A y r K IT E AU T H É A T R E - F R A X Ç A 1 S
D'après l'original de Marlet. — (Bibliothèque de la Ville de Paris.)
pour mieux dire une favorite : c'était Mme Malibran, et Jamais choix n'a été plus complètement justifié. Mme Malibran. fille de Garcia, était admirablement douée, jeune et belle, spirituelle, gracieuse, d'un talent supérieur, d'une modestie ou plutôt d'une simplicité sans égale . elle chantait comme le ruisseau coule, sans fatigue et sans effort. Aussi produisait-elle sur le public en général et sur les dilettanli en particulier une impression extraordinaire. C'était un enthousiasme sans bornes, un fanatisme qui devint plus d'une fois incommode à celle qui l'inspirait. En voici un exemple.
Un soir qu'elle venait de chanter le rôle de Desdêmana et que, toute palpitante encore, elle se reposait dans sa loge de sa fatigue, suite naturelle de la vivacité dramatique de son jeu. on frappe vivement à la porte; Mme Malibran était seule.
« Entrez, dit-elle aussitôt, croyant à la venue d'une personne de service. »
Un domestique, à la figure effarée, se présente.
« Madame, dit-il, on m'envoie vous cliercher en toute hâte, parce que madame votre mère est très malade, venez vite, si vous voulez la voir encore. »
Sans réfléchir qu'elle ne connaît pas ce domestique, et qu'elle est en costume de théâtre, Mme Malibran s'enveloppe dans un grand manteau et suit imprudemment l'inconnu qui l'a fait monter dans une voilure et l'emmène à toutes brides. D'abord, le cantatrice ne se douta pas du piège dans lequel elle venait de tomber; mais enfin elle s'aperçut que la voiture ne prenait pas le chemin de la demeure de sa mère, et, tremblante elle demanda au domesticiue où l'on voulait la
conduire. Celui-ci ne répondit rien... Alors, glacée d'épouvante, la pauvre femme se précipita pour ouvrir la glace et crier au secours. Les glaces étaient scellées, la portière fermée par un secret. Cependant la voiture roulait toujours. Enfin, elle s'arrête, on ouvre la portière, et au même instant Mme Malibran se sent la tète prise dans un capuchon dont on l'enveloppe. Elle veut le relever, mais on s'empare de sa main et on l'entraîne dans une maison dont elle entend la porte se refermer aussitôt derrière elle On lui ôta alors son capuchon; elle était dans l'obscurité.
« Entrez... î,dit une voix au moment où une autre porte s'ouvrait.
Et Mme Malibran vit devant elle un délicieux boudoir tout en rose bordé d'argent et brillamment éclairé. Elle entra ; il n'y avait personne.
Elle regarda alors autour d'elle avec surprise et incjuiétude; mais elle ne vit rien qu'une belle harpe placée au milieu du boudoir, harpe toute découverte, avec son tabouret, son pupitre, absolument comme si elle attendait l'artiste qui devait l'animer
Mme Malibran s'en approche machinalement. Sur le pupitre était un billet portant son nom. Elle s'en empare et l'ouvre avec une vive curiosité. 11 contenait ses mots ;
Madame La personne qui s'est rendue coupable do votre enlèvement, vous supplie de lui accorder son pardon; c'est pour vous entendre seule, loin du monde, loin du bruit, loin de tous, qu'ello a commis ce crime, chantez donc la romance du Saule, et vous serez libre. C'est là votre rançon.
LA MODE EN \iii3.
Coiffure écossaise en gaze laniêe et nises. Robe
de tulle à rorsa^'C ù demi bouilloimê.
(D'après le Costume parisien de 1^23.)
« Eh bien! non... Je ne cbanlorai pas... s'écria l'art isle en re|)oiissanl la liar|M> avec colcre. Croit-on donc que je sois une marionnette obéissant aux ordres de celui (|ui la tient ? Non., mille fois non, je ne chanterai jwisî »
En parlant ainsi, «die ar[)entait le boudoir en tous sens pour trouver une issue. .Mais rien ne se montrait, tout était clos: elle était donc complètement prisonnière. Peu k [>eu, elle se lati^Mie dans ses recherches, et, comme (die craint d'être surprise ])ar le sommeil si elle s'asseoit sur les sièges douillets qui entourent le mur. elle se met sur le tabouret placé devant la harpe. Alors son imaginai ion travaille pour chercher le moyen de recouvrir sa liberté, puis, sans y [)rendrc garde, par habitude, ses doigts voltigent machinalement sur les cordes de l'instrument qui ()eu d [)eu se trouve apj)uyé sur son épaule et résonne bientôt des plus harmonieux accords.
De là h chanter il n'y avait qu'un pas : MmeMalibran, oubliant alors sa colère, se livre k ses inspirations d'artiste. Comme la romance du Saule est la dernière qu'elle vient de dire, elle lui revient tout naturellement à la mémoire. Elle la rè[)ète donc une fois, deux fois même, et cela pour elle, pour elle seule, car elle se croit seule dans cet appartement.
« Merci... oh! merci! » dit une voix qui la rap-
pelle à la réalité et la fait bondir de frayeur et de colère. En même temps, le domestique qui l'avait si traîtreusement enlevée se présente en lui disant qu'il est prêt k la reconduire chez elle Pensant que les reproches seraient inutiles, Mme Malibran le suit. En effet peu de temps après elle se retrouve dans sa demeure. Sur sa toilette, il y avait un petit écrin renfermant des boucles d'oreilles en diamants d'un grand prix avec un billet de la même écriture que celui du boudoir, contenant ce seul mot : « Merci. » La grande artiste ne put jamais découvrir quel était le mélomane enragé qui lui avait joué ce mauvais tour, si aristocratiquement payé.
Les salons d\iuire(o\s, — Souvenirs intimes de
Mme la Clesse de 1J.\SS.V-NV1LLE.
Entrée à Paris du duc d'Angouléme.
L'entrée à Paris de M. le duc d'Angoulèmc a eu lieu aujourd'hui, jour anniversaire de la bataille d'Austerlitz et du couronnement de Napoléon; les troupes de la garde étaient en bataille de la Porte Maillot à l'Étoile; M. le duc d'Angoulême est passé sur notre front vers une heure, nous avons déOlé devant le roi dans les jardins des Tuileries.
Sa Majesté était placée au balcon du Pavillon de l'Horloge: avant qu'elle y prit poste, M. de (^hateaubriand, ministre des Affaires Etrangères, est entré dans son cabinet pour lui porter la réponse faite au préfet de Paris k la barrirre par M. le duc d'Angoulême. Le Hoi lui a dit en souriant : « Vous venez de chasser sept dames qui étaient dans mon cabinet. »
M. DE C. — Comment, sire?
Le Roi. — Oui. Elles sont jolies.
M. HK (i. — {Gardant le sileue).
Le Roi. — Mme du Cayla, Mmes Davidoff et leurs tilles: elles sont dans ma chambre.
M. de C. — Elles y verront bien défiler les troupes.
Le Roi. — Oh ! oui, je; l'espère bien
M. DE C — .Je crains que Votre Majesté n'ait froid sur le balcon.
Le Roi. — J'aurai mon chapeau: je ne l'ôterai