseph de Maistre, Le.^ soirées de Saint-Pétersbourg , qui vient de paraître? Ou Le Gouvernement représentatif de M. Guizot?

Pour celles que ces lecltir.s trop sérieuses effrayaient, il y avait la dernière nouveauté de Mme la comtesse de Genlis, Palmire et Flaminin, ou encore le récent recueil Quelques fables ou mes loisirs, par M. de Fér a u d y .

Alors (iuizot, Paul- Louis Courier, le général Foy, Jordan, Cousin, deBonakI, Benjamin-Constant,Lamennais,Augus* tin Thierry, Laniarlino. Alfred de Vigny, Nodier, Scribe, Casimir Delavigne, Hugo, tenaient les hautesplaces dans le ciel des gloires littéraires. Le grand Corneille fut particulièrement honoré. Le 18 août, on a posé en présence de S. A. S. Mgr le duc d'Orléans une table de marbre blanc dans la nef de réglise Saint-Roch avec une inscription qui apprit au peuple ce qu'il ne savait pas, que le grand Corneille reposait à cette place, sans qu'une plaque le désignât.

Pour en finir avec le monde intellectuel, disons qu'on a fondé un nouveau concours universitaire, dit Agrégation, qu'on a ouvert une nouvelle école de travaux historiques, l'Ecole des Chartes, et qu'on a inauguré le collège Sainte-Barbe.

Et allons nous amuser. Où irons nous?

quel théâtre, quel divertissement nous séduira? Sera ce le premier ou le second Théâtre-Français, le Vaudeville, le Gymnase, les Variétés, la Gaîté, l'Ambigu, la Porte- Saint-Martin? Préférerons-nous les exercices du Cirque Olympique, ou le Cirque des Muses? Entrerons-nous au Panorama d'Athènes peint par M. Provost, auteur de celui de Jérusalem? Ou bien au théâtre Mécanique de Pierre? Mademoiselle, voulez -vous danser? Le Prado, la galerie de Pompéi, le Vauxhall sont resplendissants de girandoles et enfiévrés de musique sautillante, les petites dames

Gravure de l'époque

(Musée Carnavalet.)

en châle et en larges chapeaux fleuris mettent le sourire, la grâce et la gaieté autour des petites tables de bois vert sur lesquelles frétillent les consommations.

Mais voici passer le marchand de journaux.

Comme il en vend peuîVillèle les a tous achetés ou supprimés.

Acheter un journal pour le compte du gouvernement, il appelait cela ■ amortir l'opposition >. On répète partout que la Quotidienne^ a refusé le marché. Au Jouirai des Débats, M. de Feletz continue proprement la tradition du feuilleton dramatique, en décadence depuis le sévère et illustre Geoffroy.

C'est à M. Doriman de Feletz, inspecteur d'Académie et classique écrivant correctement, qu'il appartient de juger les grandes pièces nouvelles la Frédégonde et Brunehaut de Népomucène Lemercier, le Paria de Casimir Delavigne, les Faux Bonshommes d^Alexandre Duval.

Dans le monde des théâtres, il y a de l'animation. On proteste avec bruit contre les coupures faites dans le Mariage de Figaro. On applaudit Mlle Duchesnois qui fait sa rentrée à la Comédie-Française dans le rôle de Marie Stuart, le 24 août, le soir du jour où a lieu le concours de tragédie du Conservatoire à rHôtel des Menus-Plaisirs, sous la présidence du comte de la Ferté. U n'y a pas de premier prix : personne cette année-là ne s'annonce pour succéder à Duchesnois, qui a déjà dépassé la quarantaine. Elle lutte seule contre le prestige de Mlle Georges, de dix ans plus jeune, qui attire la foule à rOdéon, tout en faisant un procès au Théâtre- Français, où elle rentre cependant au mois d'octobre.

Léo Claretie.

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